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    Moungounga : Sassou " m'a choisi comme le bouc émissaire favori "

    Jeudi 21 avril, 6h30


    Dans un long entretien qu'il nous a accordé, M. Nguila Moungounga Nkombo, présenté comme le cerveau de la " tentative du coup d'Etat " qu'aurait déjoué les autorités congolaises, réfute les accusations portées contre lui et dresse un réquisitoire en règle du pouvoir de M. Sassou, avant de conclure : " nous n'avons aucune autre alternative que le départ du dictateur de Brazzaville ". Entretien.



    Mwinda - M. Moungounga, le régime congolais vous présente comme le cerveau de la " tentative de coup d'Etat " déjoué dans le pays. Plaidez-vous coupable ?

    Nguila Moungounga Nkombo - Je ne vois pas comment on peut organiser un coup d'Etat à 7000 Km avec des gens avec lesquels on n'a pas une relation construite, forte et suivie. C'est triste de voir un gouvernement mentir de façon aussi éhontée et s'empêtrer lui-même dans des déclarations contradictoires.

    Au début de l'arrestation de ceux qui auraient volé les armes dans un camp militaire de Brazzaville, M. AKOUALA avait dit, en tant que porte-parole, qu'il n'y avait pas coup d'Etat, qu'il était impossible de faire un coup d'Etat avec 30 fusils mitrailleurs.

    Près de trois mois après, M. Paul MBOT veut faire du zèle avec cependant beaucoup d'incohérence dans son discours à l'Assemblée : il dit d'abord que l'exécuteur présumé du fameux coup d'Etat, M. PANDI NGOUARI, aurait reçu de l'argent de moi; il dit aussi que le même PANDI NGOUARI aurait au dernier moment arrêté la poursuite de la préparation de son coup d'Etat parce qu'il ne voulait pas que le pays sombre à nouveau dans un bain de sang.

    A entendre M. MBOT, PANDI NGOUARI se serait donc livré volontairement ! curieux non ? Curieux aussi pour ce pouvoir à l'affût d'événement pour se donner un semblant de crédit, d'attendre trois mois pour découvrir enfin le responsable de cette opération qui selon toute vraisemblance est le fait du pouvoir lui-même.

    Vous seriez même un récidiviste puisqu'on se souvient que vous avez été condamné pour des faits similaires…

    Selon mes sources d'information dignes de foi confirmées plus tard par la confession de M. HERMANT dans le journal " Libération " du 6 juin 2001, M. Bernard COURCELLE, ancien responsable des forces de l'ordre du front national, HERMANT Claude et d'autres avaient reçu instruction du pouvoir de Brazzaville pour m'éliminer physiquement.

    Comme ses mandataires n'ont pas pu faire aboutir ce projet criminel, le potentat de Brazzaville les a fait arrêter après les avoir fait venir au Congo. Il les a obligés à dire que je les avais commis pour faire un coup d'Etat. Ils ont été condamnés à des peines dérisoires, 5 à 7 ans, pour qui connaît la main lourde de monsieur SASSOU, et curieusement libérés 2 à 3 jours après leurs condamnations. C'est finalement moi, la victime, qui ait écopé de 20 ans. La victime devenant le bourreau c'est la méthode stalinienne tropicale bien connue sous tous les règnes de M. SASSOU. S'il y a récidive c'est bien celle du pouvoir de toujours vouloir m'affecter les crimes dont il est lui-même l'auteur.

    Doit-on considérer le fait que le Congo ne fasse rien pour demander votre extradition comme l'aveu d'une condamnation à caractère politique ?

    Il est difficile de faire passer une affabulation pour une vérité relative même quand on est champion toute catégorie dans la manipulation. Il s'agit d'une manipulation politicienne grossière comme l'ont d'ailleurs dénoncé avec énergie bon nombre de députés dans une assemblée où le pouvoir dispose de plus de 98% des sièges.

    Comment analysez-vous l'acharnement de M. Sassou contre votre personne ? Ce dernier ne perd jamais une occasion de vous accuser d'avoir dilapidé les fonds de l'Etat ou d'avoir accumulé des richesses qui vous permettent de mener le train de vie qui est le votre aujourd'hui. On a comme l'impression qu'il y a un problème personnel entre vous. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

    Simplement comme l'incapacité de M. SASSOU de s'adapter à l'évolution. Comme la plupart des cadres administratifs, techniques et politiques répondent facilement à l'appel à la soupe du pouvoir, M. SASSOU ne peut pas accepter que certains d'entre nous soient différents. Il lui faut absolument me diaboliser pour me discréditer politiquement et socialement. Si nous parlons de détournement de fonds publics par exemple : il faut que les congolais arrêtent de croire que dès qu'on est ministre on a forcement accès à l'argent sous toutes les formes.

