|
Femmes forçats à Brazzaville |
Samedi/Dimanche 26-27 février
Des femmes congolaises cassent des pierres pour vivre
Sous un soleil de plomb et faute de mieux, des centaines de femmes prennent chaque jour d'assaut la carrière de Mafouta (17 km au sud de Brazzaville) pour exercer leur pénible métier de casseurs de pierres.
Pendant de longues heures, elles frappent inlassablement aux marteaux sur d'énormes blocs de grès afin d'obtenir de la caillasse qu'elles écoulent à des prix dérisoires sur le marché local.
Située au bord du fleuve Congo, la carrière de Mafouta est une vaste étendue faite d'énormes blocs de grès qu'il faut casser pour les réduire en caillasse, matériau utilisé pour les fondations des habitations et autres édifices dans la capitale congolaise.
En ce dimanche jour férié, le repos n'est pas de mise à la carrière. Quelques espaces grossièrement aménagés a l'aide de pagnes et de palmes, servent d'abris lorsque le soleil insupportable rend le travail difficile.
Ici le seul bruit est celui produit par le martèlement des lourds marteaux sur les rochers. Des centaines de femmes et leurs progénitures, souvent en bas âge, passent le plus clair de leur temps à taper sans relâche sur " la pierre de la survie ".
Au nombre de ces braves femmes, Mme Anne Marie Bassadio et ses quatre enfants, assis à même le sol, s'affairent au bord du fleuve à ressembler sur un grand tas, de la caillasse obtenue après avoir passé plusieurs jours à casser un bloc de grès.
"C'est un métier dur, mais je n'ai pas le choix, car la survie de ma famille en dépend. C'est pourquoi, mes enfants doivent, de temps en temps, sacrifier quelques jours de leur scolarité pour me prêter main forte. C'est grâce aux revenus obtenus de la vente des pierres que je réussis à payer les frais de scolarité, à les soigner et à les nourrir", confie-t-elle.
Mme Bassadio qui exerce ce métier depuis plus de 18 ans, a beaucoup de respect pour son travail qui contribue à nourrir, à soigner et à envoyer ses enfants à l'école.
" Les voisins, comme pour se moquer de nous, appellent mes enfants par le nom d'"enfants de la pierre ". Ils ont raison, ce sont vraiment les enfants de la pierre", lance-t-elle tout en haussant ses épaules.
A côté d'elle, les mains sèches, rugueuses et abîmées, les traits tirés , Mme Effic Ndelagani, 27 ans, frappe inlassablement sur un bloc de grès depuis trois heures.
Fatiguée, elle décide de prendre une pause pour allaiter son nourrisson de neuf mois.
Pour Mme Ndelagani, casser les pierres "n'est pas un métier pour les corps fragiles" des femmes. Mais, faute de mieux, elle se dit obligée d'exercer ce travail pour nourrir sa famille après le décès, il y a sept mois, de son mari.
Cependant, seule et accompagnée d'un enfant en bas âge, elle souligne être dans l'incapacité de réaliser d'importants profits.
Les habits totalement trempés par la sueur due à une forte chaleur de ce mois de février où les températures oscillent entre 30 et 32°C, Mme Ndelagani à maintes fois eu envie de tout abandonner.
"Mais, abandonner pour faire quoi d'autre?", s'est-elle souvent interrogée.
Les yeux rivés sur son marteau et malgré la rigueur du travail qu'elle exerce, elle ne manque pas de mots pour plaisanter.
" J'avais un corps de femme. Mais, soulever pendant plusieurs heures, et cela tous les jours un marteau, a fini par me donner un corps d'homme ", a-t-elle ironisé.
Pour sa part, Martine, 16 ans, fait le déplacement de la carrière chaque samedi et dimanche, jours non ouvrables pour "aider" sa maman. " Nous n'avons que la pierre pour vivre. C'est pourquoi je viens ici samedi et dimanche pour prêter main forte à ma maman ", dit- elle.
La rudesse de ce métier permet à peine à ces femmes de survivre, le mètre cube ne coûtant que 15.000 F CFA (1 USD = 550 F CFA) [23 euros ou 30 dollars us environ].
"Nous travaillons tous les jours, mais il est difficile d'atteindre la quantité suffisante pour de bons revenus", a indiqué Mme Bassadio qui, pourtant, aidée par ses enfants, ne parvient pas à dépasser les 4 mètres cubes de pierres par mois.
A ce maigre rendement pour un travail rude, s'ajoutent de fréquents accidents de travail et divers maux liés à la santé.
Ecrasements de doigts par le marteau, courbatures, rhumatismes, maladies pulmonaires et parfois perte de l'usage de certains membres de leur corps, sont leur lot quotidien de risques auxquels sont exposées ces femmes de la carrière.
Mais, en dépit de tout cela, les femmes casseurs de pierres continuent à affluer dans les carrières par passion pour certaines et par contrainte pour d'autres.
© PANA
| |
|