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    Un jour à l'hôpital

    Dimanche/lundi 13-14 juin 2004


    Un de nos lecteurs vivant à Brazzaville (Congo) nous décrit ce qu’il a vécu dans deux hôpitaux de la capitale, cette semaine.

    Ma femme a accouché avant terme et ce que j'ai enduré pendant ces trois dernières journées et qui continue d'ailleurs, me dépasse.

    J'en entendais seulement parler. J’entendais dire beaucoup de choses sur l’hôpital de Makélékélé quand une femme accouche. Moi-même, j'ai vécu cette course contre la montre. On peut en mourir si l’on est cardiaque. Si on est un méchant on peut même gifler la sage-femme ou l’infirmière.

    Chers amis, savez-vous quelle est la préoccupation première du personnel médical ? En bien ! Faire le commerce des produits pharmaceutiques. Ils en ont plein les poches de leur blouse et dans leurs sacs. Ici la devise c’est « Payer avant d'être servi ». J'ai même vu un service, pourtant vital et qui détermine la suite de la vie du nouveau-né, je veux parler de la néonatalogie, dans lequel il n'y avait que des stagiaires. Ces dernières ne savent même pas quoi faire et que faire ! Les doses à administrer au nouveau-né, elles se demandent entre elles quelle dose administrer ! J’ai dû leur suggérer d’aller au moins se renseigner auprès du service de triage. Les couveuses ? N’en parlons même pas. J’en ai compté trois mais par le drôle de bruit qu’elles faisaient, j’avais l’impression qu’elles ne fonctionnaient pas correctement. Effectivement j’avais raison puisque après j'ai été surpris de voir trois nouveaux-nés dont mon petit garçon, dans une même couveuse.

    Après quelques heures, je décide de faire un tour chez moi quand mon portable sonne. C’est la voix de ma femme. Elle me dit de revenir vite car les stagiaires ont sorti l’enfant de la couveuse. La raison : elles ont sommeil; il leur faut aller dormir, Il faut donc récupérer le nouveau-né et le confier à sa maman. Vous vous rendez compte ? C’est insensé de voir des personnes qui viennent travailler pour assurer la garde et donc pour surveiller les bébés vous dire qu’elles vont dormir et qu’il n’y aura personne ! Vraiment cet hôpital est plein de femmes et de filles qui n’ont aucune notion de la déontologie !

    Ils en ont plein les poches de leur blouse et dans leurs sacs


    L’enfant est donc placé dans une chambre avec sa maman, le temps que j’arrive. Comme je ne peux pénétrer dans la salle on m’indique une fenêtre où je peux les voir. A la vue de cette fenêtre de loin, j’ai failli crier. Il n’y avait plus de lames en verre sur les nacots. La fenêtre est donc ouverte; on avait seulement étendu un pagne complètement déchiré, pour cacher un peu. Aux dires de ma femme il y avait plein de moustiques et, pire, comme la saison sèche arrive, il fait déjà froid.

    Dans la chambre, sur chaque lit qui fait peut-être 90 cm de large, les mamans sont placées à deux avec les nouveaux-nés. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Je fais encore un tour à la maison pour aller chercher habits et autres accessoires pour la mère et aussi pour mon bébé. A peine arrivé, le téléphone sonne, c'est encore ma femme me disant de revenir vite car on vient de décider de les évacuer au CHU.

    Je saute donc dans un taxi et je les récupère à l'hôpital de Makélékélé. Feux de détresse, nous filons à 100 km à l'heure. Je demande à ma femme ce qui s'est passé entre-temps ; elle me dit que le bébé a fait des convulsions suite à une piqûre, un surdosage sans nul doute. On arrive enfin au CHU de Brazzaville; nous sommes reçus au service des urgences et sans même me demander de quoi il s'agit, la première phrase que j'entends c’est : « Allez là-bas, allez payer la consultation, c'est 3.500 Frs » (plus de 5 euros, soit plus de 6 dollars, ndlr). Je cours donc à la caisse, je paie les 3.500 frs. Le nouveau-né est emmené pour un examen réalisé par un médecin stagiaire. Là aussi nous sommes envoyés au service de néonatalogie. Arrivé là-bas on nous fait comprendre que seule la mère peut rentrer et que les autres doivent attendre l'ordonnance dehors.

    Quelques minutes après, l'ordonnance arrive; je cours vite à la pharmacie du CHU. Le produit prescrit n’est pas disponible. Je rebrousse chemin et je cours comme un athlète dans les allées du CHU puis je me retrouve à l’extérieur en face de l’hôpital. Là non plus le médicament n’y est pas mais on m’informe tout de même que j’ai des chances de le trouver à la pharmacie MAVRE située au centre-ville. Je saute alors dans un taxi en expliquant mon problème au chauffeur. Celui-ci roule à grande vitesse à travers les avenues de la capitale. J'arrive enfin à la pharmacie MAVRE. Je leur présente mon ordonnance. La vendeuse la regarde et secoue la tête. Dieu merci, ils ont le produit. Je saute à nouveau dans le même taxi qui m'attendait. Une fois de plus on roule à tombeau ouvert jusqu'au CHU.