    Un ministre qui a de l'argent est forcément corrompu parce que ce n'est pas à l'Etat qu'on devient riche.

    Un ministre des Finances ne gère pas l'argent public qui est détenu par le trésor et la banque centrale, il est simplement l'ordonnateur principal du budget de l'Etat. Les recettes sont produites par la douane et les impôts et sont recouvrés par le trésor. Si un ministre doit prendre l'argent c'est au trésor et on peut le vérifier par les écritures.


    " J'ai choisi d'être différent, cela ne plaît pas beaucoup "



    Quand nous sommes partis du pays, à la suite des déclarations fantaisistes du pouvoir putschiste sur un supposé détournement de fonds, le gouverneur de la Banque Centrale des 6 Etats de la CEMAC, qui est gabonais, avait fait une déclaration très explicite sur le fait que la situation financière, laissée par nous, était comptablement nette, propre. Les banques du Congo, les assurances et les autres sociétés sous la tutelle du ministère peuvent aussi témoigner, par les écritures, si sous moi des faveurs avaient été allouées au cabinet à ma demande. C'est aussi facile d'interroger les organismes financiers et les entreprises qui ont travaillé avec le Congo quand nous étions aux affaires pour savoir si j'ai pu bénéficier de quelque faveur de ces organismes.

    Ce que M. SASSOU ne dit pas c'est que nous avons laissé à notre départ au trésor 15 milliards de francs CFA. Il a dit à ses proches être surpris que nous ayons laissé tout cet argent; il s'en est approprié. Il ne dit pas non plus qu'il s'est approprié avec l'aide de Médard MBEMBA 7 milliards 500 millions de francs CFA que nous avons placés au nom de la République à la banque populaire à Paris, pour financer l'ensemble des études et les premiers travaux de la route Loutété-Ouesso dont les travaux de terrassement du premier tronçon Loutété-Mouyondzi-Zanaga avaient débuté. Il ne dit pas non plus où va l'argent du pétrole pendant que le pays est globalement en panne, alors que le prix du pétrole est en hausse significative depuis 6 ans et a plus que doublé depuis pratiquement deux ans; que le volume du pétrole produit chez nous a augmenté depuis notre départ de 60 à 70%. Je demande d'ailleurs depuis, les proclamations gratuites de M. SASSOU sur mon supposé enrichissement un audit international sous la surveillance du FMI, de la BEAC, pour contrôler la gestion des finances publique sous nous et sous SASSOU I, II et III pour enfin présenter à l'opinion nationale et internationale la vérité sur la pillage des ressources de notre pays.

    M. SASSOU n'accepte pas qu'il y ait des citoyens intègres aimant leur pays. Je suis venu à la politique par conviction pour promouvoir un projet de progrès et être au service de mon pays. Avec les moyens et les règles d'aujourd'hui, il est facile d'établir, même dans les paradis fiscaux, qui de nous a des comptes et le niveau d'alimentation de ses comptes et où ils sont logés. Il faut arrêter d'amuser la galerie. L'Etat, s'il y en a encore un chez nous, ne peut pas trouver 22 millions de francs pour venir au secours de nos compatriotes malades du sida mais peut trouver pour M. SASSOU 35 milliards de francs CFA pour seulement un jour et demi de fête : c'est le comble !

    Pour ma part je n'ai absolument aucun problème personnel avec M. SASSOU. Je me bats depuis les années 70 contre le système PCT dont le constructeur et l'animateur principal est M. SASSOU. Le Congo doit tous ses malheurs à ce système odieux, lourdement corrompu et patrimonial.

    Vous n'êtes ni un militaire ni un chef de parti. Pourquoi, à votre avis, le pouvoir de Brazzaville a-t-il essayé de vous coller cette affaire de coup d'Etat sur le dos ?

    Simplement parce que je suis logique et constant dans mon combat pour la démocratie et la dignité de mes compatriotes et mon pays. Le CERDEC est comme la voix des sans voix et cela dérange le pouvoir qui a mis tout en œuvre pour m'empêcher d'exister. Il m'a choisi comme le bouc émissaire favori chaque fois qu'il veut faire passer une pilule aux populations pour les abuser et détourner leur attention des vrais problèmes que connaît le pays depuis trop long temps.

