« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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André Milongo : l'espoir démocratique brisé
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Mardi 31 juillet 2007
Lors du 2è congrès extraordinaire de la fédération de l'UDR-Mwinda au Kouilou André Milongo, alors leader de l'opposition était revenu sur les raisons du retrait de sa candidature à l'élection présidentielle en 2002. Mais c'est surtout sa vision du développement du Congo qu'il développe à cette occasion qu'il convient de retenir ici. Nous proposons ici de larges extraits de son adresse aux militants de son parti. Une sorte de testament politique et économique
[…] " II y a des symboles, disais-je à l'ouverture de votre forum,
qui marquent la vie d'une nation. Il en est de même pour une
organisation politique comme la nôtre dont le symbole de la
lampe reflète son rayonnement. La lampe est synonyme de joie
et de propreté. C'est elle qui chasse les ténèbres, qui redonne
la joie et l'espoir. N'entendons-nous pas les clameurs de nos
enfants lorsque la lumière rejaillit après le délestage devenu
notre lot quotidien ? C'est comme par une inspiration divine que
notre Parti ait choisi ce logo.
Dans mon message de bonne année 2000, je disais qu'à
l'aube du 2è millénaire notre lampe sera un phare qui éclairera
tout le Congo. Eh bien ! je ne m'étais pas trompé, croyez-moi, on
était si proche de la victoire en 2002 n'eût été la fraude
organisée. Cela s'est vérifié au cours des grands
rassemblements électoraux que nous avons organisés à
travers le pays.
Je ne peux jamais m'estimer élu du peuple à la magistrature suprême dans une mare de sang
Jamais, je dis bien jamais on a assisté à une telle
ferveur, une telle liesse populaire pour des rassemblements
politiques dans notre pays, à l'exception des grands
rassemblements de la Conférence Nationale Souveraine en
1991. Des foules immenses de populations se sont déplacées
le jour comme la nuit, sous le soleil ou la pluie, pour écouter
notre message de paix et d'espoir. Même à Mikalou, fief,
semble t-il, de mon adversaire politique, les observateurs ont
noté que j'avais mobilisé plus de monde. Cela c'est pour vous
dire que nous devrions gagner si les élections étaient
transparentes et équitables.
Mais il fallait compter sur les tricheries des tenants du
pouvoir qui avaient pris l'option de transformer coûte que coûte
leur victoire militaire du 15 Octobre 1997 en victoire politique à
travers une mascarade électorale.
C'est à partir d'ici à Pointe-Noire que mon Directeur de
campagne adjoint et représentant régional m'informait de
l'existence d'une importante fraude électorale organisée par le pouvoir. La veille de la clôture de la campagne électorale alors
que pour mon adversaire principal la Commission régionale
électorale avait reçu de Brazzaville 5 colis de bulletins de vote, pour votre candidat il n'y avait que 2 colis, 1 colis pour le candidat C. MANKASSA et 1/2 colis pour la candidate BANDOU.
Quel crédit accorder dans ces conditions à la 3è place obtenue
par cette dame ? Il était arrêté que MILONGO devait avoir une note de 15%, comme à l'école et sans même que le professeur n'ait regardé le devoir. La note était déjà connue.
Face à cette fraude massive à l'échelle nationale et
compte tenu des autres plans machiavéliques conçus, le devoir
nous imposait de retirer notre candidature. Et sur l'insistance du peuple rassemblé, au dernier meeting au Centre Sportif de
Makélékélé, nous avions dû nous retirer de la compétition car, il
ne fallait pas donner l'occasion d'un bain de sang à notre pays.
Votre candidat avait une popularité telle que le peuple n'allait pas accepter sa défaite. Il serait descendu dans la rue et ce serait une autre guerre civile.
Notre peuple en avait assez versé durant les guerres civiles et
dont les plaies n'avaient pas encore eu le temps de cicatriser.
Voilà les raisons du retrait de ma candidature. Elles sont
d'ordre moral et éthique et obéissent aux idéaux de notre Parti.
Je ne peux jamais m'estimer élu du peuple à la magistrature
suprême dans une mare de sang.
Machiavel n'a jamais été mon auteur de
chevet
En effet, comme je l'ai dit à l'ouverture, ma conception du
pouvoir n'est pas celle du pouvoir pour le pouvoir, pour m'ouvrir les vannes de l'enrichissement, par la rapine de l'Etat mais celle
de servir ce peuple qui m'aura accordé son suffrage en lui
assurant un plein développement aussi bien économique,
social que moral. Machiavel n'a jamais été mon auteur de
chevet [...]
