|
Ntoumi: " Le Conseil national de la Résistance doit participer aux élections " |
Lundi 15 janvier 2004
Mwinda
Le bruit court depuis quelques mois à Brazzaville : avec l'organisation des élections législatives partielles dans le Pool le pouvoir entendrait ménager une porte de sortie au pasteur Ntoumi. " Mwinda " a demandé son sentiment au chef du Conseil national de la Résistance (CNR). Entretien en exclusivité.
Mwinda : quelle est votre réaction suite à la publication du nouveau gouvernement au Congo et à la nomination d'un Premier ministre originaire d'un même district que vous ?
Ntoumi : Mon point de vue, c'est la vision que j'avais expliquée depuis le 23 janvier 2003. Au lancement du DDR [Programme de démobilisation et de réinsertion des ex-miliciens financé par les Nations Unies, Ndlr], j'avais dit que, compte tenu de tout ce qui s'est fait au pays, nous ne pouvions pas nous passer de la co-existence pacifique, c'est-à-dire qu'il faudrait que, pour garder un dialogue permanent et refaire le tissu social déchiré, le Cnr, en tant que partie prenante au conflit, puisse intégrer les institutions de la République. Et c'est premièrement à l'exécutif que nous devrions être représentés pour résorber toutes les questions spécifiques. Depuis le 23 janvier 2003, j'avais formulé cette demande et j'avais écrit aussi au président de la République par le truchement de la communauté internationale qui était présente ici, à Loukouo. Si, aujourd'hui, il a été mis en place une nouvelle équipe gouvernementale, ça, ça n'émane que de la responsabilité du chef de l'Etat. Cela montre qu'il est passé outre notre demande, notre exigence.
- Pasteur Ntoumi, vous êtes déçu alors ?...
- Effectivement, quand quelque chose te fait mal, tu ne peux pas dire que tu es content. Nous avons eu des contacts avec le président de la République. Il a déjà reçu mes émissaires. Le compte-rendu de ces contacts ne m'ayant pas été faits rapidement, j'ai attendu jusqu'au jour où j'ai appris qu'il a remanié le gouvernement. J'ai reçu beaucoup de coups de fil me demandant si j'avais été consulté. J'ai dit non. Nous n'étions ni consulté, ni contacté. La publication de ce gouvernement ne peut donc pas me réjouir.
- Après la publication de ce gouvernement, comment voyez-vous l'avenir politique de votre mouvement ?
- Le mouvement reste constant parce que c'est une lutte. On ne peut pas baisser les bras jusqu'au jour ou nous arriverons à un compromis politique. Nous avons fait la paix et nous restons constant dans l'esprit de la consolidation de cette paix. Cependant, nous interpellons toujours la communauté internationale pour dire que tant qu'il n'y aura pas un arbitrage, il est difficile que les deux parties puissent s'entendre.
- Est-ce que vous seriez intéressé par les élections législatives partielles qui devraient être organisées cette année dans le Pool ?
- C'est dans l'esprit de notre demande. Si nous avons demandé de faire partie de l'exécutif, ça montre que nous devrions intégrer toutes les institutions de la République. A l'assemblée, nous devrions aussi présenter nos candidats.
- Vous seriez donc prêt à vous présenter à la députation ?...
- Je ne parle pas en mon nom personnel. Je parle au nom du Cnr. En tant que mouvement, le Conseil national de la résistance doit participer aux élections législatives partielles dans le département du Pool.
" J'ai fait ce que j'ai pu "
- Dans le jeu politique actuel, vous considérez-vous comme un opposant à M. Sassou ou simplement comme un homme qui fait acte d'autodéfense à une agression du pouvoir ?
- Je sais une chose : être un opposant ne signifie pas faire la guerre contre un autre parti. Mais être un opposant, c'est apporter le contrepoids pour l'intérêt général, pour l'intérêt de la République. Moi, je ne me vois pas être avec M. Sassou. Moi, je ne crois pas en monsieur Sassou. Je crois plutôt en la paix et la justice. Aujourd'hui, si je peux être avec M. Sassou, c'est compte tenu de l'accord de paix que nous avons passé avec lui. Mais, nous n'avons pas un même idéal, nous n'avons pas une même vision politique.
- Il y a aujourd'hui beaucoup de gens qui estiment que le fait que vous restez dans la région du Pool donne un beau prétexte au pouvoir pour continuer à détruire cette région.
- Pourquoi ceux qui le disent n'interviennent-ils pas ?...
- C'est-à-dire ?...
Si les gens disent que si je reste dans le Pool ça donne un prétexte au pouvoir de continuer à détruire la région, mais ce sont les membres ou bien les fils de la région ou soit les observateurs qui devraient intervenir pour qu'on trouve des solutions ou pour barrer la route à M. Sassou pour qu'il ne continue pas à détruire le département ! Ce n'est pas en regardant une femme qu'elle deviendra enceinte !
- Pasteur Ntoumi, il y a un rapport du Secours Catholique qui affirme, avec force détails, que le Pool est une région presque totalement détruite. Personnellement, quel est votre sentiment sur ce rapport ?
- S'ils ont fait un rapport, ça montre qu'ils étaient sur le terrain, qu'ils ont constaté des choses. Moi, si je peux être dans un coin, je n'ai pas cette possibilité de sillonner tout le département. Il faut croire à leur rapport et à ce qu'ils ont dit.
- Qu'est-ce que vous envisagez par rapport à cela ?...
- Je ne peux rien envisager. La société civile et la justice sont là. Le Cnr en tant que partie prenante au conflit ne peut que s'atteler à trouver des solutions pour consolider cette paix, mais aussi pour trouver un compromis politique.
- A quand finalement votre sortie de la région du Pool ?
- C'est une question qui revient… Vous savez que je ne peux pas me rendre à Brazzaville tant que les questions politiques ne seront pas résorbées et tant qu'il n'y aura pas un compromis politique. J'irais à Brazzaville faire quoi ?
- Quelles sont alors ces questions politiques qui restent à régler ?
- J'avais demandé depuis le 23 janvier 2003 que le président Sassou puisse mettre en place un gouvernement de large union nationale dans lequel le Cnr devrait être représenté avec l'ensemble de tous les Congolais. Partant de là, nous devrions aussi voir toutes les autres institutions. Mais, aller seulement à Brazzaville, je ne trouve pas que cela soit une solution. Si les gens veulent que je me rende à Brazzaville parce que ça les dérange de me voir ici, moi je dis que si je n'avais pas fait ce contrepoids-là… même si je n'ai pas eu les moyens, j'ai fait ce que j'ai pu.
Propos recueillis par Franck Naya
| |
|