    A quoi répond selon vous ce besoin pour le pouvoir de faire croire à des coups d'Etat ?

    La culture fondamentale de la dictature tropicale de M. SASSOU, qui en plus de vingt ans de pouvoir personnel n'a apporté au pays que le deuil et la pauvreté, est de vouloir faire porter par les autres, la responsabilité de ses échecs et de son incompétence avérée. Le coup d'Etat supposé et la guerre sont forcément les moyens les sûrs pour détourner l'attention des populations des problèmes essentiels, cela ne surprend plus.

    Plusieurs des personnes arrêtées et torturées (disent certains) sont originaires comme vous de la Bouenza. Cela revêt-il une quelconque signification ?

    L'origine sélective des personnes arrêtées pour le prétendu coup d'Etat répond à l'idéologie fondatrice du système SASSOU : montrer que ce sont les citoyens de telle ou telle région qui " en veulent à son pouvoir " et donner une certaine crédibilité a sa propension naturelle à voir le pays divisé en Nord et Sud, sans Est ni Ouest ni Centre. Puisque je suis de la Bouenza et que certains de ces compatriotes sont de la même contrée que moi fait accréditer la thèse chère a M. SASSOU du tribalisme vulgaire et ainsi lui garantir de se maintenir durablement au pouvoir en agitant la peur des ethnies; cela lui permet de se poser par la force en défenseur habilité des populations des régions du Centre notamment la cuvette et du Nord. Tout le monde sait pourtant qu'en 1988, pour son pouvoir il n'a pas lésiné sur les moyens pour noyer Owando dans le sang pour la simple désobéissance de Pierre ANGA à son ordre.

    Tout le monde sait aussi que les zélés du système SASSOU sont originaires des régions du Sud et ses meilleurs exécuteurs des basses besognes. Ses arguties pour vouloir tout justifier par le régionalisme ne tiennent pas dans la pratique puisque les populations de tout le pays vivent les mêmes exactions, les mêmes peurs, les mêmes humiliations, les mêmes privations et la même pauvreté aggravée. M. SASSOU fait tout pour étouffer toute velléité des élites des régions du Centre et du Nord de s'affranchir de sa tutelle forcée. Mais que peut-on faire contre la volonté d'un homme décidé ? Et puis le chiffon rouge d'ethnicisme primaire que l'on veut agiter à tout va, c'est contre qui en particulier puisque le pays est un ! il ne peut réussir à sortir de la crise et s'assumer que dans la cohésion. Et personne ne peut prétendre effacer de la mémoire collective l'héritage congolais, le même pour tous ainsi que le désir réel des congolais de vivre ensemble de façon paisible et solidaire.

    On est d'autant plus surpris de l'annonce de ce " coup d'Etat " qu'il y a peu on évoquait plutôt des négociations entre pouvoir et opposition en exil sous les auspices de l'Eglise protestante de France. Y a-t-il une relation de cause à effet ?

    Le principe d'une négociation de réconciliation nationale sans exclusive ne peut pas plaire à M. SASSOU qui a fondé toute sa politique sur la force et l'exclusion. Aller à la démocratie c'est apprendre à respecter les règles, respecter les citoyens et apprendre à rendre compte. Cela, M. SASSOU ne peut ni le faire ni même simplement l'accepter. Parce que pour lui le pouvoir est son bien personnel; en toute logique il n'a pas d'autres choix que la fuite en avant totalement déraisonnable. Il lui fallait créer un événement pour gagner du temps. Mais pourquoi le faire puisque de toutes les façons la nécessaire réconciliation des congolais s'imposera à lui ! Qui dans ce bas monde a déjà réussi à arrêter le progrès ?

    M. Poungui, dans une lettre ouverte au chef de l'Etat déplore que la " Pax Mpila " privilégie les seules relations entre Sassou et Yhombi au détriment d'une négociation avec les autres dirigeants originaires du sud du pays. Qu'en pensez-vous ?

    Je pense aujourd'hui que ce qui devrait préoccuper les politiques, les intellectuels et les populations de notre pays c'est absolument se donner les moyens d'arrêter la dérive dictatoriale, construire un nouvel espoir pour les jeunes générations et donner une perspective au pays; les états d'âmes n'ont pas de place dans la quête de la nécessité de recouvrer la dignité et les libertés essentielles exigence urgente pour nous tous.


