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    Connaissons, Cherchons à Connaitre André Milongo


    Samedi 28 juillet 2007


    Par Victor Doulou

    Beaucoup de choses ont été dites mais beaucup reste encore à dire sur ce Grand Homme que Dieu a donné au Congo. Lorsque l’on considère les personnages politiques congolais, on se rend effectivement compte qu’André Milongo était atypique. Je voudrais modestement ajouter ces quelques lignes pour apporter ma contribution aux témoignages qui présentent cet Homme que le Congo n’a ni reçu ni compris.

    La première chose et la plus capitale que l’on peut dire d’André Milongo ce fut sa foi chrétienne. De par son comportement, son tempérament, son caractère, et ses émotions on peut dire que Milongo était non seulement chrétien mais disciple du Christ. Sa foi en Christ avait forgé toute sa vie et se reflétait dans ses valeurs et qualités de bienfaisance, de travail, d’intégrité, de justice, et de paix. La Résidence Mafouta, maison d’André Milongo est l’ancien Petit Séminaire Saint Jean ; ce qui nous faisait dire que « Milongo habite dans la maison de Dieu ». Sa relation avec Dieu expliquait sans nul doute l’assurance et la sérénité du personnage. Cette foi chrétienne, Milongo aimait la partager avec les chrétiens de toutes obédiences en participant aux cultes catholiques, évangéliques, et Kimbanguistes.

    Le second aspect qui caractérisait le personnage fut sa vie conjugale exemplaire. Fidèle à une seule épouse, Laurentine M.T. Milongo, André Milongo ne s’était jamais livré ni à la débauche ni au vagabondage sexuel. Il fut un père qui éleva ses enfants dans un environnement familial serein, en leur inculquant les valeurs du Kimuntu : l’amour du prochain, l’humilité, la fraternité, la tolérance, l’entente, la réconciliation, l’altruisme, le respect du bien public, le pardon et la paix..

    C’est au travail en tant que Premier Ministre que les congolais ont pu découvrir cet Homme jusque là inconnu du grand public. Aussitôt élu Premier Ministre, André Milongo avait entamé la modernisation de l’appareil public en introduisant l’informatique dans l’administration publique. Un jour, le Ministre Letembet Ambily était venu lui présenter, pour signature, un document dactylographié sur stencil. Mr. Milongo s’écria : « Ça existe encore ça ! De toutes les façons je n’ai pas de stylet ». Le Ministre Letembet s’en fut allé recourir au service du Ministre Martial de Paul Ikounga afin de l’aider à remettre son texte sur ordinateur. L’informatique a d’ailleurs été l’un des secrets qui avaient fait sa force devant le Conseil Supérieur de la République. Lorsque certains esprits malins au Conseil Supérieur de la République voulaient prendre à défaut le Premier Ministre, ils demandaient au gouvernement de réviser sa copie. Le lendemain, au grand étonnement de ces Conseillers, les documents étaient prêts ; ce, grâce à la maitrise de l’outil informatique par l’équipe technique de la primature.

    André Milongo, Premier Ministre, a fait montre de ses qualités de leadership. Il a su impulser une dynamique porteuse de changement auprès de ses jeunes ministres en leur accordant sa confiance et en les encourageant à donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est ainsi que l’on vit les ministres Jean Luc Malekat, Jean Félix Demba Ntélo, Martial de Paul Ikounga, Dieudonné-Antoine Ganga, et Philomène Fouty Soungou exceller dans leurs missions.

    Comme il l’avait déclaré, il n’était l’otage d’aucune région. N’était il pas le géniteur de la Cuvette Ouest? De la Primature à l’Assemblée il avait porté et fait aboutir le projet de création de la Cuvette Ouest. Il a fait la promotion des cadres sur la base de leurs compétences indépendamment de leurs origines régionales. En conseil, un ministre devait présenter les curricula vitae d’au moins deux candidats pour la nomination à un poste de responsabilité. Un soir, bien après la Transition, j’avais accompagné et introduit Mr Mabiala, ancien Directeur Général des Impôts, auprès de Mr. Milongo. Celui-ci lui rappela les grèves et le tort que son administration avait causés au gouvernement de Transition. Il lui dit : « Lorsque vos dossiers de nomination avaient été présentés au Conseil des Ministres, j’avais trouvé que vous étiez le plus qualifié comme Directeur Général des Impôts et Mr. Pierre Kimbamba comme Directeur Général des Douanes sans me soucier de votre région d’origine ». Du reste, pendant la guerre de 1998, alors qu’une horde de miliciens se préparaient à venir les attaquer chez eux, Mr. et Mme Milongo avaient trouvé refuge à Ouenzé chez un douanier de la Cuvette Ouest, le regretté « Papa Bonheur ». Les conditions dans lesquelles ce couple avait vécu dans ce refuge témoignent de l’humilité de Mr Milongo.

