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    Hommage d'un Congolais à Tata André Milongo, Ya Milos


    Mercredi 25 juillet 2007


    Par Dieudonné Antoine-Ganga

    Au moment où le peuple congolais orphelin vous pleure, je voudrais vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que votre rappel par Dieu m’a jeté dans une grande consternation. Je vous savais malade, mais je n’envisageais pas la fatale issue.

    Lorsqu’ il y’a 15 ans, vous m’aviez nommé Ministre dans votre gouvernement, il me souvient m’être engagé solennellement de ne ménager aucun effort pour d’une part faire du Congo, une Oasis de paix, d’amour, de paix, de tolérance et de fraternité fraternelle entre tous les Congolais, et d’autre part faire aboutir la Transition. Je puis aujourd’hui affirmer en toute honnêteté que c’est grâce à votre sagesse et à votre amour pour le Congo, et ipso facto, pour le peuple congolais que ces objectifs ont été atteints malgré les incartades de certains compatriotes atteints du cancer de la violence.

    Le chemin que nous avons parcouru ensemble, m’a fait découvrir que vous étiez attaché à la République, c’est-à-dire, à un ensemble de principes et de valeurs qui fondent une morale, au premier rang desquels UNITÉ, TRAVAIL, PROGRÈS et tout autant la tolérance. En croyant à ces principes et valeurs, vous avez combattu du même coup, ce qui en est la négation même : les vieilles idées de division, de haine, de mensonge , de manoeuvres politiciennes, du tribalisme qui ont conduit malheureusement à assister en 1959, en 1993, en 1997 et en 1998, à des atteintes répétées aux droits fondamentaux des citoyens, au massacre d’innocents, au viol des femmes, au pillage et à la destruction de nombreuses habitations, transformant des milliers de Congolais en personnes déplacées et sinistrées sans domicile dans leur propre pays.

    J’ai découvert aussi que vous étiez exigeant de la qualité dans tout ce que nous devions entreprendre et qu’en conséquence vous rejetiez sans complaisance, la médiocrité, qu’elle fût morale, intellectuelle ou professionnelle. A ce propos, vous ne cessiez de faire les éloges, de grands Commis d’Etat qu’étaient Alphonse Massamba-Débat, Antoine Kaine, Auxence Ickonga, Lazare Matsocota, Roch Auguste Ganzadi, Joseph Pouabou, Hilaire Bounsana, Edouard Ndebeka qui ont travaillé avec abnégation,sans se préoccuper des « per diem ». Je me souviens aussi qu’un jour, en Conseil des Ministres, mes collègues et moi, vous avions demandé, au moment où les fonctionnaires connaissaient deux mois de retard des salaires, de nous payer exceptionnellement nos indemnités de fonction, vous nous aviez répondu d’un air impassible « Tant que les fonctionnaires qui sont aussi pères de famille comme vous n’auront pas perçu leurs salaire, vous n’auriez rien. Vous êtes à mes côtés pour servir le peuple et non pour vous servir et jouir de vos privilèges. Etre ministre ne signifie en aucun cas être supérieur aux autres. Les ministres ne constituent ni une caste ni une classe. Je dois nous protéger. » Nous restons cois de cette réponse.

    Milongo a réhabilité nombre de routes dans sa circonscription Votre action politique n’a pas de l’avis des observateurs objectifs, eu la reconnaissance que l’importance des actes posés méritait. Dans un environnement où votre action incomprise était interprétée par vos détracteurs comme une trahison ou était l’objet pour vous calomnier et pour vous salir, vous répondiez stoïquement : « J’ai toujours placé l’intérêt supérieur de la nation avant toute autre considération ; voila pourquoi, malgré les provocations et les humiliations de toutes sortes, j’ai cherché à éviter à notre peuple les épreuves douloureuses où l’égoïsme et les ambitions des politiciens véreux ont voulu m’entraîner, j’ai sacrifié à l’idéal de paix et d’unité nationale qui m’a toujours animé. » . En effet, vous ne changeâtes pas d’attitude ; vous négligeâtes ces dérisions, ces sarcasmes et ces injures qui ne sont que barbaries.

