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    Témoignage : nos chers agents de l'ordre


    Lundi 16 avril 2007


    On les reconnaît aisément à l’uniforme qu’ils arborent : nos chers agents de l’ordre ! Ce sont des Mbébaliens comme vous et moi, enfin j’espère.

    Dans toutes les villes de Mbémbalie excepté à Auyault (village de notre bien aimé Président El Sas), ces types à qui on a semble-t-il accordé le « permis de rançonner » se baladent au vu et au su de tous, en prenant des sous à tous ceux qui ont le malheur d’être en face d’eux. Tout citoyen de Mbémbalie normalement constitué sait que les emmerdes commencent lorsque la police, la gendarmerie ou n’importe quel margoulin en uniforme se trouve devant lui. Il faut croire que nous sommes tous des bandits notoires ici. D’ailleurs en cas d’accident, c’est celui qui paie le moins les flics qui a tort.

    J’étais donc en face d’un groupe d’agents du désordre il y a quelques temps. Ils me réclamaient ma carte d’identité. Carte que nos autorités n’ont toujours pas distribuée. Peu importe, on crève du choléra mais pas encore du ridicule… La « bière » Papa ! Pas celle qu’on boit, mais le mot favori de nous autres, services de l’ordre (?) pour soutirer des sous à toute personne qui a le malheur d’être au mauvais moment face à un zig en tenue.

    Taxi brazzavillois. " Pour capturer une « bière » de
    taximan, nous nous plaçons aux carrefours clés ",
    explique un flic
    Certaines personnes y ont droit plus que d’autres. Ce sont celles qui sont supposées avoir de l’argent sur elles de par leur fonction (nos amis taximen par exemple), ou toute personne à visage pâle. Les blancs, c’est bien connu, sont tous riches, surtout en Mbémbalie où ils viennent travailler dans le pétrole. Ils doivent donc contribuer, à hauteur de leurs gros moyens, à la rémunération des forces de l’ordre - merde alors -.

    Les autres bougres comme vous et moi Kongo Lay, circulant en Mbémbalie sont également des « distributeurs de billets sur pattes » sur lesquels on peut très bien se rabattre, surtout quand les cibles de choix menacent de faire grève ou se font rares. Comme tout gibier, il y a des endroits ou la pêche à la « bière » est meilleure. Suivez le guide, notre agent de police, au nom étrange : Jék Ombatu.

    - Pour capturer une « bière » de taximan - explique ce dernier - mes joyeux compères et moi-même nous nous mettons aux carrefours clés, avec un sifflet dans le bec, pas besoin de plus. Et il n’y a plus qu’à attendre le chaland. En général les taximen ne tardent pas à mordre. Un petit écart pour éviter un nid de poule et …Prrrrriiiiiiiiiiiiiiiii. L’avantage avec les taximen c’est qu’il y a mille prétextes pour les arrêter. Nul besoin d’en inventer

    - Un PV ?

    - Mais de quoi tu me parles, Papa Kongo Lay ! Le pévé c’est quoi ça ? Ça s’appelle « la bière » et ce n’est pas pour les caisses du trésor ! On ne va pas nous demander en plus de financer l’achat des VX de nos « chefs » en ramenant des PV au poste !

    - L’autre cible de choix ce sont nos amis « Moundélés », avec eux il n’y a même pas besoin de prétextes. Dès que j’en vois un, le sifflet se met en marche tout seul. Ils sont moins nombreux que nos amis taximen, mais avec eux la bière coûte 10 000 FCFA au moins. Ça peut être plus si le Moundélé en face est « naïf ». Comme pour les taximen, les bons coins à Moundélés sont très disputés. Nous les connaissons tous : les écoles où ils mettent leurs enfants, les boîtes de nuit ou ils font la fête avec nos filles, et surtout les carrefours près des entreprises multinationales…