    Son œuvre de bienfaisance, André Milongo Ntsatouabantou l’a surtout manifestée dans sa circonscription électorale: adduction d’eau potable à Boko et à Louingui, construction de routes et de ponts, début de construction du barrage hydro-électrique à Ngoyi, acquisition du matériel de travaux publics pour l’entretien routier, équipement des centres de santé, etc. Mais il ne s’est pas seulement limité dans sa circonscription électorale. Il est intervenu partout où les populations le demandaient. Avec la Fondation Mama Milongo, il a construit, équipé, et assuré le fonctionnement du dispensaire de Bouansa. Je me rappelle le Colonel Damba me dire : « Tonton Doulou, Milongo c’est mon type. Il a construit le dispensaire dans mon village alors que les gens de l’Upads n’ont rien fait ». C’est Milongo qui avait entamé la construction du pont sur la route entre Nkayi et Kimongo. Lorsque certains députés de l’Upads avaient voulu s’immiscer dans cet ouvrage, les paysans leur répondirent : « Laissez Milongo terminer son pont ». A la demande des populations de Goma Tsé-Tsé, Milongo avait construit le pont et aménagé la route qui va à Goma Tsé-Tsé en passant par Mont-Barnier, travaux du reste, perturbés par les ninjas qui avaient attaqué les ouvriers qui travaillaient sur ce chantier.

    Son intégrité, Milongo l’a prouvée aussi dans la gestion de la chose publique et dans sa morale politique. Il ne s’est pas laissé corrompre ni ne s’est compromis dans une quelconque magouille politicienne. Il n’a ni pillé les ressources nationales, ni s’être livré au vagabondage politique. A la fin de la Transition, lorsque l’Ambassadeur de France était allé à sa Résidence de Mafouta lui dire au revoir, Mr. Milongo lui avait rappelé les difficultés qu’il avait eues avec la France et lui avait demandé pourquoi la France lui avait réservé un tel traitement alors qu’il comptait dan la classe dirigeante française des collègues et pas des moindres. L’ambassadeur lui avait répondu : « Mr Milongo, on ne sait pas comment vous corrompre ; vous avez tout. Et vous preniez des décisions sans consulter l’Ambassadeur de France ». Et Mr. Milongo de s’exclamer : « Pour mon pays, je dois consulter l’Ambassadeur de France !». Le pouvoir avait toujours cherché à lui faire courber l’échine, mais devant son refus de se compromettre, des artifices étaient employés pour l’insulter et le ridiculiser. Par exemple, il y a un décret présidentiel qui accorde une rente viagère aux anciens premiers ministres et aux anciens présidents de l’Assemblée Nationale. Le gouvernement de Sassou II, en application de ce décret, avait gratifié les ayant-droits (Ganga Zanzou, Combo Matsiona, Mgr Nkombo, Noumazalaye, et autres) d’un véhicule 4x4. Milongo, de droit, avait demandé que lui soit accordée une double portion (puisqu’ayant occupé les deux fonctions) ou tout au moins que lui soit attribué le véhicule qui lui revenait. Le gouvernement lui a en fait un objet de chantage afin de l’amener à s’aligner sur les positions du pouvoir en place. N’ayant obtenu gain de cause, le gouvernement ne lui avait jamais remis son véhicule.

    Milongo n’avait pour ennemis que le mal et l’injustice. Sa grandeur d’âme faisait qu’il n’avait rien contre les hommes, mais était contre les mauvaises pratiques politiciennes. André Milongo a manqué à beaucoup d’attentats. Le plus spectaculaire, peu connu du public, était celui mené par les ninjas dirigés par « Kakos ». Ils étaient venus attaquer la Résidence Mafouta. La garde rapprochée de Milongo, après une fusillade nourrie, avait pu maîtriser la situation ; elle fit deux prisonniers, et mit la main sur les documents compromettants qui indiquaient l’ordre d’opération de cette attaque. Milongo, homme de droit, avait remis tous ces éléments au juge Nzouala, qui malheureusement, compte tenu de ses accointances avec les commanditaires, avait fait disparaître le dossier.

