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    Milongo répond aux internautes

    Mardi 5 avril, 6h00


    C'est à un Milongo en pleine forme et fidèle à lui-même (c'est-à-dire accessible et ne parlant aucune langue de bois) que notre équipe a pu soumettre les questions qu'ont bien voulu nous faire parvenir les internautes lecteurs de notre site. Une dizaine de pages imprimées pour une cinquantaine de questions que l'ancien Premier ministre a pris le temps de lire. Nous avons dû, comme prévu, sélectionner les questions que nous lui avons posées.


    Armel B - Charles M.
    Peut-on connaître les vraies raisons du retrait de la candidature de M. Milongo lors des élections présidentielles passées. Y a t-il eu des pressions de la part de Sassou ?


    André Milongo - Merci d'abord à vos lecteurs de me donner l'occasion de m'exprimer. Cela me fait chaud au cœur de voir que même loin du sol natal (puisque vous me laissez entendre que nombre de questions sont posées par des Congolais de la Diaspora) nos compatriotes se sentent toujours aussi concernés par l'avenir de ce pays que nous aimons tous.

    Pourquoi ai-je été obligé de me retirer de la course à la présidentielle ? Les raisons sont simples à comprendre. J'ai eu confirmation quelques jours avant l'élection présidentielle que le jeu était gravement faussé. Jusque-là bien entendu j'avais des doutes, parce que le recensement était fantaisiste, que les cartes d'électeurs n'étaient pas accessibles à tout le monde ; je sentais qu'un jeu était mis en place mais quelques jours avant j'ai été informé qu'on n'avait pas édité le même nombre de bulletins pour tous les candidats. J'ai eu des renseignements identiques de Pointe-Noire, d'Impfondo, de Nkayi et de Dolisie. Un nombre très restreint de bulletins en mon nom avait été édité. J'ai vu que quel que soit le nombre de Congolais qui porteraient leurs suffrages sur mon nom, je ne pouvais pas être élu. A la réunion de Makélékélé, la population à qui j'ai exposé cette situation m'a approuvé, unanime. J'ai donc dit que s'il n'y avait pas de changement de la part de ceux qui organisait le scrutin je me retirai de la course. Il n'y en a pas eu et donc je me suis retiré.

    Marin
    Est-ce que justement votre présence à l'Assemblée n'apporte pas du crédit à un pouvoir qui s'est installé on l'a vu par la fraude ? En étant membre de l'une de ses assemblées n'accomplissez-vous pas le dessein de Sassou ?


    Non je ne le pense pas. Je me suis présenté aux législatives parce qu'il ne fallait pas qu'on soit absent partout. L'idée était de ne pas abandonner les populations à elles-mêmes. Sur ce point il n y a jamais eu d'ambiguïté avec les populations, avec notre électorat. Vous savez, nous sommes sur le terrain, nous discutons avec les gens. On ne décide pas enfermés chez soi ou en regardant le ciel.


    Photo Bikouta/Mwinda
    Bruno
    Maintenant, en tant que député, avez-vous les moyens de faire votre travail à l'Assemblée ?


    A certains égards oui, sauf que nous avons remarqué que nos propositions de loi ne sont pas considérées ou ne sortent pas en plénière. J'ai par exemple proposé la formation d'une commission d'enquête parlementaire sur le patrimoine immobilier de l'Etat. J'ai envoyé le dossier au secrétariat. Six mois après j'ai voulu savoir ce qu'il en était, on m'a répondu que le dossier n'a jamais été reçu. Il a dû être mis à la poubelle.

    L'opposition peut travailler dans une certaine mesure mais même quand on a des arguments frappants, partagés y compris par ce qu'on appelle la majorité, les décisions se prenant par vote, les députés du pouvoir votent toujours pour le gouvernement.

    Mais, vous le savez, une part de notre travail s'effectue dans nos circonscriptions.

