« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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Samedi 7 janvier
Au moment où l'on apprend que le FMI s'apprête, une fois encore, à remplir le panier percé du Congo (un panier percé par " l'homme des masses " lui-même) il est important de souligner l'ampleur du phénomène de la corruption dans ce pays. Car à quoi servirait-il de traiter le problème de la dette sans celui de la corruption qui gangrène le système ?
Par Julien Loufandi Talakoyi
La corruption ne
respecte aucune frontière nationale. Elle accentue les problèmes de pauvreté dans le monde en altérant la vie politique, économique et sociale.
Le Congo a ratifié la convention internationale sur la lutte anti-corruption, mal
épizootique dont il est viscéralement atteint par une gouvernance libertaire, liberticide,
appelez la comme vous voudrez !
Conseil des sinistres : " Qu’est ce que j’apprends ? On est 40è en matière de corruption ? Nous devons être aux premières places ! "
Au-delà des discours stigmatisant cette calamité, sans pour autant agir pour
l’éradiquer, cette tumeur ronge et gangrène toute la structure économique, financière et
sociale du pays qui croule, depuis des lustres, sous le poids d’une dette inouïe, perpétrée par les mêmes fossoyeurs qui de surcroît, font endurer une austérité à vous achever un
mammouth pour accéder aux conditionnalités du PPTE. Alors que par ailleurs, la corruption,
le trafic d’influence, le racket dont on ne s’est jamais départi se développent depuis les
hautes sphères de l’Etat jusqu’aux quelques fonctionnaires véreux qui monnayent, à
découvert sans être inquiétés, leurs fonctions, leurs signatures, leurs influences !
Il ne serait peut être plus nécessaire de donner une définition de ces indélicatesses
tant elles sont présentes dans tous les registres de la vie sociale. Toutefois, au sens large, on peut se résoudre aux définitions ci-après :
- la corruption désigne l’utilisation abusive d’une fonction à caractère public à des fins
d’enrichissement personnel, en faisant payer un quelconque service plus cher que
son coût légal où à se servir du pouvoir qu’offre la fonction pour favoriser des projets
illicites. Passive ou active, la corruption est pénalement incriminée.
- le racket ou extorsion, consiste à obtenir par violences, menaces de violences ou
contrainte, soit une signature, un engagement, une renonciation, soit la révélation
d’une confidence, soit la remise de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque. Ce
délit est prévu et réprimé par le code pénal.
- Le trafic d’influence, infraction pénale qui consiste dans le fait de solliciter ou
d’agréer des offres, dons, promesses pour abuser d’une influence réelle ou supposée
dans le but de faire obtenir, d’une autorité ou d’une administration publique, des
distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable. Il est
sévèrement réprimé lorsqu’il est accompli par une personne exerçant une fonction
publique.
Le Trésor public : un temple du racket avec des fondés de pouvoir régnant en chef de gang
Au Congo, tant à Brazzaville capitale que dans le reste du pays, on est en plein dans
ces délits qui ont atteint des niveaux hyper dévastateurs ! Racket, rançonnage, pourcentage,
corruption sont des maux quotidiens.
Qui des congolais ayant eu affaire avec une quelconque administration publique,
n’a pas eu à se soumettre à un « péage » pour satisfaire tant soit peu sa requête ? Même les
Ministres, par ailleurs grands V.R.P. (voyageur représentant placier), dont les coûts exorbitants de déplacement sont très souvent inversement proportionnels aux retours d’investissement, doivent s’y soumettre pour débloquer les fonds de fonctionnement ou d’investissement régulièrement budgétés et votés !
Sous prétexte de « réalités » on s’accommode à une situation inique, aux
conséquences incalculables ! Pour exemple : Se faire payer un mandat au Trésor
public relève du parcours du combattant ! Dans ce temple du racket, les fondés de pouvoir et tout agent investi d’un pouvoir de décision y règnent en chef de gang ! Il faut, pour accéder à son dû, montrer patte blanche après avoir acquitté 15 à 30% du montant
attendu ! le spectacle d’affluence dans les antichambres
du Trésor public est à pâlir de honte et de désagréments ; non moins, celui du
rançonnage quotidien des transporteurs, au grand dam de toute éthique, est tout aussi
déconcertant, déshonorant autant pour l’administration que pour le pays !
