|
Emmanuel Boungouanza : " Un peu d'amour ferait grandir
notre beau pays " |
Samedi/Dimanche 16-17 avril
A l'Assemblée nationale, Emmanuel Boungouanza
a posé au gouvernement la question qui a obligé
le ministre de la Sécurité publique Paul Mbot, à révéler
l'existence d'une " tentative de coup d'Etat déjoué ".
Cinq jours après la plénière du dimanche 10 avril
consacrée à l'interpellation du gouvernement, le
député de Mossendjo, membre actif du CODE A (opposition), a
bien voulu répondre aux questions de " Mwinda ". Il livre son
sentiment sur le prétendu coup d'Etat, sur les
arrestations, la détention des citoyens en cours à
Brazzaville et sur la nature de ses relations avec le
pouvoir.
Entre non-dits et franc-parler les propos de cet ancien chef de guerre qu'est le colonel Emmanuel Boungouanza résonnent parfois étrangement.
Mwinda : Saviez-vous qu'en posant des questions aussi
sensibles que celles se rapportant aux arrestations et
aux conditions de détention de quelques citoyens à
Pointe-Noire et Brazzaville, votre immunité
parlementaire s'est trouvée mise en péril ?
Boungouanza : J'avoue que non : en posant ces
questions, je recherchais - mais le plus simplement
possible - des informations officielles sur les
dernières arrestations ayant eu lieu à Pointe-Noire.
Mes électeurs se demandaient où étaient les personnes
arrêtées et pourquoi elles étaient arrêtées.
N'oublions pas que l'on compte parmi ces détenus,
quelques ex combattants qui étaient avec moi en 1999.
Mais la réponse du ministre de la Sécurité m'a plutôt
surpris en ce qu'elle a été empreinte de menace et
d'intimidation, de sorte que toutes mes questions
n'ont pas trouvé de réponses attendues. Nul ne peut
aujourd'hui savoir qui a été arrêté en dehors du
capitaine Pandi Ngouari, ni où ils sont détenus. Tout
au plus, le ministre m'a donné l'impression que je
suis moi aussi impliqué dans le prétendu coup d'Etat
qu'ils auraient déjoué.
Seriez-vous donc en intelligence avec les ex-combattants arrêtés à Pointe-Noire pour vous inquiéter
de leur sort ?
En dehors du fait qu'ils sont des ex-combattants, ils sont aujourd'hui une partie de mes
électeurs ayant fui Mossendjo pour cause de
persécutions de la part des autorités locales. Aussi,
en tant que député, j'ai le devoir de me soucier de
tous mes électeurs. Tout député digne de ce nom
devrait se préoccuper du bien-être des populations, du
respect des droits de l'homme et des libertés
fondamentales. En outre, en tant que membre de la
représentation nationale, je m'interdis de garder le
silence devant des graves problèmes menaçant la paix à
laquelle j'ai modestement contribué. On ne peut donc
me taxer d'être de connivence avec des prétendus
faiseurs de coup d'Etat. Je puis seulement soupçonner,
à la lumière des déclarations du ministre de la
Sécurité, qu'en arrêtant ces jeunes gens, c'est
finalement moi que l'on vise. Vous avez vous-mêmes
perçu dans le langage du ministre, une accusation à
peine voilée.
N'avez-vous pas l'impression que vos
questions vous ont sauvé d'un complot qui se tramait
contre vous ?
Tant mieux, si c'en était le cas. De
toutes les façons je savais depuis longtemps que mon
immunité parlementaire était menacée, et que les
gestionnaires du pouvoir n'attendaient qu'une occasion
propice pour me l'arracher. N'oubliez pas que bien
avant le vol d'armes, j'avais été interpellé par les
services spéciaux et la sécurité présidentielle.
Motif, le député que je suis critique la politique du
Chef de l'Etat. Je ne compte pas bien d'autres
tracasseries auxquelles je suis confronté tous les
jours. Et je tiens même à remercier cet homme de Dieu
qu'est le ministre Paul Mbot, en qui s'est manifesté
la révélation sur la machine qui est mise en place
pour me détruire. Et je sais ce que je dis. En tant
qu'élément de la Force Publique, j'ai le droit de
disposer d'un certain nombre d'informations, surtout
quand elles me concernent personnellement.
Votre réplique a eu l'effet d'une bombe dans
la salle de conférences du Palais du Parlement, au
point que le Premier ministre et le ministre de la
Sécurité sont revenus tour à tour devant le micro pour vous
rassurer qu'il ne vous arrivera rien. Quelle est votre
réaction ?