    Edgard P.
    Ne pensez-vous pas que le temps est arrivé aux politiques en âge de la retraite de laisser enfin le peuple en paix ? Au prix d'une forte prime exceptionnelle s'il le faut (le peuple congolais accepterait que le pays s'endette pour leur donner cette prime j'en suis convaincu)


    Pourquoi pas ? Je ne vois d'ailleurs pas comment va-t-on organiser ce renouvellement. Doit-on décréter l'interdiction pour les vieux d'être partie prenante à la gestion de la Cité ? Non, il appartient à ceux qui sont intéressés, ceux qui veulent faire de la politique de venir se battre sur place. Il y aura des législatives en 2007, ils pourraient se présenter aux élections pour essayer d'éliminer les vieux. Mais je ne crois pas à un rajeunissement forcé de la classe politique. Cela ne s'est fait nulle part sauf peut-être dans une certaine mesure avec Jerry Rawlings au Ghana. Bien entendu la manière violente n'est pas souhaitable.

    Dimitri
    Quelles sont vos relations avec Kolélas et Lissouba ?


    Les contacts, on en a toujours. Avec Kolélas nos relations sont au beau fixe. J'ai déjà eu l'occasion de me rendre à Abidjan à l'époque et j'ai longuement discuté avec lui. A Brazzaville même nous travaillons avec ceux qui représentent l'aile Kolélas au sein du MCCDI en particulier lors de la dernière présidentielle.

    Lissouba également, j'ai eu l'occasion de m'entretenir dernièrement avec lui.

    Siméon D.
    Depuis un moment on parle d'une réorganisation de l'opposition afin de constituer un vrai contre pouvoir; hélas le temps passe rien de concret. Qu'en est-il exactement ?


    Tout le monde le souhaite et y travaille. Mais je profite de l'occasion que vous m'offrez pour dire que nous, nous sommes à Brazzaville, au Congo et que nous travaillons sur du concret. L'impression que nous avons, je dis bien que ce n'est qu'une impression, c'est que les dirigeants en exil des autres partis sont ne semblent pas intéressés par notre travail. Ils donnent comme l'impression qu'ils n'ont pas envie que leurs partis fonctionnent en leur absence. Sinon comment expliquer que des partis comme l'UPADS, le MCDDI qui ont des militants, ne fonctionnent pas ou ne reçoivent pas de directives ?

    J'ai rencontré M. Lissouba dernièrement, je le lui en ai fait part. Je lui ai dit que nous ne comprenions pas pourquoi il ne faisait rien pour que son parti vive. Nous qui sommes sur place avons besoin de ces partis pour qu'en 2007 par exemple on conclut un accord électoral pour aller unis, aux législatives. Si l'UDR, le MCDDI et l'UPADS, pouvaient conclure un accord il sera difficile que nous n'ayons pas de nombreux élus. Qui pourrait croire qu'une telle force ne soit pas massivement représentée ?

    Par exemple à l'heure actuelle il n'y a pas de sénateur issu de l'UPADS dans les pays du Niari. Trouvez-vous cela normal ? Tous sont du PCT ou presque. C'est parce que l'UPADS n'a pas fait campagne. Qui peut comprendre que le MCDDI qui a dirigé la mairie de Brazzaville n'ait aucun sénateur dans la capitale et se contente d'un ou de deux conseillers municipaux dans la ville ?

    Je pense donc que seuls des partis forts au pays sont susceptibles de faire pression sur le pouvoir pour que les choses changent pour tout le monde et à tous points de vue. Je crois qu'on aurait tort de penser le contraire. Et dans un tel combat seul devrait compter l'intérêt du pays et des populations.

    J'en appelle donc à l'esprit de responsabilité de tous car qu'on ne se méprenne pas sur l'agitation qu'on observe ces derniers jours chez les autres : elle est due à la menace électorale que nous représenterions unis.