La paix est à la base de tout. Après les tragédies que nous
avons connues, le Congo est placé, au niveau des
investisseurs, dans le lot des pays à haut risque. Aucun
investisseur sérieux ne peut y placer son argent. D'où la
nécessité impérieuse et urgente de ramener et de consolider la
paix dans notre pays par la réconciliation car seule une
véritable réconciliation nationale peut ramener la confiance, la
cohésion sociale et la stabilité politique. La réconciliation
nationale et la cohésion sociale constituent le fondement d'un
sursaut collectif dont le Congo a besoin pour amorcer sa
reconstruction. Mais la paix, faut-il le rappeler, ce n'est pas
seulement l'absence de conflits armés. L'hypothèque de
plusieurs générations d'enfants non scolarisés, le maintien de
plus de la moitié de la population du pays sous le seuil de
pauvreté, la violation des droits humains et l'impunité
constituent autant d'entraves à la paix.
La démocratie, élément essentiel de la modernité politique
et sociale est la base de la consolidation de la paix et du
développement. Toutes les nations qui ont décollé l'ont réussi
tout simplement parce qu'elles ont placé la démocratie au
centre de leurs préoccupations. Aussi les guerres civiles, les
élections non transparentes, la mauvaise gouvernance
observées chez nous résultent-elles d'un déficit chronique de
culture de démocratie.
Il n'y a pas de pays pauvre, il n'y a que des mauvais dirigeants
Notre pays regorge d'immenses richesses extractives et
d'importants atouts capables de le hisser au niveau des pays
émergeants d'Afrique ou d'Asie. Mais paradoxalement, il croupit
au rang de pays pauvre très endetté car nous avons oublié que
la capacité de créer la richesse est plus importante que la
richesse elle-même. Conclusion, il n'y a pas de pays pauvre, il
n'y a que des mauvais dirigeants. Il est donc urgent de créer les
conditions permissives d'une véritable réconciliation nationale
en vue de la reconstruction du pays car, le développement
dans notre contexte, j'insiste là-dessus, est un processus autour duquel un consensus minimum, doit se former entre le pouvoir, l'opposition et la société civile […]
Dans notre pays et dans l'univers culturel congolais, un
courant se propage insidieusement. Pour ce courant,
l'opposition est synonyme de guerre, de violence et de
malhonnêteté. Quant au pouvoir (la majorité) il signifie facilité,
tendance à la tricherie électorale (on ne peut pas organiser des
élections pour les perdre entend-on dire), argent facile et accès
à la richesse par la rapine de l'Etat.
Une telle conception de la politique est dangereuse non
seulement pour le pays, mais surtout pour la démocratie et la
paix sociale.
N'aviez-vous pas entendu dire par exemple :
" Mais de quelle opposition parlez-vous. Celle de Milongo ?
Celui-là est un corrompu et un peureux qui fuit au
moindre coup de fusil " ;
" L'opposition pour nous c'est celle qui organise des
journées de ville morte et l'autodéfense en armant les
jeunes ".
La capacité de créer la richesse est plus importante que la
richesse elle-même
Ou lorsque nous interpellons le Gouvernement sur les
dérives du pouvoir, sa pratique de la mauvaise gestion des
ressources nationales ou ses mauvais choix en matière
d'investissements en laissant de côté les véritables
préoccupations du peuple, le pouvoir nous nargue en
proclamant " le ciel ne tombera pas, le chien aboie, la caravane
passe ou ébonga, ébonga té, toujours meilleur " !
Ici, je donnerai l'exemple de la municipalisation. Quel
devrait être le contenu de la municipalisation ? Elle devait être
entendue comme la mise en place des services publics de base
pour les citoyens : eau, électricité, voiries, écoles, hôpitaux et
dispensaires, transports publics... Or, que voyons-nous dans la
ville de Pointe-Noire, une fois éteintes les lumières de la fête ?
Mêmes pannes d'électricité, même déficit en eau potable,
mêmes difficultés de transports publics, etc. alors que le
Gouvernement a donné l'illusion d'y déverser des dizaines de
milliards de francs CFA.
En ce qui me concerne et mon Parti, l'opposition, ce sont
des partis qui ont perdu à l'issue de vraies élections et qui
dénoncent les mauvaises pratiques du pouvoir, la violation des
droits humains et préparent l'alternance démocratique.