    « Allez là-bas, allez payer la consultation, c'est 3.500 Frs »


    Déjà, ma femme, impatiente et inquiète attend dehors. Elle ignorait que j'étais allé jusqu'au centre-ville. Je lui remets les produits; elle essaie de hâter le pas avec peine, la pauvre, puisque seulement quelques heures se sont écoulées depuis son accouchement. Après, même elle, elle est mise dehors, le médecin lui disant que dans ce service on hospitalise que les nouveaux-nés. Il n’ y a pas de chambre prévue pour les mères. D’ailleurs on les voit là, certaines assises dans les couloirs, d’autres recroquevillées sur des nattes étalées dans les recoins. Je suis vraiment pris de pitié de les voir, ces femmes à peine accouchées pour certaines. Est-ce comme cela que ça se passe partout, me demandais-je au fond de moi-même. Devrons-nous donc rester dans le couloir pour avoir au moins les résultats après les premiers soins ?

    Un peu plus tard ma femme éprouve le besoin d’aller aux toilettes, non seulement pour se soulager mais également pour changer la garniture qu'elle porte. Ce qui est normal pour une femme qui vient d'accoucher, puisqu’elle continue de saigner. Je cherche donc quelqu'un pour m'indiquer le chemin des toilettes. C’est là que je croise un jeune médecin interne. Celui-ci s’étonne de me trouver là. Je lui explique ma situation et celle du nouveau-né. L’interne me fait attendre et entre dans le service pour aller s'enquérir de l'état de l'enfant. Il en sort en m'assurant que son état est stationnaire et qu’il est sous perfusion. Je lui pose donc mon second problème de l'envie de ma femme d'aller aux toilettes. C’est là qu’il m’apprendra que les toilettes ou les WC n'existent pas, tout en me suggérant d’aller derrière le bâtiment où il y avait un endroit protégé des regards indiscrets.

    J’y allais. L’endroit était devenu un véritable urinoir, parsemé d'excréments. Je me dis à moi même : « incroyable mais vrai, il faudrait voir cela pour y croire ! » Je reviens donc dire à ma femme d’aller derrière le mur car il n’y a pas de toilettes. Ce qu’elle fit après quelques minutes d'hésitation. Pendant ce temps, je reviens voir mon ami médecin, qui m'attend toujours, et lui pose la question pourquoi donc cela. Sa réponse : « qu’est-ce que tu as déjà vu qui marche dans notre pays ? »

    Je lui demande également pourquoi il n'y a pratiquement pas de médicaments dans la pharmacie du CHU. Il me répond : « vas y comprendre ! ». Je lui fais remarquer qu’il devrait au moins y avoir des médicaments de première nécessité. Il acquiesce et observe qu’il faut être là de garde comme lui, la nuit, pour voir des accidentés, des cas très graves mais qu’il faut qu’un membre de la famille du malade sorte du CHU pour aller chercher les produits qui peuvent sauver la vie du patient.

    En ce qui concerne les toilettes, continua-t-il, même si l'expérience montre que les toilettes modernes ne sont pas utilisées à bon escient chez nous qu'est-ce que cela coûterait-il d’en construire qu’on pourrait vidanger ou des douches à l’extérieur des bâtiments, par exemple ? Et de me demander ce que j'ai vu à l'entrée principale de l’hôpital. Des travaux, lui répondis-je. C’est là que le médecin m’apprend qu’on était en train de remplacer, on se demande pourquoi, des carreaux encore en bon état et qu’on posait à la place des « staffs » au plafond. Est-ce une visite du président de la République que l’on prépare ainsi, s’interrogea-t-il.

    « Je ne connais pas le montant de ces travaux – poursuit-il - mais il y a fort à parier qu’il y en a pour des millions, car la pelouse qui en train d'être refaite derrière là, a coûté 11 millions de francs (plus de 16 000 euros soit plus de 20 000 dollars, ndlr). Tout le monde en parle ici au niveau du CHU. Ce montant, c'est seulement pour la pelouse alors, combien de fois pour les carreaux ? C'est donc beaucoup de millions. Moi je dis qu’au lieu de faire une pelouse qui ne va rien apporter aux malades, on pourrait, comme vous l’avez vu, approvisionner la pharmacie du CHU en médicaments, construire au moins des toilettes et des douches à l'extérieur. Finalement chez nous on donne la priorité à quoi ? » C’est ainsi qu’il termina.

    Voila un peu ce que j'ai vécu ces derniers jours.

    Bien des bonnes choses à vous.

    E. H. A.

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