    Mwinda
    Mais est-ce que s'abstenir pour ces partis n'a-t-il pas une signification politique ? Ne pas participer au pouvoir en place et refuser de le cautionner, n'est-ce pas un choix politique ?


    Peut-être mais est-ce qu'être député ou conseiller municipal c'est participer au pouvoir ? Je vous pose la question.

    Mwinda
    C'est perçu comme cela !

    On a tort. Au contraire, on ne participe pas au pouvoir. Il y a des gens qui ne sont ni au gouvernement, ni à l'assemblée, ni au sénat mais qui participent au pouvoir. Regardez autour de vous. Moi je suis député, je perçois une indemnité mais ce n'est pas le pouvoir qui me rémunère : je suis payé par le Congo. La confusion est regrettable parce que considérer qu'on est payé par le pouvoir sous-entend que cet argent lui appartient. C'est même légitimer le vol des deniers publics. Or c'est l'argent du Congo. Pas celui du pouvoir !


    Photo Bikouta/Mwinda
    Thierry M.
    Sur un autre plan, cela pose aussi le problème du financement public des partis…

    Le principe est posé par la Constitution. Une loi devrait être votée à cet effet mais nous n'en attendons pas grand-chose car l'importance du financement pour chaque formation politique dépendra du nombre de ses élus au parlement. Quand on sait que l'opposition ne compte qu'une vingtaine d'élus à l'assemblée par exemple sur plus de 100 députés, on comprend que le financement ne profitera qu'au pouvoir. D'où la nécessité de partis d'opposition forts et bien représentés que j'évoquais tout à l'heure.

    Sacom
    Y a-t-il des perspectives crédibles d'une alternance politique dans ce pays face à ce constat d'une opposition pratiquement inexistante, dans laquelle aucun leader n' émerge et n' arrive à faire le poids face au pouvoir actuel ? Quelle voie de sortie de cette situation préconisez-vous ?


    Une alternance est possible, par les moyens pacifiques, selon les conditions que je viens d'énoncer. Voyez ce qui se passe au Togo.

    Mwinda.
    Oui mais là il y a eu décès du chef de l'Etat…


    Certes mais l'opposition s'est battu, a lutté pour que le scénario qui avait été préparé ne soit pas celui qui se réalise…

    Mais dans le cas de figure où le chef d'Etat sortant se représente ne serait-ce pas difficile ? Quelles stratégies qui peuvent conduire à une alternance pacifique ? (Rodrigue)

    C'est possible si l'opposition unie impose avec l'aide de la communauté internationale certaines mesures comme un recensement objectif auquel participent tous les partis politiques qui présentent des candidats. Voyez-vous les seules élections crédibles, transparentes qui aient eu lieu au Congo ce sont celles de 1992. Il faut donc amener le pouvoir, le contraindre d'organiser des élections crédibles. Il faut pour cela une opposition, forte, organisée s'appuyant sur la communauté internationale. On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi au Togo on fait ce qu'il faut pour qu'il y ait de vraies élections et pas chez nous.

    Je répète qu'une alternance est possible mais cela suppose une lutte de tous les opposants, de toute l'opposition non pas éparse mais organisée. Il ne faut pas attendre de ceux qui sont là qu'ils fassent des cadeaux. Ils sont là pour la vie. Ils se sont installés ad vitam aeternam, ils le pensent en tout cas. Regardez la Constitution actuelle qui prévoit: des mandats de 7 ans renouvelables.

    Mais pour revenir à la question de l'organisation de l'opposition, pour ma part, j'y travaille, avec d'autres, en vue des échéances futures. Les contacts que nous prenons vont dans ce sens.

    Gilbert K.
    Rétabliriez-vous la constitution votée à une très grande majorité par les Congolais pendant la Transition si Sassou venait à perdre le pouvoir et que vous reveniez aux affaires ?


    Oui elle peut être réhabilitée, peut-être en l'allégeant de certaines dispositions.