Notre conception du pouvoir, et de la République c'est de
satisfaire les besoins fondamentaux du peuple par la bonne
gestion des ressources financières pour un développement
harmonieux du pays et pour l'arrimer, à la modernité. Je tiens à
ce qu'un franc versé par un citoyen au titre de l'impôt, un franc
que nous rapporte les taxes sur le pétrole, le bois, etc. ne soit
pas gaspillé mais serve avant tout à régler les problèmes des
Congolais. Si s'opposer, c'est pousser le peuple cyniquement à
la violence pour parvenir enfin au pouvoir, ceux-là qui
préconisent une telle politique se seront trompés de leader. Ce
n'est pas avec André Milongo.
La priorité, à mon avis, n'est pas
dans les danses
Le Congo possède des potentialités de développement
très importantes. Lorsque je critique les gaspillages relatifs au
FESPAM, par exemple, nos adversaires politiques répliquent
que je suis d'un autre âge. Ceux-là se trompent car, je suis un
féru de la culture et du sport. Mais dans la vie, il faut savoir
situer les priorités et planifier les investissements. Les choix
économiques et les investissements ont un impact important
sur notre avenir et sur celui de nos enfants. Car, après les
tragédies que notre pays vient de connaître qui ont accentué
notre sous-développement, la priorité, à mon avis, n'est pas
dans les danses.
La priorité réside dans la reconstruction du pays; elle
passe par des investissements dans des secteurs porteurs qui
créeront des emplois demain et la richesse, dans la santé,
l'éducation de nos enfants, les infrastructures (routes, rails,
ports). Nos frères africains nous auraient compris en n'accédant
pas à leur demande d'organiser le FESPAM tous les deux ans.
Mais le pouvoir fait comme si le pays n'était pas au creux la
vague.
La question fondamentale pour l'opposition c'est celle de
savoir comment réaliser l'alternance démocratique et au prix de
quel sacrifice.
Pour réaliser l'alternance démocratique qui constitue
l'enjeu majeur de notre action future, notre Parti, les partis de la
CODESA et ceux qui se réclament de l'opposition, devront
organiser et rassembler nos troupes, rassembler le peuple
autour de nos idéaux de paix véritable, de démocratie, de
bonne gouvernance ainsi que d'une véritable réconciliation
nationale car, nous constituons la véritable majorité dans le
pays. Nous devons préparer nos militants pour les batailles
électorales futures, impliquer nos partis dans le nécessaire
processus de consolidation de la paix qui passe par le
règlement de la crise politique congolaise par le dialogue et
fixer à travers un consentement national les nouvelles règles du
jeu démocratique " [...]
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Quand Milongo critiquait le budget 2004
En 2004 l’opposition avait refusé de voter le budget pour plusieurs raisons parmi lesquelles celles exposées ci-dessous par M. André Ntsatouabantou Milongo, président du groupe parlementaire UDR-MWINDA. Ecoutons-le.
André Milongo, chef de l'opposition parlementaire
La lecture de ce Budget m’inspire deux principales préoccupations. Ce sont, d’une part, les hypothèses de base sur lesquelles il est élaboré et d’autre part, les affectations des ressources (ou les choix).
Les hypothèses de base sont sinon fausses du moins fragiles
Vous comptez d’abord sur l’adoption d’un programme avec le FMI. Pourtant, vous savez que le Congo a enregistré un échec retentissant à la dernière revue du Fonds Monétaire International. Et ce n’est pas le premier échec.
Le projet de Budget prévoit un ‘’ niveau élevé de l’impasse ’’ (selon votre propre rapport introductif) : 284, 4 milliards de F.CFA que vous espérez couvrir grâce au Programme avec le FMI qui est loin d’être garanti.
Vous tablez sur une croissance de 4% en 2004 alors qu’en 2003, elle n’a pas dépassé 1,2%. Ne péchez-vous pas par un excès d’optimisme ?
Enfin, vous espérez des progrès en matière de bonne gouvernance alors que le dérapage du programme de 2003 avec le FMI est imputable aux dépenses hors budget dans lesquelles le Congo est passé champion.
C’est pourquoi il est hasardeux de bâtir un budget sur des hypothèses aussi aléatoires.
