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Kignoumbi : " il [Sassou] pense que les autres voudraient faire comme lui, en 1997 " |
Mercredi 13 avril, 8h00
Deux heures après l'interpellation du gouvernement par l'Assemblée nationale dans le cadre des questions orales avec débats, le député Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, un des responsables de l'opposition - que nous avons du reste déjà interrogé il y a peu - a bien voulu nous livrer ses impressions sur l'action gouvernementale et sur la question du prétendu coup d'État avorté. L'homme est direct. Sa charge contre le pouvoir est sans nuance…
Mwinda : Merci de nous accorder cette interview...
Kignoumbi : Je crois que le terme interview est non seulement trop formaliste mais aussi réducteur. Parlons plutôt de conversation. C'est un terme qui convient mieux, ne le croyez-vous pas ?
Votre groupe parlementaire a évoqué la question des arrestations de Brazzaville et de Pointe-Noire, mais d'après ce qu'on a entendu, le ministre de la Police affirme qu'il s'agit d'un coup d'État planifié par l'ancien ministre Nguila Moungounga, qu'en dites-vous ?
(Rires) Je voudrais avant tout dire qu'un ministre de la République, n'a pas le droit de menacer un député, élu du peuple qui n'a fait que rapporter les inquiétudes des congolais. Comment voulez-vous que dans un système qui se veut démocratique, on puisse arrêter des gens au mépris des dispositions de la loi, que ces gens soient torturés pour leur arracher des aveux, qu'ils n'aient pas d'assistance de leurs avocats et par dessus tout, qu'ils soient gardés dans des geôles privées ! Et quand un député demande à avoir des informations à propos, le ministre menace de lever son immunité parlementaire. Nous attendons que ce ministre écrive à l'Assemblée et nous allons voir ce qui va arriver. Pourquoi Sassou Nguesso pense t-il que si nous avons décidé de privilégier l'intérêt national, nous sommes de ce point de vue des vaincus et donc des gens à humilier ?
Vous ne croyez donc pas que ce soit un coup d'État ?
Je vais vous faire une révélation : après la signature des Accords de paix de 1999, un Général gabonais, mandaté par Sassou, avait voulu faire un montage sur la base des témoignages des anciens guerriers comme quoi, Moungounga Nguila était le commanditaire de la guerre de Mouyondzi de 1998. Heureusement que ces gens, dont certains ont été arrêtés présentement, avaient refusé d'endosser une telle responsabilité malgré les millions de francs CFA qu'on leur avait présentés. Tout le monde sait comment Sassou travaille puisque son régime a toujours été un régime policier qui excelle dans la liquidation des opposants. Je ne voudrais pas vous citer des noms, mais la Conférence Nationale a été un moment de grande émotion à propos des déviations de ce régime policier. Pour ce cas précis, je ne pense pas que le peuple congolais soit dupe et laisse mourir ses enfants pour arroser de leur sang le triomphe d'un régime tribaliste qui s'acharne sur des gens identifiés comme des partisans de l'opposition.
Moungounga n'est pas tendre avec le pouvoir…
Mais Sassou ne l'a pas été moins avec Lissouba ! Si je comprends bien, il pense que les autres voudraient faire comme lui, en 1997. Mais il sait mieux que quiconque qu'on ne peut faire un coup d'Etat avec trente PMAK, c'est ridicule !
Vous sortez d'une séance de questions orales avec débats au gouvernement, quelles ont été vos préoccupations et surtout, comment appréciez-vous l'action du gouvernement ?
Mes préoccupations tournaient essentiellement autour des conditions et du niveau de vie des congolais, de la gestion du pétrole, de la reconstitution des carrières de certains éléments de la Force Publique qui avaient saisi le tribunal contre les ministères de la Défense nationale et de la Sécurité et de la Police et qui, ayant remporté les procès, attendent toujours l'application des décisions de justice et du démarrage des travaux de la route Brazzaville-Kinkala.