    Médard B. M.
    L'opposition est-elle consultée lors des remaniements ?


    Pas du tout, d'ailleurs rien n'oblige le chef d'Etat. Personnellement je n'ai jamais été consulté de quelque manière que ce soit.

    Guy NG.
    Quel est votre projet de société, votre stratégie pour ce Congo qui sombre du jour au jour dans l'obscurité totale, pendant que sous d'autres cieux, on parle de mondialisation ?


    Je ne suis pas sûr qu'il faille parler de stratégie au sens où vous l'entendez. Les choses sont à mon avis plus simples que cela, au point où on en est.

    (martelant ses mots) D'abord s'attacher à satisfaire les besoins élémentaires de la population. Quels sont ces besoins ? C'est la santé, c'est l'école, c'est l'aide aux paysans pour qu'ils produisent et vendent ce qu'ils produisent.

    Et pourquoi ne le fait-on pas ?

    Je ne peux pas répondre. Je me pose la même question.

    Oui mais cela semble simple, il y a de l'argent !

    Je vous donne un exemple pour l'école. L'école n'a pas d'enseignants. Il y a des classes qui n'ont qu'un seul instituteur du CP au CM2. Un seul instituteur, qu'est ce que vous voulez qu'il fasse ? A Brazzaville même il y a des classes de 500 élèves et on vous raconte qu'on a fait des surplus pétroliers, qu'il y a beaucoup d'argent et on n'est pas capable d'acheter des bancs…

    Mwinda
    Où passe donc cet argent ?


    Je me pose la même question. Là, on vient d'exécuter le budget 2004. On a fait un excédent de plus de 130 milliards mais ils ont préféré tout consacrer, parait-il, au paiement de la dette extérieure. Je dis bien il parait parce que le parlement n'a pas été saisi. Nous, nous pensons qu'il aurait fallu un budget rectificatif pour tenir compte des recettes supplémentaires mais il y a une théorie qui veut que l'on n'ait pas besoin de cela parce qu'au moment où l'on a voté le budget on l'a voté avec une impasse. Donc quand on fait des bonus, des plus-values, on les affecte automatiquement à la résorption de l'impasse.

    Vous parliez de satisfaire les besoins fondamentaux en guise de stratégie…

    Oui, satisfaction des besoins fondamentaux de la population. Si on réussit à faire cela il faut ensuite que le Congo essaie de sortir de l'économie primitive, de la cueillette. Le pétrole c'est quoi ? C'est un produit primaire, c'est de la " cueillette " ! Le bois, tu vas couper un arbre, c'est de la cueillette, c'est de l'économie primaire ! Nous sommes toujours un comptoir, un comptoir colonial; on vient au port, on prend le bois, le pétrole et on s'en va ! Donc il faut essayer d'en sortir en diversifiant l'économie. On a essayé de le faire : nous avons eu une usine textile, une huilerie, une cimenterie, une usine de bateaux et j'en passe ! Ceux qui sont arrivés ont tout dilapidé. Mais il faut recommencer.

    Puis (détachant les mots) il faut vraiment ouvrir le Congo à la mer. Il y a un chemin de fer mais celui-ci est un goulet d'étranglement. Moi, j'ai l'habitude de discuter avec des opérateurs économiques, des hommes d'affaires, ils me disent que c'est très difficile de convoyer leurs marchandises de Pointe-Noire jusqu'à Brazzaville. En plus cela leur revient cher. C'est cher car il n' y a pas de concurrence.

    Le jour où il y aura une route entre Brazzaville et Pointe Noire, je parie que le Congo va changer parce que les Congolais pourront se rendre à Pointe-Noire s'approvisionner. Un exemple : une tonne de ciment coûte 60 000 F à Pointe Noire. A Brazzaville elle coûte le double. Pensez vous que quelqu'un qui irait chercher sa tonne avec son véhicule verrait le prix doubler ?