Mauvais Choix ou mauvaise affectation des ressources
C’est ma seconde inquiétude car, les choix opérés à l’occasion de l’élaboration du Budget de l’Etat se révèlent d’une importance capitale. Dis-moi comment tu dépenses ton salaire, je te dirais ce que tu es. Dis-moi comment l’Etat distribue ses ressources budgétaires, je te dirai ce qu’il est. Chaque fois que nous élaborons le Budget National nous essayons de dessiner le Congo dans les prochaines années.
Nous n’obtiendrons pas ce que nous n’avons pas prévu. Ici, non plus, il n’y a pas de génération spontanée. Si nous n’investissons pas dans ce qui est prioritaire, sur ce qui est porteur d’effet d’entraînement sur l’économie nationale, il n’y aura pas de changement, pas de développement. L’importance de l’affectation des ressources est accentuée par le fait que les fonds concessionnaires provenant des donateurs institutionnels ont tari en direction des Pays en développement (cf. reconstitution des ressources de l’AID et du FAD). C’est la fameuse fatigue des donateurs.
Sachant que les mannes pétrolière et forestière ne sont pas inépuisables nous devons dépenser le peu dont nous disposons aujourd’hui avec le maximum de rationalité et de sens des priorités.
L’économie congolaise demeure une économie de cueillette. Donc une économie primitive après plus de quarante ans d’indépendance. Les gouvernants congolais se comportent en rentiers attendant des exploitants pétroliers et forestiers des royalties qu’ils vont ensuite dépenser dans l’achat d'armes et les fêtes. Ce budget ne comporte malheureusement aucune mesure tendant à diversifier notre économie afin de renverser la propension à se comporter en monarques arabes d’autrefois.
Deux constats s’imposent à la lecture de ce projet de budget : le peu d’intérêt pour le Budget d’investissement et les secteurs sociaux d’une part et, d’autre part, l’importance exagérée accordée à des dépenses militaires et de prestige.
Budget d’investissement et Secteurs sociaux
Le projet de budget pour 2004 affecte environ 187,1 milliards à l’investissement sur 882 milliards soit par rapport au PIB (richesse nationale) un taux de 8,7%. Le minimum exigé par les économistes est un taux de 20% pour que les investissements aient un impact sur le développement d’un pays. Bien entendu, il y a aussi les investissements privés mais l’Etat demeure encore le plus grand entrepreneur.
Votre rapport introductif révèle aussi que 56,5 milliards de FCFA sont attendus de l’impasse. Autrement dit une illusion car il n’est pas certain que l’investissement sera privilégié au cas où le pays disposerait d’une ‘’ cagnotte ’’. On l’a déjà constaté avec le budget 2003 dont l’utilisation de la plus-value de 57 milliards de FCFA n’a jamais été expliquée à la Représentation Nationale. Alors, Monsieur le Ministre, cessons d’être des marchands d’illusions.
C’est au niveau de la part des ressources budgétaires affectées aux secteurs sociaux que l’on peut mesurer l’importance que vous attachez à la lutte contre la pauvreté.
Monsieur le Ministre, la demande sociale est immense. Selon les estimations d’il y a deux ans, 70 % de la population des grandes villes du Congo vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’un dollar US (moins 700 F CFA par jour). Ne parlons pas de la campagne : c’est insoutenable.
Secteur de la Santé
Le projet de Budget pour 2004 prévoit un recrutement de 1100 agents. Ce chiffre est loin de couvrir les besoins en personnel. Il y a même des catégories de personnel en voie de disparition : les sages femmes par exemple. C’est une régression par rapport à l’époque coloniale où les futures mamans n’avaient pas le droit d’accoucher à domicile.
Les infrastructures sanitaires (infirmeries, hôpitaux) ont été détruites à l’intérieur du pays par la guerre. Aucun début de réhabilitation n’est constaté. Et quelle mesure le Congo s’engage-t-il à prendre contre le SIDA (le Sénégal offre un traitement gratuit) ?
Secteur de l’éducation
C’est la même constatation. Nous vivons une énorme pénurie de personnel enseignant. Il n’est pas rare de trouver un seul instituteur dans une école ou même pas d’enseignant du tout. Sans compter les établissements scolaires que la guerre a détruits. L’inscription au budget 2004 est destinée, en réalité, à régulariser la situation des enseignants dits volontaires (qui ne perçoivent qu’une bourse). Il n’y aura donc pas de personnel supplémentaire.
La pénurie des maîtres s’accompagne d’une énorme pénurie de salles de classe (deux cents, voire cinq cents élèves dans une classe). Quel miracle attendez-vous d’un instituteur d’une telle classe ? Une négligence de cette ampleur est inacceptable. Je me permets de rappeler à l’économiste que vous êtes que l’éducation, la formation sont à la base du développement, l’homme étant dans ce domaine le facteur prédominant.
