« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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Avènement de M. André Milongo à la vie politique
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Jeudi 26 juillet 2007
[A l'ocasion de la mort d'André Milongo, une veillée funèbre devrait avoir lieu le samedi 28 juillet, 2 avenue Stéphane Mallarmé à Paris, paroisse Sainte Odile (ligne 3 du métro, Porte de Champerret). Une messe devrait être dite au même endroit peu avant.
Une première messe a lieu ce jeudi 26 juillet, métro 8 mai 1945, terminus du métro 7, à partir de 19h].
Témoignage
par Urbain Makoumbou
Une nuit de 1989, à Brazzaville, je me réveille en sursaut et je dis à mon épouse :
Mr André Milongo va être le prochain dirigeant de ce pays !
Elle m’a regardé bizarrement et m’a dit que je divaguais et que j’avais tout juste rêvé. Sassou en avait sans doute encore pour très longtemps. A cette époque, il y avait eu La Baule, mais personne ne songeait à la Conférence Nationale Souveraine au Congo.
Quelques temps après, M. Milongo, qui était encore en poste à Washington pour la Banque Mondiale, est arrivé à Brazzaville pour quelques jours. Nous avons mangé ensemble au restaurant « Au Feu de Bois » sur invitation du couple Anselme Mavounia.
Là, je l’ai entretenu de ce que j’avais dit à ma femme, ne sachant moi-même si c’était un rêve ou une vision. C’est alors qu’il nous a confié que Sassou l’avait contacté par le biais du permanent de la Banque Mondiale à Brazzaville. Il lui demandait d’être son Premier ministre. Mais il avait décliné l’offre en argumentant qu’il ne voulait pas d’un poste politique dans un régime qui n’était pas issu démocratiquement des urnes. Malgré l’insistance de Sassou pendant de longs mois, il est resté sur sa position.
Puis arrive la Conférence nationale. M. Milongo arrive justement le jour même à Brazzaville. En fait, il venait par ses propres moyens préparer son retour au Congo car il venait de prendre sa retraite de la Banque Mondiale. Nous lui demandons de prendre part à la Conférence où il est pris comme individualité.
La Conférence Nationale est une opportunité pour les originaires du Pool qui veulent sortir de la situation de confinement dans laquelle le pouvoir du Nord et le PCT les a condamnés à vivre. Tous les ressortissants du Pool des Partis politiques et des Associations (qui se sont créés dans la perspective de participer à cet événement historique) prennent la décision de se concerter. Ils se réunissent le soir après les séances de la Conférence de manière tournante chez les uns et chez les autres. Il est vrai que Kolélas veut se comporter en Chef des Chefs. Mais on lui refuse unanimement cet avantage en lui faisant comprendre que tous les Partis étaient égaux, même si on respectait le personnage pour le courage de ses positions sous le régime PCT.
C’est ainsi, parmi les stratégies que nous avions montées, nous avons retenu de chercher à prendre le pouvoir. J’étais membre d’un Parti, le Mouvement des Démocrates Africains (MDA) dont le Président était Lambert Zabakani. Je tiens à préciser que tous les Partis avaient exactement le même nombre de représentants (8), et de ce fait étaient tous égaux. Les Associations avaient trois représentants. Le MCDDI avait deux ou trois Associations satellites, dont l’Association Matsoua par exemple. Mais les autres Partis ne lui étaient pas inféodés. Et c’est Jean-Claude Ganga, alors Ministre des Sports, qui a décidé de parrainer le groupement informel de tous ces Partis et Associations.
La prise de pouvoir impliquait que nous devions occuper la Primature. C’est alors que j’ai proposé aux membres de mon Parti de retenir André Milongo comme candidat du Pool. Nous avons proposé d’en parler avec un noyau restreint chez J.C. Ganga à Poto-Poto Djoué. Etaient conviés :
- Ganga J.C.