    Puis il y aurait un effet d'entraînement que la route apporterait. Moi, j'avais demandé à la Banque mondiale de faire une étude d'impact de ce qu'une route Brazzaville-Pointe Noire peut avoir dans la région, car cela intéresse une partie du Gabon, la Centrafrique et le grand marché de Kinshasa. Dix millions d'habitants figurez-vous ! Cela c'est le grand projet.

    Pourquoi ne fait-on pas cette route ?

    Sassou en a fait état dans son projet de société mais aujourd'hui il n'en parle pas, je ne sais pas pourquoi. On préfère construire des aéroports là où on n'en pas immédiatement besoin…

    Pour revenir à votre question, donc plutôt que de parler de grande stratégie de développement, au point où on en est, faisons des choses pratiques.

    Photo Bikouta/Mwinda
    Sœur Lydie
    Croyez vous que la " Nouvelle Espérance " soit un bon programme pour notre pays et êtes-vous sûr que M. Sassou peut le réaliser ? Sinon, quelle critique faites-vous de ce programme et donc du pouvoir en général ? Que pensez-vous de la " Nouvelle Espérance " ?


    C'est purement théorique ! A l'heure actuelle si c'était vraiment un projet mûri, calculé chaque budget actuel devrait être une tranche de la réalisation de ce projet. Or on n'y fait même pas allusion...

    On dit pourtant, par exemple, que le barrage d'Imboulou entre dans le cadre du boulevard énergétique projeté dans la " Nouvelle Espérance "…

    C'est possible mais moi je n'y crois pas. Prenons le problème de l'énergie, c'est un problème de gestion plus qu'autre chose. Un peu d'investissement dans ce secteur est nécessaire certes mais cela est surtout un problème de gestion. En la matière, j'en sais quelque chose. J'ai nommé un centralien à la tête de la société d'énergie, avec des objectifs précis, pendant la Transition et en quelques mois une société qui affichait de manière chronique des déficits pendant des années réalisait des bénéfices. Alors ? On pourrait multiplier les exemples, dans le secteur des télécommunications, la sécurité sociale... Vous ne pouvez même pas vous imaginer dans quelles conditions tout cela est " géré ".

    Et pour l'investissement ce n'est pas l'argent qui manque…

    Justement, une question de M. Ange M. M., de quelle marge de manoeuvre dispose un dirigeant politique vis-à-vis des institutions internationales comme le FMI dans ce domaine ?

    Armé de volonté on peut fait beaucoup avec le " peu " dont on dispose. De l'argent il y en a. Quand on fait des surplus, par exemple, il faut toute une politique de remboursement de la dette. Même les organisations internationales, quand elles sont créancières, voient d'un mauvais oeil que l'échange soit déficitaire aux dépens du pays. C'est dire !

    Donc FMI ou pas les contraintes sont inhérentes à la gestion. Il faut savoir opérer les bons choix.

    Alexis K.
    Pourquoi un pays comme le Congo peu peuplé n´arrive-t-il pas à éliminer la pauvreté ? Donc concrètement, que faire immédiatement pour éradiquer cette pauvreté rampante ?


    Je me répète : on peut donner à manger au peuple (car figurez-vous, on en est là !) en apprenant aux gens à produire. Jusque-là on a fait de l'économie socialiste, collectiviste. Nous avons échoué. Essayons de faire autre chose ! Inciter les Congolais à produire, par des crédits, des mesures incitatives, de l'éducation; apprendre au Congolais à produire, ce qu'il sait d'ailleurs faire pour peu qu'un environnement favorable, basé sur la confiance soit installé. Un œuf coûte 150 F au Congo, 25 F à Abidjan. Nous, on importe les œufs d'Afrique du Sud, du Cameroun, d'Europe…

    L'Etat ne peut faire de l'élevage. Il fait aider les Congolais à produire.