    Ce n’est hélas pas nous-mêmes qui décidons de nos affectations. La dernière fois, je me suis retrouvé affecté au rond point de Tié-Tié Fond pendant plusieurs jours. Je n’ai pas pu « pécher » une seule bière. Le cauchemar, je ne te raconte pas : le taximan est rebelle, il n’y a pas un seul Moundélé et le Mbémbalien ordinaire n’est pas disposé non plus à payer « sa » bière, dans ce quartier miteux. Dieu merci j’ai été relevé depuis. Un copain qui a osé dire du mal de notre chef, proche d’un parent de Jupiter a failli y être affecté à vie. C’est pire qu’une condamnation à mort. Il a demandé et obtenu une messe pour remercier Dieu ( ?) de lui avoir épargné ce châtiment. C’est un taximan qui a « généreusement » financé les bougies pour la cérémonie à l’église « Nouvelle Grâce Universelle des Elus et des Saints de Sion Oints (N.G.U.E.S.S.O) du prophète Banaka », un nouvel ami de Jupiter. Un vieux monsieur qui clame partout que le charbon est à l’origine de sa fortune actuelle. D’ailleurs ses enfants ont profité de l’expérience de leur père dans les énergies fossiles, pour être embauchés par la Société Nationale des Pétroles de Mbémbalie. Mais les mauvaises " longues " prétendent, que ce serait son amitié nouvelle avec le Prince qui aurait joué.

    Pointe-Noire

    Les gens sont méchants, même ici en Mbémbalie. Enfin le dernier endroit où on peut attraper une bière est la Sauvage Coast, la nuit quand le Mbémbalien ordinaire et sa Mbémbalienne vont faire leur balade en amoureux. N’importe quel uniforme fait l’affaire. J’ai des copains militaires qui font des descentes également. On ratisse la plage et tous ceux qui s’y trouvent paient. C’est aussi simple que ça. L’avantage à la Côte sauvage, c’est que nous pouvons les brutaliser s’ils osent se rebeller. Ce qui n’est pas possible à Tié-Tié Fond ou ailleurs. Dernièrement, nous avons piqué un individu qui tenait sa copine par la taille à 22h30 en longeant l’océan. A cette heure de la nuit, c’est un délit. Nous lui avons pris son téléphone portable, en lui rendant sa puce bien sûr : nous ne sommes pas des sauvages. Et quand il a osé dire quelques mots, il s’est pris quelques coups. Pour qui se prenait-il, ce sauvage ?

    C’est la même loi pour tout le monde. Papa Kongo Lay ! Donne-nous la bière, il est tard (22h30) pour circuler dans les rues, sinon mes collègues et moi, on t’emmène au poste… Odeurs d’urine, insalubrité et brutalités sont garanties
    .

    Voilà comment nos forces de l’ordre se rémunèrent sur les populations afin d’arrondir les fins de mois. Le salaire ? C’est un revenu d’appoint maintenant, le revenu principal est fait de la somme de toutes les « bières » que les « généreux » Mbébaliens laissent quotidiennement aux forces du désordre. Qui c’est qui a dit « bilan globalement positif » ?

    Jék Ombatu est devenu un « ami », il me protège de l’appétit de ses autres petits camarades. Et ma foi, chaque fois qu’un agent de l’ordre m’a pris dans ses filets, son nom a opéré comme un sésame. Je le récompense par une petite bière, chaque fois que je le croise. En somme, monsieur JéK Ombatu s’est assuré l’exclusivité de mes « bières ». C’est à ce prix que chaque soir, je peux « traîner » dans les rues de Noire-Pointe l’ex-belle.

    Kongo Lay ,Citoyen de Mbémbalie
    Distributeur automatique de « bières », Noire-Pointe
    La mare Rue des 100 courants

    Toute ressemblance avec un pays existant est fortuite. Ce sont des choses qui évidemment ne peuvent pas se passer chez nos voisins du Congo Brazzaville.

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