J'attendais des réponses concrètes pour évaluer le travail que ce gouvernement fait au bénéfice des congolais, mais je puis vous dire que mes attentes étaient déçues. Le gouvernement, par le biais du Coordonnateur, a préféré se lancer dans la polémique et l'intimidation pour éluder les questions.
Voyez-vous, quand Denis Sassou Nguesso a sollicité les suffrages des congolais, il savait que le Congo était sinistré comme l'avait déjà déclaré la Conférence Nationale Souveraine. Il a donc élaboré un projet de société herculéen pour " installer le Congo dans la Nouvelle Espérance ". Celui-ci s'articule sur douze engagements dont :
1- la promotion de la bonne gouvernance, par la lutte contre la corruption, la fraude, le pillage, la gabegie et la mal gouvernance.
2- faire basculer l'économie de sa situation de précarité et d'instabilité vers une situation de croissance régulière assise sur une base diversifiée.
3- mailler l'ensemble du pays d'infrastructures de base viables (routes traversant toutes les régions du pays)
4- éradiquer le chômage des masses
5- réduire la pauvreté
6- recruter et former les enseignants
8- rehabiliter et construire les écoles, les hôpitaux, etc.
Malheureusement, deux ans et demi après sa prestation de serment la situation est plus que chaotique.
Les fonctionnaires ont des salaires vieux de trente ans alors qu'il avait promis les relever; les retraités n'ont pas leurs pensions régulièrement malgré ses promesses de subventionner les deux caisses faites en décembre 2003; les étudiants ne perçoivent leurs bourses qu'au terme des longues grèves qui mettent parfois en péril leur année académique; les jeunes diplômés campent devant les ministères dans l'attente d'un hypothétique recrutement; les routes sont inexistantes, les hôpitaux manquent des médicaments et du personnel soignant, bref ! rien ne marche. Ce tableau apocalyptique se dresse au moment où le Congo connaît un boom pétrolier que le gouvernement désigne par l'euphémisme d'embellie. En effet, depuis janvier 2004, les cours du pétrole sont à 50 dollars le baril. Mais les budgets sont calculés sur les bases respectives de 24 et 31 dollars le baril. Malgré le doublement du budget de l'Etat (450 milliards en 1996, 911 milliards en 2005), donc un enrichissement du Congo, la population vit de plus en plus dans la misère.
Que fait-on avec tout cet argent ? Secret de polichinelle, ça va dans les poches de Sassou Nguesso et des membres de sa famille dont les richesses sont étalées chaque jour dans la presse.
Pourtant, le Premier ministre dit que l'argent sert à construire les routes et autres grands travaux…
Dans quelle région, en dehors d'Ollombo, pour préparer encore la guerre ? Avec qui ?
Comment vous définissez-vous : indiscipliné, comme le disent vos détracteurs, dissident récurrent ?
D'abord, situons bien les choses car les termes " indiscipliné " et " dissident " que vous utilisez ne correspondent vraiment pas à la réalité. Je vois là où vous voulez en venir. Vous voulez faire allusion aux initiatives que j'ai prises en 1993 quand un groupe d'amis et moi n'avions pas accepté le diktat de la direction du parti et avions décidé que j'aille en indépendant aux élections législatives anticipées et aux présidentielles en 2002 ? Je me suis toujours fait une règle selon laquelle, la démocratie ne doit pas seulement se faire à la tête du parti, elle doit aussi s'exprimer à la base. Ce que l'on qualifie d'indiscipline ou de dissidence a toujours suscité des adhésions populaires.
Croyez-moi, je n'ai jamais été désapprouvé par la base du parti, au contraire j'ai toujours été encouragé et les nombreux témoignages en font foi. Mon problème, si problème il y a, c'est que je pose toujours les vraies questions.
Propos recueillis à Brazzaville par Paul-Marie Mpouélé (pour Mwinda)
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