    De son côté,votre ami le Ministre Guy Menga, l’un des ceux qui ont reconnu l’importance des actes que vous aviez posés, écrivait : « Troisième copilote de la Transition, le Premier Ministre, André Milongo, a lui aussi donné son appréciation sur cette épouvante période. Il reconnaît qu’en dépit des erreurs qui n’ont pas manqué d’émailler son parcours, la Transition a été une réussite car elle a fait aboutir la mission définie par la Conférence Nationale : organiser les échéances électorales et mettre en place les institutions définitives de la République ; amorcer le redressement économique et financier du pays par l’assainissement des finances publiques et la restructuration de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Sur cette mission, André Milongo affirme : « Aujourd’hui, le bilan du travail accompli est clair et sans ambiguïté. Il estime donc que la mission confiée au Gouvernement de Transition a été accomplie et s’offre le luxe d’ironiser en prenant le peuple congolais à témoin : « Parfois, j’entends des élus issus des Institutions de la Transition parler d’échec de celle-ci. Ils me font penser à ces cosmonautes à bord d’un satellite lancé par une fusée et qui diraient que le lancement a été un échec. Comment se trouveraient-ils là haut, gravissant autour de la terre, si la fusée avait explosé au sol ? La fusée de la transition n’a pas explosé ! Elle est arrivée à bon port et a lancé le satellite grâce à l’habileté des techniciens qui en étaient chargés.»

    Tata André Milongo Ya Milos, nous formions un tandem au gouvernement. J’ai partagé avec vous beaucoup de choses. Nos relations avaient dépassé le cadre politique et gouvernemental pour devenir familiales. Vous et votre épouse Laurentine m’avez présenté à vos enfants Stéphane, Corinne, Valérie, Nadine, Didier, Frank et Félicia (notre filleule) qui m’ont adopté et qui m’appellent par Tata ou Tonton. D’autre part, chaque fois que vous veniez à Washington, nous nous voyions. J’étais devenu votre alter ego.

    Merci pour la confiance que vous m’avez faite et pour l’encadrement que vous m’avez offert.

    Merci pour votre humour légendaire qui nous a donné tant d’occasions de rire et nous a aidés à mieux comprendre l’importance de replacer les différents événements de la vie dans le cadre de leur relative signification.

    La population appréciait l'homme La mort est une réalité biologique inéluctable. Tata André Milongo Ya Milos, mon aîné, vous êtes donc arrivé au bout de votre voyage, mais un peu trop tôt pour nous. Les larmes qui coulent sur nos joues et les sanglots qui secouent nos poitrines depuis ce sinistre Lundi 23 Juillet sont le témoignage on ne peut plus éloquent de la lourde peine que les Congolais et tous ceux qui vous aiment ressentent. Mais vous pouvez partir en paix, parce que vous avez accompli un parcours fait pour notre pays, votre famille et la multitude de vos amis que l’on retrouve dans toutes les régions du Congo.

    Comme affirmait Charles Peguy, « la mort n’est rien ; vous êtes seulement dans la pièce à côté et que le fil de la vie n’est pas coupé. »

    Vous nous quittez tel que vous avez vécu, dans la dignité, l’honneur, le stoïcisme et la simplicité. Partout, au Gouvernement, à l’Assemblée Nationale, dans votre vie professionnelle, dans la vie sociale, dans votre vie familiale, vous avez été un symbole vivant des valeurs humaines les plus nobles, un représentant particulièrement brillant de cette catégorie d’êtres humains, de plus en plus rares, qui évitent d’être complices ni en pensées, ni en actes, du mensonge, de la rumeur, de la violence et de la guerre dont l’affable et sympathique peuple congolais n’a pas besoin, qui ensuite déshonorent la guerre partout où elle pavoise, de la débusquer partout où elle couve, et qui enfin, comme me le dit souvent mon frère et ami l’Ambassadeur Daniel Abibi, considèrent que quand la dignité et l’honneur sont en cause, il n’ y a pas de compromis possible.

    Merci pour votre vie exceptionnellement riche, pour votre motivant exemple d’homme intègre, de bon gestionnaire et de grand commis de l’Etat.

    Confucius disait : « L’homme supérieur, c’est celui qui d’abord met ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément à ses actions ; ou l’homme supérieur est celui qui a une bienveillance égale pour tous et qui est sans égoïsme et sans particularité. Vous avez été cet Homme et vous resterez, dans la mémoire des Congolais, cet Homme. C’est ce que l’histoire retiendra de vous.

    Au revoir, au revoir, au revoir Tata André Milongo Ya Milos, « Maboko pembé, Motema pembé. »

    Ambassadeur Dieudonné ANTOINE-GANGA,
    Ancien Ministre de la République.

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