Les exemples sont florès, une forme de pègre s’est organisée dans les régies
financières, les administrations, les municipalités, etc., érigeant ces administrations en
Citadelles de la corruption systématique, renchérissant le coût de fonctionnement de la
nation et des citoyens, au demeurant paupérisés. Tout est bon pour soutirer quelques deniers supplémentaires aux ayants droits, détourner des fonds publics à des fins privés sans aucune pudeur !
Il faut quasiment un commando de « boulistes », ayatollahs de passe-passe, virtuoses
des pots de vin, francs tireurs rompus aux labyrinthes des lieux pour parvenir à obtenir ce qui
à l’ordinaire est un droit.
Ayant ainsi corrodé la vie économique, sociale et politique, elle gangrène l’Etat de
droit et l’initiative privée, bloquant ipso facto le progrès économique, politique et social et
induit des dégâts invalidants dans ce pays qui se proclame de plus en plus pauvre alors que
par ailleurs les surplus générés par son brut remplissent des poches privées ou financent des
investissements aussi stériles que somptuaires. Elle est, sans contexte, le symptôme profond d’une mauvaise administration. Symptôme dont on perçoit le reflet dans le « copinage », la bureaucratie, l’inefficacité d’organismes généralement générateurs de recettes ou redistributeurs de revenus ; les malversations à grande échelle dans la passation des marchés et l’incapacité à satisfaire les besoins élémentaires de la population en sont encore la preuve.
L’arnaque accélérée a été édifiée comme une seconde nature de gouvernance !
Comment ces délits se sont installés et pourquoi ils s’empirent ? Certes, la corruption est un phénomène universel. Peut être pas aussi vieille que le plus vieux métier du monde, cependant, elle s’est inscrite dans la culture congolaise du fait mêmes des mentalités des hommes et des changements politiques violents qui, peut-être n’étaient pas toujours motivés par des sentiments malsains, mais dont la mise en oeuvre s’est faite par le biais d’institutions ou de structures malades. En conséquence, au lieu d’engendrer un système de fonctionnement honnête, ils ont générés des délits, des magouilles de tout genre, des fonctionnements illégaux qui déteignent sur le comportement général.
Ravivée depuis l’apparition du multipartisme mal négocié ou mal assimilé, amplifiée
par la municipalisation « accélérée », l’arnaque accélérée a été édifiée comme une
seconde nature de gouvernance ! Ainsi la réforme démocratique qui aurait dû enrayer cette
calamité n’a, hélas, pas répondu aux espoirs placés en elle.
Les fonctionnaires ne se sentant plus inquiétés par quelque sanction que se soit,
profitent sans continence, des avantages que leur confèrent leurs fonctions, pour assouvir
leurs desseins hypertrophiés d’enrichissement personnel, tout aussi accélérés.
Assurément, les tentations des corrompus proviennent souvent de leur statut social et
de leur rémunération mais aussi, et particulièrement des facteurs comme leur nature
intrinsèque, la composition familiale, les implications extra conjugales, les spéculations
financières, la vanité de la reconnaissance sociale, la soif d’enrichissement illicite, l’attitude
envers le travail, l’entreprise ou l’administration, la désorganisation administrative, etc.
Ainsi, les fonctionnaires sont tentés de se livrer au mal de la corruption et du racket
étant entendu que l’apport du gain mal acquis est plus important que la sanction qu’ils
pourraient encourir. Et cette possibilité d’engranger des surplus est fonction de l’étendue du
monopole dont ils jouissent dans une administration délitée, et du pouvoir discrétionnaire
dont ils disposent pour décider des attributions ou des comptes qu’ils ont ou non à rendre !
Il y a tellement d’exemples et de vécus connus de tous qu’ils ne tiendraient même
pas sur 100 pages.
