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    Kimuntu, l'humanité

    Lundi 3 janvier 2005, 8h20


    Mwinda

    En 1997, année d'élection présidentielle au Congo, dans un éditorial daté du 1er janvier le journal " Mwinda ", sous la plume de Nzumba Matassa, écrivait : " que les rêveurs ouvrent les yeux : la paix est l'intervalle entre deux guerres. Les politiciens congolais le savent… et fourbissent les armes. Certains entendent conserver le pouvoir à tout prix : ils estiment qu'ils n'ont pas accompli le " sale boulot " pour rien. D'autres ambitionnent d'accéder ou de revenir au pouvoir par tous les moyens : pressés par l'âge, ils redoutent que l'élection présidentielle de 1997 constitue la dernière chance de réaliser leur rêve. Sachons-le : seules les professions de foi des chefs de guerre nous garantissent la vie sauve cette année. Or pouvons-nous croire sérieusement les promesses (qui, on le sait, engagent seuls ceux qui les croient) d'hommes qui refusent depuis trois ans de désarmer leurs milices ? Pourquoi tergiversent-ils si ce n'est pour " remettre ça ? "

    Prémonitoire. Après celle de 1993-94, la guerre eut effectivement lieu quelques mois plus tard, en juin 1997, puis en 1998…

    Voici 2005. La guerre ne semble plus être qu'un lointain souvenir. La préoccupation actuelle : les questions sociales et surtout la misère qui gangrène les familles. Pour y remédier le chef de l'Etat vient de fixer pour le pays un cap honteux : la qualification à " l'Initiative Pays Pauvres Très Endettés " dont " le chemin est ouvert ", ainsi qu'il l'a proclamé, sans gêne ni scrupule, dans son discours à la Nation. " Triomphe de la raison et de la sagesse " ! s'est-il félicité...

    Sans doute " l'homme des masses " juge-t-il avoir déjà réglé le problème politique né de la décennie de guerres dans notre pays. Hélas ! La cécité qui frappe l'ancien dirigeant communiste ignore les plaies dont souffre toujours une grande partie de la population. Malgré le pseudo " forum de réconciliation " qui avait réuni quelques hommes politiques, selon les bonnes vieilles recettes marxistes. On sait maintenant qu'il ne s'agissait là que d'une fuite en avant : pour crever l'abcès des rancoeurs encore vivaces au sein de la population il eut fallu traiter les problèmes au niveau sociétal, pour s'assurer contre le risque d'une résurgence brutale des violences des années plus tard. Dussions-nous rappeler, mutatis mutandis, le génocide au Rwanda ?

    Plutôt que de se limiter à un échange de vigoureuses poignées de main entre dirigeants politiques la nécessaire réconciliation nationale commande un rassemblement par le bas de la société congolaise. Et sur ce plan l'Afrique dispose de ressources. Par exemple le fameux Ubuntu, ce terme utilisé par Mandela dans son autobiographie pour signifier la valeur qui a servi à réconcilier l'Afrique du Sud. Le journal " Le Monde " analyse ce concept Xhosa - donc bantou et qui n'est autre que notre Kimuntu (ou bomoto) en langue Kongo, une " façon de se conduire en humain, une pratique de l'humanité mutuelle " - comme une " réponse sans précédent " apportée par les militants de la non violence " à la question posée par toute libération : comment vivre ensemble après la haine, après la guerre civile, après le crime contre l'humanité ? Comment refaire lien là où il n'y avait que séparation ? "

    En Afrique du Sud il fallut " refonder le contrat social, c'est-à-dire rompre avec la culture politique de la violence générée par l'injustice de l'apartheid. Coupables et victimes ont donc été invités à se faire face, dans une confrontation où se joue le respect à venir. L'amnistie générale, qui vaudrait amnésie, était exclue. Seuls des actes particuliers, mettant en cause la relation concrète entre êtres humains, étaient amnistiables, à condition qu'ils soient pleinement reconnus par leurs auteurs [...] Politique, cette réconciliation n'implique pas nécessairement le pardon ou le repentir. Seulement de faire face. De regarder en face. De dire la vérité en face. "

    Un autre pays africain, le Maroc, vient de s'inspirer, quoique de manière imparfaite, de l'exemple sud africain : une instance publique dénommée Equité et réconciliation a vu le jour dans le royaume : les victimes du règne d'Hassan II livrent leurs témoignages, histoire de répondre à la question posée par le graffiti ornant la maison de Desmond Tutu : How to turn human wrongs into human rights ? Comment faire du juste avec de l'injuste ?

    En cette nouvelle année au Congo les parents des " disparus du beach " et ceux qui ont souffert de la décennie de guerres rêvent de voir les dirigeants congolais donner libre cours à leur Kimuntu pour réconcilier définitivement la société. Pour conjurer les démons assoupis de la violence, toujours possible dans le futur, et pour le développement harmonieux de notre Maison Commune, le Congo.


    Nika Mabiala



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