    " Je n'ai jamais voulu répondre à l'appel à la soupe "



    Croyez-vous réellement que l'alternance est possible au Congo, au moment où l'on remarque que l'opposition semble laminée à l'intérieur du pays et à l'extérieur ?

    L'alternance au Congo n'est pas seulement possible, elle est nécessaire comme exigence première pour redonner vie au pays. Le changement est inscrit dans la continuité de l'histoire de toute société humaine ; les flottements de circonstances sont un simple mouvement de reflux. Si les hommes politiques d'aujourd'hui ne reconstruisent pas les ressorts nécessaires au sursaut patriotique, il va se construire de nouvelles forces politiques qui vont forcement prendre le dessus et ramener le pays à la liberté. Nous ne sommes pas les premiers qui pensons et disons politique. Les pères de l'indépendance nous ont précédés avec efficacité. Si nous ne sommes pas capables d'honorer la confiance que nous font les populations, ces mêmes populations sauront, comme cela se fait partout, nous rappeler en temps voulu; nous aurons tout simplement manqué le rendez-vous de l'histoire ; mais le pays est éternel et les générations se succèdent avec chacune son génie et ses ambitions.

    Que proposez-vous pour que l'opposition retrouve sa cohésion ?

    Un regroupement des forces patriotiques et démocratiques qui privilégie avant toute chose le retour de la démocratie et un large consensus national pour une transition démocratique de large union nationale.

    M. Milongo a regretté que des partis comme l'UPADS et le MCCDI ne fonctionnent plus en l'absence de leurs dirigeants exilés. Pourquoi est-ce ainsi ?

    L'interpellation du président MILONGO nous concerne tous à plus d'un titre. Peut-être que les militants de ces partis ayant connu trop longtemps le fonctionnement du parti unique ne prennent pas bien conscience du contexte d'aujourd'hui pour assumer leur rôle et redonner chance à ces partis et à leurs militants et permettre à leurs leaders respectifs de revenir plus vite au pays. Peut-être aussi que les partis fonctionnent de façon administrative trop hiérarchisée. Ce sont les militants restés sur place au pays qui ont la réalité du terrain. Il est temps qu'ils se maturent et s'assument pour offrir à tous leurs dirigeants le cadeau suprême : le retour au pays dans la dignité.

    Quel est l'état de vos relations avec Lissouba, Kolélas, Yhombi ?

    Je partage avec le président LISSOUBA une longue expérience de combat militant et d'amitié fraternelle depuis près de 40 ans. Une association aussi originale ne peut se distancier par les seuls aléas de la vie en exil ni par l'intrusion des chantres du positionnement politique circonstanciel. Nous sommes frères et amis et dans le même parti : l'UPADS.

    Avec M. YHOMBI nous sommes encore liés par l'association à la mouvance qu'aucun des partis n'a encore dénoncée. Nous avons logiquement à ce titre des obligations par rapport au combat d'association de nos partis.

    Le président KOLELAS est le dernier Premier ministre du Gouvernement démocratique conformément aux conclusions largement partagées de la conférence Nationale souveraine. Son adhésion à l'ERDDUN dont il est toujours Président nous a parmi de sauvegarder l'esprit de la conférence nationale souveraine : le consensus national contre le putsch de M. SASSOU. Nous continuons de partager avec force l'exigence du dialogue national pour le retour de la démocratie dans notre pays.

    Vous avez été ministre des Finances notamment sous le régime de M. Lissouba au cours duquel deux guerres ont éclaté. Vous sentez-vous, dans une certaine mesure, responsable de la situation actuelle du Congo-Brazzaville ?

    Tout le monde est responsable à des degrés divers dans ce qui est arrivé au pays :

    - Les forces rétrogrades du PCT et des FDU qui n'ont pas accepté le fait démocratique, et qui ont en dépit du bon sens rejeté les principes de base de la culture démocratique, qui sont de très mauvais perdants, habitués qu'ils étaient à gouverner sans partage pendant 30 ans; elles ont privilégié la force et imposé deux guerres pour leur permettre de revenir au pouvoir de façon crapuleuse.

    - Les populations et surtout la jeunesse qui n'a pas su faire ce devoir de mémoire et se rappeler utilement les méfaits du pouvoir PCT surtout de la période SASSOU I, contre le pays, se sont laissées manipuler par les promesses hasardeuses d'un imposteur. Elles sont aujourd'hui piégées parce que dès après le putsch, le système SASSOU II, pour s'assurer la durée au pouvoir, a imposé au pays une guerre permanente pour tenir tout le monde en laisse.

