« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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Prières pour l’eau à Pointe-Noire
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Jeudi 5 avril 2007
On en est à invoquer la bonté divine pour avoir le droit de boire de l'eau potable dans la capitale de l'or noir...
La Journée mondiale de l’eau, célébrée le 22 mars de chaque année, a eu pour thème en 2007 : « Faire face à la pénurie d’eau ».
Lors de la célébration de la Journée mondiale de l’eau organisée au siège de la FAO à Rome, le Directeur général, M. Jacques Diouf, a déclaré :
“ A mesure que l’accroissement démographique et le développement requièrent des quantités accrues d’eau pour les villes, l’agriculture et les industries, la pression exercée sur les ressources hydriques s’intensifie, entraînant des tensions, des conflits parmi les usagers, et une pression excessive sur l’environnement ”.
Banderolle déployée lors de la journée mondiale de l'eau à Pointe-noire fin mars
Au Congo l’équation n’est pas encore si complexe : ici il ne s’agit même pas de consacrer des quantités d'eau douce à l’agriculture et à l’industrie qui sont quasi inexistantes. Chez nous on en est encore au point zéro à savoir distribuer de l’eau potable aux populations des grandes villes et à celles des villages qui parcourent des kilomètres pour aller chercher le précieux liquide.
Ce point zéro du problème semble être si négligé par les pouvoirs publics que les religieuses de Pointe-Noire ont décidé de s’en remettre à Dieu. Le dimanche 25 mars 2007 une messe a été spécifiquement organisée en la Cathédrale Saint-Pierre Apôtre à Pointe-Noire pour demander à Dieu de remplir leurs bidons jaunes de manière permanente. Les religieuses venues nombreuses à cette messe célébrée par Mgr Makaya ont « commis le pêché » d'établir un lien entre les revenus pétroliers toujours en hausse et l’eau du robinet toujours en manque, comme l’indique une de leurs banderoles.
A vrai dire, ce n’est pas la première fois que les bonnes soeurs s’intéressent à cette question. En effet, courant mai 2006, l’Union Diocésaine des Religieuses, l’UDR, avait publié un rapport sur la situation de l’eau dans la ville de Pointe-Noire. A la suite de cette publication, les religieuses avaient engagé un plaidoyer auprès des autorités locales (Préfets, Maires) dans le but de les sensibiliser sur l’intérêt à porter à ce sujet.
Les religieuses, qui n’ont rien vu venir jusque-là ont donc voulu insister sur les conséquences des pénuries d’eau en matière de santé, notamment le choléra qui sévit maintenant dans les grandes villes du pays. Elles avaient remis leur rapport au ministre de l’Energie et de l’Hydraulique, le pasteur-religieux Itoua Bruno. Ce dernier avait organisé des Journées Portes Ouvertes SNE/SNDE sur l’eau et l’électricité, du 03 au 04 décembre 2006, à l’hôtel Mbou Mvou-Mvou auxquelles les religieuses furent conviées.
Ces journées portes ouvertes étaient marquées par des promesses évasives selon lesquelles le problème serait résolu complètement à l’horizon… 2023.
Si l'on ajoute - à en croire un de nos lecteurs qui aurait aperçu l'intéressé sur les lieux du pèlerinage - que " l'homme des masses " aurait séjourné à Lourdes ces derniers jours, on comprendra que tout le monde s'en remet à Dieu pour sauver notre beau pays, le Congo...
Pour l'heure, depuis ce dimanche, jour de la célébration de la journée mondiale de l’eau, les autorités religieuses ont reçu menaces et intimidations. Les visites de policiers chargés d'effectuer de longs interrogatoires se sont multipliées; les personnalités les plus en vue ont même reçu deux ou trois visites par jour. Durant ces visites des questions étonnantes n’ont pas cessé de pleuvoir. Les interrogatoires vont sûrement continuer car la DST a déjà lancé des convocations à certaines personnalités religieuses. Les questions du type : « qui vous a communiqué le chiffre de 2 000 milliards FCFA de recettes pétrolières en 2006 ? » ; « quel est l’homme politique qui vous pousse à faire cela ? » ; « quels sont vos objectifs politiques immédiats ? » ; « qui a invité la presse locale ? »; « quelle sera la prochaine étape ? » sont posées.
Lorsqu’elles ne sont pas visitées à domicile les religieuses sont convoquées et auditionnées à la police centrale sur procès-verbal.
Depuis dimanche ce qui, au départ, était normal pour des religieuses, à savoir une messe pour célébrer la journée mondiale de l’eau dans un contexte de pénurie et rappeler que l’eau c’est la vie, que sans eau il n’y a pas de vie, a tourné à une surenchère policière mettant en concurrence le préfet Alexandre Paka, les services de la DST et ceux de la police nationale. L’enjeu pour tous ces services est de trouver ceux qui tireraient les ficelles dans l’ombre car il est inacceptable pour eux, que des mouvements sociaux se déclenchent à l’approche des élections qui vont avoir lieu en juin 2007. Selon ces mêmes autorités policières les religieuses n’ont pas le droit de parler ni du pétrole ni de la pénurie d’eau.
Les journalistes invités lors de cette messe ont été eux aussi sermonnés par le préfet et rares sont ceux qui ont écrit des articles sur un sujet qui pourtant préoccupe tout le monde dans le pays, à part ceux qui veulent montrer leur sympathie à l'endroit de " l’homme des masses " en lui indiquant qu’ils feront tout pour contrôler la situation.
A noter du reste que dans la dernière enquête sur la qualité de vie
dans différentes villes du monde qui a été établie par le cabinet de conseil en ressources humaines Mercer, le Congo Brazzaville, pays producteur de pétrole réalise la performance unique de placer deux villes en queue de peloton : Pointe-Noire est 211è, Brazzaville, 214è !
Correspondance de Pointe-Noire
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