- Pots de vin;
- Extorsion de fonds ou racket;
- Détournements de fonds;
- Trafics d’influence;
- Népotisme;
- Falsifications;
- Passe-droits accélérateurs;
Il est inadmissible que des gens sans vergogne triomphent; que le crétin soit admiré
Surfacturation, racket et autres pénalement répréhensibles, sont devenus la règle.
Instituée en norme dans toutes les structures administratives, à tous les échelons de
décision, la corruption paralyse tout, sape les règles du jeu démocratique, anéantit tout
progrès économique, social et politique. Son existence devenue systémique peut aussi
expliquer pourquoi ce pays sous développé, risque de le rester longtemps si le combat
contre la corruption n’est pas déclarée avec force et vigueur !
Mais ne nous méprenons pas, même si on a tendance à croire que la corruption est le
seul fait des administrations publiques, le phénomène implique aussi le secteur privé car ce
dernier est en réalité aussi le complice de l’instigation ; le corrompu ne saurait exister sans le
corrupteur ! Le pays a donc à faire face à cette pègre et c’est ensemble qu’il faut essayer
de trouver une issue urgente.
Le constat est amer ! Les conséquences de cette déchéance sont extrêmement
variées. D’une manière générale, elle n’entraîne qu’un cortège d’inefficacité, d’iniquité et
d’injustice. Son coût économique est tel qu’elle pervertit les motivations, sape l’efficacité des
institutions et augmente le coût social du fait d’une inégale redistribution des richesses et ce
au profit des gens qui ne le méritent pas.
Cependant l’espoir d’en sortir n’est pas perdu étant entendu que les indicateurs, les
indices de corruption et leurs localisations sont identifiés. Il faut alors une volonté politique
forte pour instaurer la lutte anti-corruption comme le levier de transformation de
l’administration par la mise en oeuvre des réformes qui impliquent la rupture avec la culture
de l’impunité. En effet, il est inadmissible et incroyable que des gens sans vergogne
triomphent; que le crétin soit admiré; que les principes cessent d’exister et que seul
l’opportunisme règne en maître. Que les arrogants, inciviques de surcroît, narguent les lois et dispositions républicaines et démocratiques ! Il est temps de retrouver l’ordre légal en
reconsidérant toutes les activités d’ordre public. Il ne suffit donc pas de ratifier des
conventions internationales ou continentales, il faut encore les rendre applicables dans les
lois et règlements nationaux !
« Préviens le mal avant qu’il ne soit, mets de l’ordre avant que n’éclate le désordre »
Pour répondre à ce problème, il faut s’en prendre à la base du système :
- Eliminer ou affaiblir les positions de monopole des fonctionnaires véreux;
- Clarifier leur pouvoir discrétionnaire;
- Les démettre au besoin en les sanctionnant lourdement;
- Renforcer la responsabilité et mettre en oeuvre les sanctions administratives;
- Expier l’impunité ; appliquer certaines dispositions du code général des impôts en
matière d’IRPP;
- Instaurer ou accroître les incitations au mérite au lieu d’ériger la médiocrité en
excellence.
Bref, rectifier les mécanismes qui engendrent la corruption qui n’existerait pas si seulement
chacun remplissait tous ses devoirs et obligations de citoyen, pour être reconnu comme un
citoyen à part entière et non comme un citoyen à part.
Il est donc pressant d’arrêter ce massacre, Car, éradiquer ou prévenir la corruption et le
racket permet :
- d’accroître les revenus de l’Etat, de stimuler la confiance et la participation
citoyenne ;
- D’élever des barrières contre le blanchiment de l’argent « sale »;
- c’est aussi combattre l’un des ingrédients du terrorisme international.
Mais il exige de celui qui entend combattre ces calamités, une stratégie froidement élaborée
et résolument mise en oeuvre.
Certes, ce n’est pas tâche facile au vu de l’ampleur du mal, mais la volonté, le courage et la
détermination étatique sont des préalables pour y parvenir à l’exemple des réussites saluées
à travers le monde sur cette même planète.
Par Julien Loufandi Talakoyi
NB . Les intertitres sont de " Mwinda ".
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