    - Nous, bien évidemment, parce que les populations nous ont fait majoritairement confiance et nous n'avons pas su gérer cette confiance en sécurisant le pays et les populations et barrer fermement la route aux aventuriers putschistes en nous donnant les moyens de construire un système démocratique efficace, stable et durable.

    Le régime dont vous faisiez partie est accusé d'avoir bradé le pétrole. Qu'avez-vous à répondre à ce sujet ?

    Dans le système SASSOU malheureusement c'est toujours le voleur qui crie plus fort au voleur; les populations et même les élites se laissent abuser ; elles se laissent vivre sans prêter attention à ce qui les concerne directement.

    Le bilan de la gestion pétrolière, aussi bien la nature des contrats que les ressources générées par le pétrole a été qualifié par la conférence Nationale souveraine comme désastreuse. Nous avons amélioré le contenu des contrats pétroliers, rendu obligatoire l'examen et la ratification des contrats par le parlement ; nous avons obtenu le partage de production étendu à tous les contrats et à toutes les sociétés et nous avons pratiquement doublé le niveau de ressources devant revenir au Congo. A l'époque les dirigeants d'ELF avaient même parlé de véritable révolution.

    Nous avons rendu totalement transparente la gestion pétrolière. Aujourd'hui comment cela se passe-t-il ? Pire qu'avant la Conférence Nationale. Les quantités produites sont plus importantes, le prix du brut multiplié par plus de deux et personne ne voit rien. Même l'Eglise s'en émeut et c'est encore nous qu'on accuse. Là aussi faisons l'audit de la gestion des ressources pétrolières : combien entre effectivement dans les caisses depuis novembre 1997 et comment cela est-il employé ?


    " Le navire SASSOU II et III prend de l'eau de toute part "



    C'est vrai qu'il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre. Pour que le pays avance de façon certaine il faut que les congolais sortent du piège abominable du tribalisme primaire ; que les citoyens ne regardent plus les leaders politiques en fonction de leur appartenance mais en fonction du contenu de leur projet pour le pays et de leur capacité à le traduire dans la pratique pour le bien de tous.

    Vous-même vous êtes soupçonné de vous être enrichi plus que de raison…

    J'ai déjà dit en réponse à une précédente question que pour devenir riche au gouvernement il faut accepter de se faire corrompre, au détriment des intérêts de son pays. Les entreprises et les organismes qui ont travaillé avec le Congo sont connus et peuvent attester si oui ou non j'ai bénéficié de quelques faveurs de leur part.

    Je n'ai pas été cité dans un journal comme ayant bénéficié des faveurs d'ELF. C'est mon prédécesseur qui avait signé le contrat OXY en mars 1993 mais on a décrété que c'est moi alors que les documents sont là, accessibles. Je ne suis devenu ministre des Finances qu'à partir de juillet 1993. Comment aurais-je pu signer autant d'accords avec le FMI, la Banque mondiale, la BAD, la BEI, l'AFD avec des félicitations de ces organismes éminents qui combattent la corruption si j'étais corrompu ? J'ai demandé depuis 1999 un audit international de ma gestion et de celle des autres ministres. A quand cet audit pour confondre enfin ceux qui n'ont pas d'argument politique contre moi en dehors du mensonge ?

    Je rappelle que nous ne venons pas tous à la politique pour les mêmes raisons. Je suis un homme de conviction qui défend depuis des années des valeurs nobles. Je ne suis ni opportuniste ni situationniste et cela ne plait pas à la gent politique de basse cour qui voudrait voir tout le monde pareil alors que la différence est originelle de la nature humaine. J'ai choisi d'être différent, cela ne plait pas beaucoup à la médiocrité politique ambiante mais je l'assume.

    En tant qu'ancien ministre des Finances comment jugez-vous la situation actuelle du Congo obligé d'avoir recours à l'initiative des PPTE ?

    C'est une honte de vouloir, en dépit du bon sens élémentaire, absolument présenter un pays aussi riche avec d'immenses ressources durables comme devenu dans son essence pauvre, très pauvre. Cela montre que le pouvoir en place n'a ni ambition ni perspective pour ce pays. Il se contente de récupérer les initiatives des autres qui sont salvatrices pour des pays moins nantis par la nature que le notre, pour être à la mode et ainsi justifier les énormes détournements de ressources publiques. C'est la logique de la continuité du pillage : A l'arrivée de SASSOU I, le pays avait 3 millions de dollars de dette; à la conférence nationale souveraine de mars à juin 1991 le pays totalisait 6 milliards de dollars de dette soit 200 fois plus sans qu'aucun problème essentiel n'ait été résolu. C'est la faute des congolais qui, pour recouvrer leurs droits fondamentaux s'en remettent à d'autres. Nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes, à notre légèreté et même notre irresponsabilité affichée.