Le public aurait eu froid au dos si
j'avais divulgué tout le contenu du complot que le
gouvernement monte contre moi. Mais ce n'est que
partie remise, puisque d'autres occasions s'offriront
à nous. Et j'ai pris toutes les dispositions pour
qu'ils ne détruisent pas cette vérité, car j'ai
informé mes parents, amis et connaissances sur ce que
je sais du complot contre moi. Quant aux assurances du
Premier ministre et du ministre de la Sécurité, je ne
suis pas assez naïf pour y croire. J'aurais dû y
croire si les membres de l'Exécutif étaient conscients
de mon attachement à la parole donnée. Que de fois
j'ai prouvé mon alliance avec la paix sans qu'en face
l'on m'accorde un minimum de confiance ! J'aurais dû
être hypocrite qu'on me respecterait. Mais, je ne m'en
plains pas outre mesure, car je sais que nos
gouvernants actuels ont vécu dans le complot permanent
depuis les années 60. Ils croient, comme disait un
collègue, que les autres veulent les imiter dans cette
mauvaise voie. Il leur faudra encore beaucoup
d'efforts pour se rendre à l'évidence que la paix et
la liberté sont à la base du progrès et du bien-être
collectif.
Au lendemain de l'interpellation du
gouvernement par l'Assemblée nationale, de folles
rumeurs ont couru dans l'opinion, selon lesquelles les
honorables Joseph Kignoumbi Kia Mboungou et vous-même
seriez écroués à cause de vos déclarations ennuyeuses
à l'hémicycle. Quelle interprétation faites-vous de
ces rumeurs ?
Je suis habitué à ce genre de choses.
Avant et après mes études à l'Académie Lénine de
Moscou, j'ai occupé des fonctions politiques au sein
des Forces Armées Congolaises. Et je sais comment
fonctionne le système stalinien dans notre pays depuis
le monopartisme. Avant de passer à l'acte, les rompus
de ce système sondent l'opinion en faisant précéder la
rumeur. Peut-être qu'en faisant courir de telles
rumeurs, ils souhaiteraient susciter des mouvements
sociaux dans le pays - personne, en effet n'acceptera
qu'un député soit arrêté pour des motifs aussi
fantaisistes - pour se donner les moyens de
traumatiser un peuple déjà meurtri. Mais, je suis
serein, parce que je crois à la paix et à la
démocratie. Autant nous n'avons pas brûlé la ville de
Pointe-Noire quand nous en avions les moyens, autant
nous ne serons pas tenté de faire recours à la
violence dans un pays qui a opté pour la démocratie et
l'Etat de droit. L'opinion nationale et internationale
observe l'évolution de la situation au
Congo Brazzaville, je ne crois pas que nos gouvernants
iront jusqu'à commettre la maladresse de faire lever
l'immunité parlementaire des députés qui ne font que
leur devoir républicain.
Quelles informations avez-vous précisément
sur les détenus ?
Pas grand-chose. Tout ce que je sais,
c'est qu'ils ont été enlevés par des escadrons de la
mort à des heures indues, et transportés dans des
casernes militaires où ils subissent des tortures et
autres formes d'humiliations destinées à leur
extorquer des aveux dans le sens de la dénonciation du
colonel Boungouanza. La méthode est connue : "
Désignez-moi un suspect, je vous en ferai un coupable
". Tout le monde sait que ces détenus n'ont ni visite
de leurs parents, ni assistance médicale, ni
assistance judiciaire.
Finalement, qui êtes-vous pour le pouvoir en
place à Brazzaville ?
J'ai voulu être un homme de bonne foi,
contredit malheureusement par l'esprit revanchard et
haineux de mes compatriotes aux affaires. Au lieu de
prendre ma bonne volonté en confiance, ils me
persécutent. Le fait d'avoir refusé et d'avoir résisté
à l'occupation étrangère me coûte ce harcèlement et
cet acharnement aveugles. Mais, je profite de votre
micro pour repréciser que je ne suis pas un bourreau,
car au plus fort de la guerre de 1999, j'ai assuré la
sécurité de tout le monde, y compris de ceux qui
avaient des raisons de craindre pour leur vie à cause
de leurs appartenances politiques, ethniques ou
géographiques. Et, après avoir signé l'Accord du 29
décembre 1999, j'ai sollicité les suffrages de mes
compatriotes en 2002 pour être en mesure de mieux
défendre leurs intérêts à l'Assemblée nationale. C'est
ce je fais avec désintéressement depuis août 2002.
Vous tous en êtes témoins. A mon avis, ma
participation sincère à la vie des institutions
constitutionnelles devrait aider à régler tout le
contentieux laissé par la guerre, qui bloque la
réconciliation et l'unité nationales. Il se trouve
malheureusement que la volonté de régler ce lourd
contentieux n'existe pas dans la tête de ceux qui sont
en face nous. C'est pourquoi, je profite de l'occasion
que vous m'offrez pour leur lancer un appel au
ressaisissement, au courage et au patriotisme devant
les problèmes qui restent à régler. Un peu d'amour
ferait grandir notre beau pays.
Propos recueillis par " Mwinda " à Brazzaville.
A lire également
L'opposition congolaise ne croit pas au coup d'Etat dénoncé par le pouvoir
| |
|