    Malgré tout le mal qu’on lui faisait, Milongo n’hésitait pas d’aller voir ses adversaires politiques et leur parler ouvertement en face. C’est ainsi qu’il s’était rendu chez Bernard Kolélas après la fusillade de Novembre 1992, en compagnie du Ministre Dieudonné-Antoine Ganga pour lui dire qu’il faisait fausse route et qu’il se laissait tromper par ses « nouveaux partenaires politiques ». Il s’était toujours rapproché de lui pendant ses moments de malheur (en exil, décès de sa tante, de son épouse, etc), geste qu’il n’a pas obtenu en retour. Il s’est maintes fois rendu auprès de Mr Sassou pour lui faire part de ses observations sur les dérives institutionnelles.

    André Milongo a aussi déployé une énergie considérable en tant qu’apôtre de la paix. Il dénonçait toujours l’acquisition et la prolifération des armes de guerre dans le pays. Certains ministres disaient : « Il n’y a que Milongo qui voit des armes partout ». Les congolais en savent aujourd’hui les conséquences. Malgré les pressions, Milongo s’était toujours refusé d’avoir une milice. Il ne voulait point d’une « somalisation » du Congo. Par ailleurs, il n’avait à sa garde que des éléments de l’armée régulière qui lui étaient officiellement affectés. André Milongo n’a pas seulement prêché la paix, mais il en a été un artisan. Il s’est distingué dans la résolution de la crise du Pool et des pays du Niari par le Comité inter-parlementaire. Il a voulu engager la même démarche pour résoudre la crise Oyo Owando. C’est ainsi qu’il avait reçu le 4 juin 1997 Mr. Sassou chez lui et devait recevoir Mr. Yhomby le lendemain, le 5 juin à Mafouta. Il avait associé sa voix à celles d’autres responsables pour dire au Président Lissouba de ne pas ordonner l’assaut contre le domicile de Mr. Sassou. Pendant la guerre de 1997, Mr. Milongo, par le téléphone du Colonel Bouissa Matoko, rentrait en contact avec Mr Sassou et Mr. Lekoundzou pour étudier les possibilités de réunions avec les membres du groupe parlementaire Pct pour juguler cette crise. Il avait réussi aussi à réconcilier les officiers du Pool qui ne se parlaient plus compte tenu de leurs sensibilités et préférences des leaders politiques. Pour André Milongo, il n’y a que les personnes habilitées qui devaient porter une arme. Lorsque Willy Matsanga avait rejoint son équipe de campagne en Mars 2002, André Milongo lui avait demandé de ne pas avoir d’armes ; ce que Willy Matsanga avait accepté.

    Sûrement Dieu était avec André Milongo. Le vendredi 8 Mars 2002. Milongo va tenir son dernier meeting de campagne pour les élections présidentielles au Centre Sportif de Makélékélé. Le candidat-président Denis Sassou Nguesso tient le sien au boulevard des Armées. 30 mn environ avant de se rendre au meeting alors qu’il révise les notes de son message, il me demande : « Je dois prendre une décision très importante. Qu’est ce que je dois faire ? ». Je lui réponds : « Monsieur le Président, vous devez vous referez à votre Dieu ». Il se retire une dizaine de minute dans sa chambre. Il est prêt pour le meeting. François Bikindou, correspondant de la BBC, certainement inspiré que quelque chose allait se passer à ce meeting, avait convié ses collègues correspondants de la presse de s’y rendre. Devant une foule immense, Milongo annonce le retrait de sa candidature pour ne pas cautionner des élections truquées à l’avance. La foule ovationne comme pour marquer son accord avec la décision de Milongo. A peine avait-il fini de prononcer son mot, qu’une pluie dense s’abattit sur Brazzaville, dispersant en un clin d’œil tous les participants au meeting. Me rendant chez moi vers le rectorat, je rencontrai une vague de miliciens cobras qui allait s’attaquer aux participants du meeting de Milongo. J’appelai tout de suite ce dernier pour lui dire : « Mr le Président, Dieu, en faisant tomber cette pluie qui a permis de disperser la foule, vous a préservé d’une catastrophe. Il allait y avoir un bain de sang à votre meeting ».

    C’est cet Homme que Urbain Makoumbou, Alphonse Nkouka et moi-même, Victor Doulou, avions soutenu et accompagné tout au long de sa carrière politique dans une structure que sa garde militaire appelait « Cabinet Molili » (Kitchen Cabinet).

    Victor Doulou

    A lire également :

    le témoignage de Papa Okemba

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