    Certaines langues vous accusent d'être suffisant, hautain et arrogant. Qu'en dites-vous ?

    Je crois que l'on cultive facilement chez nous l'amalgame.

    Une démarche de rigueur chez nous est présentée comme de l'entêtement et même de la suffisance. Mais que peut-on faire d'efficace et de durable aujourd'hui sans un minimum de rigueur ?

    Avoir des convictions et les défendre avec constance est présenté comme de l'orgueil. Quel dommage ! Le monde ne peut se faire dans le sens du progrès sans convictions et sans constance.


    " Nous n'avons aucune autre alternative que le départ du dictateur de Brazzaville "



    J'ai entendu cela toute ma vie. Le système PCT m'a toujours présenté à l'opinion comme un entêté parce que je n'ai jamais voulu répondre à l'appel à la soupe. Vouloir garder sa dignité est un droit inaliénable. Comment peut-on donner aux congolais la possibilité de choisir et surtout de bien choisir si tout le monde baigne dans les mêmes eaux, fréquente les mêmes officines ? Si même les doigts d'une main sont différents, si même les jumeaux n'ont pas forcement les mêmes réactions devant les mêmes phénomènes, pourquoi donc dans les choses ordinaires de la vie comme dans les choses importantes les hommes et les femmes de chez nous devraient forcement être pareils ? C'est contre toute logique !

    Ceux qui m'ont approché, ceux qui me connaissent au travail, dans la vie militante comme dans la vie de tous les jours savent que je suis tout à fait différent de ce que racontent mes détracteurs. Je les laisse à leur conscience. Pour ce qui me concerne j'ai ma conscience tranquille.

    Pour finir, que pouvez-vous dire à la population tentée de céder à la résignation ? Sassou semble installé, il a le soutien de la France. Avez-vous le sentiment que le jeu politique dans le pays est suspendu à l'échéance française de 2007 ?

    La résignation est une démission coupable; la fatalité est une démarche suicidaire, inacceptable. Aucun pouvoir au monde, même le plus fortement soutenu, n'est à l'abri d'une tempête sociale et populaire. En 1990 le système SASSOU I était plus fort : les congolais n'avaient vécu que dans le parti unique depuis plus d'une génération; elles ont pourtant eu raison du parti unique tout puissant.

    Aujourd'hui le navire SASSOU II et III prend de l'eau de toute part. Même ses rats les plus sûrs quittent le bateau ivre parce que la dérive est insoutenable et n'épargne personne. Le temps aussi ont changé : aucune puissance occidentale ne peut aujourd'hui soutenir à visage découvert un régime aussi décrié, parce que soutenir une dictature aussi retardataire n'est pas sans conséquence. Les congolais doivent apprendre à s'assumer parce que la liberté est proche et personne ne peut arrêter la marche de l'histoire.

    La France est ami du Congo et non exclusivement de M. SASSOU qui, évidemment, profite de l'ignorance des populations pour montrer qu'il est inamovible parce que soutenu par l'extérieur. En politique hélas, le seul soutien qui compte c'est celui de son peuple et de son pays. La France sait que le Congo ce n'est pas M. SASSOU; le Congo ce sont ses populations et ses ressources. Le Congo est éternel. M. SASSOU est de passage comme chacun d'entre nous sur cette terre. La France, qui a des intérêts stratégiques à défendre, ne peut pas s'accrocher à un fer rouillé ; elle ne peut en raison de son expérience diplomatique et politique longue parier que sur l'avenir.

    Un dernier mot ?

    Si nous voulons retrouver la paix réelle et durable, réconcilier nécessairement le pays et les populations de façon profonde et sincère, recouvrer la dignité et les libertés perdues ainsi que la démocratie pour tous, nous n'avons aucune autre alternative que le départ du dictateur de Brazzaville, le seul obstacle au retour de la confiance dans le pays. Le peuple congolais, qui a toujours su surprendre, doit retrouver ses repères et se donner les moyens de rebondir positivement pour assurer la continuité de l'histoire tout à fait à sa portée.

    Propos recueillis par l'équipe Mwinda




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