    Célestin M.
    Quelles sont les mesures ou les propositions concrètes que vous engagez pour résoudre efficacement cette insécurité qui gangrène le pays ? Les toutes dernières nouvelles à Bacongo nous montrent à suffisance que les armes ne se sont pas tues pour tout le monde.


    Je suis de ce point de vue optimiste. Je pense qu'on peut arriver à éradiquer assez rapidement l'insécurité. Les projets élaborés pour sortir les combattants de la forêt consistent à leur donner les moyens de faire autre chose que d'utiliser des armes. La Banque mondiale, l'Union européenne sont d'accord pour financer ces projets. Sur le terrain les Ninjas vous disent qu'ils ont bien envie de sortir de la forêt mais ils demandent ce qu'on leur propose. Il y a des nouvelles comme celles là qui nous arrivent.

    Il convient de réinsérer les combattants mais la réinsertion a été mal faite. Pourquoi l'Union européenne a-t-elle retiré son argent ? Parce qu'elle s'est aperçue qu'on aidait des gens qui n'étaient pas des miliciens, des parents par exemple.

    Justement cela rejoint en partie la question d'un de vos lecteurs sur l'unité nationale, sur les leaders qui ont autour d'eux des solidarités villageoises (question de Mayissa, NDLR). La pression sociale est forte quand on est en responsabilité, vous le savez sans doute, mais il faut y faire face sans quoi il n'y a plus d'Etat. Et là, ceux qu'il convient de réinsérer ce sont les combattants.

    Justin B.
    Que pensez-vous des privatisations dont en parle depuis des années ?


    La vérité c'est que les investisseurs ne veulent pas des sociétés à privatiser car elles ne sont pas rentables.

    Thomas L.
    Il existe une grande diaspora dans les pays occidentaux au sein de laquelle on compte énormément de compétences (chimistes, économistes, physiciens, informaticiens, etc.). Quelles démarches préconisez-vous au sein du parti, dans le cadre de l'alternance politique au Congo, pour maîtriser (c-à-d. connaître, rassurer et mobiliser) déjà ce formidable capital humain pour l'application du projet social de l'UDR-MWINDA ?


    La question est importante. On pourrait a priori penser qu'elle dépasse le cadre des compétences de nos partis tels qu'ils sont organisés actuellement. Pour ma part je ne le crois pas et justement, un outil comme l'Internet devrait nous aider à dialoguer avec tous ceux de nos compatriotes qui, pour une raison ou une autre, sont à l'étranger. En ce qui me concerne je suis ouvert à toutes les initiatives et dans un avenir assez proche nous nous donnerons les moyens, sans doute via l'Internet, de communiquer avec tous ceux qui le souhaiteront.

    Un dernier mot ?

    Eh bien ! pour enchaîner sur cette question, je ne vous apprendrai pas que notre pays regorge de talents et c'est d'ailleurs là sa plus grande richesse. J'ai l'habitude de dire que la capacité à créer les richesses est plus importante que la richesse elle-même. Ce pays recèle beaucoup de talents et il ne s'agit pas de paroles en l'air. J'ai pu le vérifier depuis longtemps, de par les fonctions que j'ai occupées qui m'ont permis de sillonner les quatre coins de l'Afrique et du monde. J'ai également eu le plaisir d'en avoir la confirmation pendant la période de la Transition. Nos compatriotes sont imaginatifs et créatifs, travailleurs aussi, contrairement aux idées reçues. Les gens peuvent donner leur pleine mesure pour peu qu'on leur crée un environnement favorable, qu'on suscite la confiance. C'est d'incitations dont ils ont besoin. La période de la Conférence nationale et de la Transition a montré que c'est d'un tel environnement dont ils ont besoin et non pas du tout sécuritaire.

    Somme toute c'est cela qui me rend optimiste quant à l'avenir de ce pays.

    Propos recueillis par l'équipe Mwinda.

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