- Zabakani Lambert
- Kolélas Bernard
- Massengo Boniface (Professeur)
- Makoumbou Urbain
- Kani Marc
- Moutéké Robert
- Koundima Simon
- Les quatre autres représentants du MDA à la Conférence
- Un autre membre de ce Parti de Massengo
Au cours de cette réunion, nous avons expliqué à Kolélas que l’animosité qu’il provoquait dans la salle ne nous permettait pas de le retenir comme candidat. Ce qu’il a reconnu et accepté. Ganga s’est alors proposé. Nous lui avons rappelé qu’il était ministre du PCT et qu’il risquait de se faire descendre dans la salle s’il postulait. Alors, déçu, il a demandé qui l’on voyait à ce poste. C’est ainsi que j’ai sorti le nom de Milongo. Kolélas a demandé qui c’était. Je leur ai présenté une biographie de l’homme. Et j’ai insisté sur le fait que le Congo avait besoin d’un technicien de la gestion financière pour être accepté par l’opinion internationale. Tout le monde en a été convaincu et accepté Milongo comme candidat. C’est d’ailleurs les mêmes arguments que je développerai plus tard en publique et surtout aux Forces du Changement qui vont se constituer.
Le MDA, après cette réunion, demande que tous les ressortissants du Pool à la Conférence se retrouvent à cet effet pour prendre collégialement la décision. Mais dès le lendemain, Bonaventure Mbaya du PSDC « le Pari » distribue le CV de Badinga dans la salle de la Conférence, en précisant que c’est l’homme qu’il fallait : un docteur d’État en économie, au lieu de Milongo, un simple « commis de la Banque Mondiale » expliquait-on. En fait Badinga était le candidat des Rosicruciens et de Mgr Kombo. C’est ainsi que Kani Marc qui avait pourtant accepté Milongo à la réunion, préfèrera Badinga.
Nous proposons alors d’écouter les candidats l’un après l’autre pour un choix démocratique. Mfina-Matsiona nous propose la salle du cinéma Rex pour cette épreuve. Les deux candidats viennent faire leur speech (un jour pour chacun) en présentant leur approche de la situation politique et leur projet. Badinga, qui n’a jamais travaillé au Congo, vient critiquer la tendance tribale de la réunion à laquelle il ne souscrit pas. Il déclare avoir été mandaté depuis Paris par Elf qui a d’ailleurs financé son voyage. Ce fut l’émoi dans la salle.
Nous arrêtons à la suite d’organiser une primaire. Le MDA qui est à l’origine de cette initiative reçoit le mandat d’organiser cet événement.
Nous voulons qu’il soit heureux, ouvert et cordial. Nous choisissons donc le cadre de la propriété de M. Miabilangana Jacob « la Flamme » à Loua. Il y a à boire et à manger pour tous. Les arguments sont développés par les uns et les autres. C’est André Milongo qui recueille la majorité. Mais les partisans de Badinga ne l’acceptent pas et reviennent à la charge le lendemain dans la salle en critiquant Milongo. Il en sera d’ailleurs ainsi jusqu’au vote officiel.
Cette étape gagnée, il a fallu livrer la bataille aux Forces du Changement. Il y avait beaucoup de candidats dont Maître Mbemba, Miérassa, Jap, Badinga, etc. Je me suis battu tous les soirs chez Miérassa où se tenaient les réunions des Forces du Changement, au point d’être menacé de mort par le groupe de Mbaya, Samba Marcel et autres qui manquaient d’arguments. J’étais appuyé de temps en temps par Moyo et Bintsangou. C’est ainsi que le candidat Milongo a été accepté par les Forces du Changement.
Mais comme cela ne suffisait pas, il a fallu mener une campagne assidue dans les salles et auprès des personnalités comme Bokamba Yangouma, Thystère Tchicaya et Gabriel Bokilo (l’ancien gouverneur de la Banque Centrale qui lui-même était candidat). Thystère a brillé par son hypocrisie habituelle.
Pendant ce temps, Lissouba menait une campagne d’argent. Mougounga Nguila et Ikounga disposaient d’une salle d’où ils distribuaient de l’argent aux électeurs. Bokiba en faisait autant pour le compte de Bokilo. Ils ont organisé des repas et des conférences. Je me suis opposé à ce que Milongo fasse autant comme le voulaient des hommes comme Kakoula Kadi. C’est donc dans la sobriété totale que nous avons mené la campagne de Milongo. Et c’est en nous battant durement dans la salle qu’il a été élu Premier ministre de la Transition.
Entre-temps, des commissions ont été mises en place. Kolélas n’a même pas réussi à se faire élire à la présidence de la commission politique. Il a été battu par Gongara Nkoua et sous les huées des participants.
Voilà, loin de mes archives datées et en faisant fi de certains détails, ce dont je peux témoigner sur l’avènement logique de l’Enarque Milongo à la politique.
Urbain Makoumbou
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Autres témoignages
Milongo par Levy Makany (document d'archive)
Milongo par Nika (document d'archive)
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