Le journal de l'Association des Démocrates Congolais en France
Accueil| Contact| Forum
Journal de l'A.DE.CO.F

Le projet

  • Alternance
  • Infos du pays

  • Dépêches IZF
  • Dépêches IRIN
  • Partenariat

     
     

    « Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.

     

    Inondations


    Mardi 16 janvier, 5h00



    Humeur

    Symbolique et révélateur de l’état d’esprit avec lequel les hommes politiques règlent les problèmes du Congo et conçoivent son développement : pour faire face aux inondations causées par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur les quartiers nord de Brazzaville, le chef de l’Etat a fait distribuer… pelles et brouettes à la population. Bref, de quoi prévenir de nouvelles catastrophes dans ces zones inondables...


    Par Musi Kanda

    Sassou ne nous avait pas habitué à autant de générosité. Profitant des inondations qui ont considérablement endommagé des centaines d'habitations dans les quartiers nord de la capitale, et de ses voeux 2006 aux Congolais, il a nous a montré qu'il n'avait pas qu'un caillou à la place du coeur. Si, si, il a bien un coeur qui bat dans la poitrine. Il l'a même sur la main.

    Aux victimes des intempéries, il a fait distribuer des brouettes, des pelles et des râteaux. En prime, et au même titre que les malades, ces veinards ont par ailleurs eu droit à une pensée affectueuse et émue du président là où les uns attendent de vrais hôpitaux pour se soigner correctement, et les autres des mesures concrètes susceptibles, à l'avenir, de les protéger efficacement contre les inondations. Mais, dites-moi, de quoi auraient-ils l'air de se plaindre ? Une pensée présidentielle, de surcroît affectueuse et émue, ce n'est pas tout le monde qui peut se réjouir d'en avoir reçu une. Les victimes de toutes les guerres civiles, les disparus du Beach et leurs familles l'attendent toujours.

    On me fera, à juste titre, remarquer que les catastrophes naturelles n'épargnent personne, même pas les grands pays développés. Le cas tout récent du cyclone Katrina et les inondations de la Nouvelle Orléans le prouvent. Mais à la différence de ces pays où les élus sont sommés de rendre des comptes lorsqu'ils ont failli, les aristocrates de notre démocratie apaisée ne se sentent responsables de rien. Les habitants, qui ont d'ailleurs appris à se passer d'eux, ont trouvé le coupable idéal. C'est M. Pas-de-Chance. Il est responsable de tout. Pas Sassou dont la chambre à coucher est à un jet de pierre de certaines maisons envahies par les eaux, mais qui n'a pas trouvé le temps d'aller à la rencontre des familles sinistrées pour leur témoigner de visu sa solidarité. Son escorte d'engins blindés craint l'eau. Et en l'absence de son fameux hors-bord de milliardaire ancré sur les berges de l'Alima, pas question de se mouiller le pied. Surtout dans ces eaux polluées.

    Quant à son gouvernement, il est, comme d'habitude, aux abonnés absents. Mais qu'aurait-il pu faire ? va-t-on me faire observer. Rien, en effet. Comme d'habitude, il ne fera rien. Car il n'a jamais rien su faire. Et il ne sait toujours rien faire. C'est un gouvernement d'inutiles, qui ne sert à rien. Et pourtant, il y a toujours quelque chose à faire dans ces cas-là. D'abord organiser des secours, réquisitionner des locaux collectifs sûrs ou des chambres d'hôtel pour reloger provisoirement ceux qui n'ont plus de toit. Ensuite, assainir les lieux en les débarrassant notamment des cadavres d'animaux pour éviter des épidémies. Enfin, engager une réflexion sur les moyens non pas de supprimer totalement les risques, mais d'en limiter au moins les conséquences pour la sécurité des habitants. Mais c'est sûrement parler chinois ou demander l'impossible à des ministres dont la seule préoccupation est avant tout d'être au service de leur illustre personne.

    Les partisans du pouvoir, qui oublient que c'est toujours aux mêmes que l'on demande des efforts et des sacrifices alors qu'ils sont dépourvus de tout, reprochent souvent à ceux qui dénoncent les errements et la kleptomanie du régime de se complaire dans la critique facile. C'est parfois vrai, mais toujours.

    Je profite donc de ce début de l’année nouvelle, période propice aux bonnes résolutions, pour critiquer positivement le pouvoir, et apporter modestement ma petite pierre au grand chantier de la réconciliation nationale. Oh, je ne propose rien de bien grandiose. Il s'agit juste de refiler gratuitement à notre président ce petit pense-bête anti-inondations.

    Sans entrer dans des détails techniques fastidieux, retenons simplement ces trois points.

    1) Les mesures immédiates à prendre à Moungali, Poto Poto, Ouénzé et Mpila. Elles ne coûtent pas un rond aux contribuables et à la caisse noire des Sassou et des Nguesso. En outre, monsieur le président pourra les inscrire au crédit de son maigre bilan du septennat. Voici ces mesures : procéder au curetage régulier de ces nombreux cours d’eau qui sillonnent les quartiers nord de Brazzaville et veiller à ce qu'ils ne servent plus de dépotoirs comme c’est le cas actuellement.

    L’objectif de ces deux actions simples est de faciliter l’écoulement des eaux lors des crues, car tous ces vieux matelas et carcasses de bagnoles qui les encombrent sont quelques unes des causes aggravantes des inondations. Ces actions permettraient en plus d’occuper utilement les innombrables fonctionnaires municipaux payés à ne rien foutre.

    2) Il s’agit cette fois des mesures à moyen terme qui nécessitent un peu de fric, mais pas au point d’écorner la douillette tirelire de notre président. Elles concernent la formation des hommes et des femmes à l'acquisition des compétences dans le domaine de la prévention et de la lutte contre les inondations, et l'acquisition d'un équipement performant tels que une station météo, des véhicules d'intervention, des canots, du matériel de communication, etc. Je passe sur les études préalables établissant une carte des aléas, c'est-à-dire recensant les zones exposées aux risques naturels (inondation bien sûr, mais aussi glissement de terrain et autres phénomènes d'instabilité des sols.)

    Plus concrètement, l'objectif ici est d'évacuer toutes les habitations construites sur le lit majeur des cours d’eau tel que Madoukou Tsiékélé, et reloger tous les occupants ailleurs, interdire toute construction dans les zones répertoriées comme dangereuses sur la carte des aléas, mettre en place un service de prévention des crues qui implique un réseau de surveillance des zones sensibles et chargé de donner l’alerte au moins six heures avant l’arrivée de la tempête. Ensuite, créer une cellule de crise dans chaque arrondissement, dans chaque chef lieu de région dont le rôle est de coordonner l’organisation des secours, et enfin construire dans des lieux sûrs des locaux spacieux et confortables destinés à l'accueil des personnes évacuées pour cause d’intempéries.

    3) Le dernier volet de ma petite contribution concerne des mesures à long terme qui demandent un peu plus de sous. Là, Sassou, qui n’aime pas que l’on parle de ses sous (sauf quand il s’agit de s’acheter des députés) risque de tiquer. Je le rassure tout de suite : quelques cargaisons de brut fantômes au large de nos côtes devraient suffire. Gokana sait comment s’y prendre pour ce genre d’opérations.

    Vous me pardonnerez cette allusion (pour ne pas parler de grossièreté) qui manque singulièrement d'élégance en cette année de réconciliation nationale, mais il ne m'est pas facile de devenir aussi vite un opposant raisonnable. Changer du jour au lendemain n'est pas aussi évident. Sassou peut en témoigner, ça fait 40 ans qu'il s'y essaie sans vraiment convaincre. Mais arrêtons là ces polémiques inutiles. Revenons à des propositions plus constructives si vous le voulez bien.

    Comme il ne viendrait à l’esprit de personne un brin sensé l’idée de raser entièrement, par exemple, toute la zone marécageuse située entre l’église St-Esprit à Moungali, et l’école primaire de Mouléké à Ouénzé, il faudra trouver des solutions innovantes autre que le déménagement forcé des milliers de personnes. Nous ne sommes pas en Chine, où l’Etat n’a que faire de ce que pense la population, mais dans une démocratie apaisée respectueuse de l'avis des citoyens. Après de savantes études géologiques et hydrologiques, on pourra envisager soit d'assécher complètement ces zones aujourd’hui inondables et insalubres, soit la réalisation d'ouvrages de retenues des eaux et rendre obligatoire la construction des maisons sur pilotis. Pourquoi pas (rêvons un peu) la création d'un immense lac artificiel transformé en base nautique et de loisirs autour de laquelle on construirait aussi bien des logements que des équipements publics, des commerces et des immeubles de bureaux ?

    Je suis convaincu que de nombreux cons-patriotes désireux, comme moi, de participer à la grande oeuvre de réconciliation nationale ne vont pas tarder d'inonder le président de leurs compétences et de leur imagination fertile. Soyez des opposants constructifs et adressez vos propositions constructives à Jean-Paul Pigasse ou à Hervé Mahicka, qui feront suivre à qui de droit. « Mwinda », comme d'habitude, se fera un devoir de rendre publics les projets les plus originaux. Je n'ai pas dit les plus farfelus, mais ne vous autocensurez pas pour autant.

    Si, après tant d'efforts et de dévouement des Congolais à notre cher président pour l'aider à donner enfin un contenu concret à son habituel et lassant blablabla sur sa « Nouvelle Espérance », nous constatons qu’en 2072, à la fin de son dixième septennat et à l’entame de son onzième, il en est encore à distribuer des brouettes, des pelles et des râteaux aux victimes d’intempéries, voire à nous inonder avec ses promesses sans lendemain, c’est à désespérer d'être un lèche-bottes.

    Musi Kanda

    Imprimer  Réagir/Lire les réactions  Envoyer à un ami Début de l'article↑

    Sur le même sujet




    Les brouettes du président



    Opinion d'internautes





    Réagir ou lire les réactions à cet article 


    Copyright © Mwinda Janvier 2005   Tous droits réservés.
    Conception et Réalisation de Marcel Bikouta