Ces armées de jeunes mal formés vont continuer de nous faire la guerre car, ce sont des armées de chômeurs que nous formons. Ils iront, un jour, cracher sur nos tombes.
A ces secteurs, il convient d’ajouter le manque d’entretien des pistes agricoles pour permettre au paysan d’évacuer ce qu’il produit. Ce Budget ne prévoit pas grand'chose à cet effet. Rien non plus dans les secteurs de l’eau, de l’électricité, de la salubrité dans nos villes.
En résumé, peu de ressources sont allouées à l’investissement et aux secteurs sociaux. En revanche, d’autres secteurs apparemment non prioritaires bénéficient de beaucoup de faveurs de la part du pouvoir.
Importance exagérée accordée à d’autres secteurs
Prenons la Défense Nationale. Son budget accuse une augmentation constante alors même que la guerre civile qui ravagerait le pays est arrêtée. Un organisme des Nations Unies estimait à 2 kalachnikovs par habitant le nombre d’armes légères détenues au Congo. C’est beaucoup trop. Et je n’ai pas parlé des lance-roquettes et mitraillettes avec lesquelles on se promène dans la rue et dont la vente est presque libre. Qui veut la paix prépare la guerre, dit–on. Mais le Congo n’est pas menacé de l’extérieur.
Ce sont donc de problèmes internes plutôt politiques dont nous souffrons. Il s’agit de divergences dans la manière de gérer la Cité. Ce n’est pas avec des kalachnikovs que l’on tue des idées.
L’argent affecté à l’achat des armes constitue autant de ressources en moins pour nourrir l’économie et l’amélioration des conditions de vie des Congolais.
Viennent ensuite, les manifestations en tout genre…
Le projet du Budget 2004 propose des subventions à la SOCOTRAM (5 milliards de F.CFA), à la CORAF (8 milliards de F.CFA), SNPC (14 milliards de F.CFA). Ce sont des entreprises d’Etat en position de monopole qui gagnent de l’argent : on s’attendait à les voir contribuer au Budget National. Décidément, le Trésor Public n’est qu’une vache à lait !
Le rapport du Ministère des Finances propose de rationaliser les subventions à ces entreprises. C’est admettre vous-même qu’elles ne sont pas régulières et que quelque chose ne va pas.
On découvre dans la catégorie subventions, des montants affectés aux Caisses de Retraite (CNSS et CRF). Je m’élève contre cette classification en subventions. Elles n’en sont pas car, c’est l’Etat qui doit à ces Caisses et non pas le contraire. Il s’agit donc de remboursements. Il est nécessaire que le Ministère des Finances prépare un tableau d’amortissement de cette dette publique envers ces organismes. Le vocabulaire ici revêt une grande importance selon que l’on parle de subvention (donc largesse du pourvoir) ou de remboursement (dette publique intérieure).
J’en viens justement au service de la dette pour l’année 2004. Il atteint 322, 6 milliards de F.CFA contre 369,7 milliards de F.CFA l’année dernière. Le Ministère des Finances déploie des efforts tout à fait louables pour la rembourser mais, dans ses négociations avec les organisations internationales, il ne doit pas oublier un principe auquel ces dernières sont sensibles : c’est le principe selon lequel les flux ne doivent pas être négatifs pour le pays endetté. Autrement dit, pendant que le Congo rembourse, il est nécessaire qu’il bénéficie de financements supérieurs à ce qu’il rembourse sinon nous irons enrichir les organismes donateurs. Cela est choquant et inacceptable même pour la communauté internationale.
Dans la catégorie dette une rubrique a attiré notre attention : celle de ‘’ découverts auprès des banques locales ’’ (14 milliards de F.CFA). S’agit-il de remboursement des avances consenties au PCT en 2002 pour ses campagnes électorales (environ 11 milliards de F.CFA) ? On expliquera que ce sont les intérêts dus pour les avances consenties au Trésor Public par la Banque Centrale. Même dans ce cas, c’est beaucoup trop. Ici également, il y a lieu de rationaliser pour utiliser les termes du Ministère des Finances. Evitez de recourir systématiquement aux avances de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC). Cela exige, évidemment, une bonne gouvernance. Et ce n’est pas le point fort du pouvoir actuel.
Enfin, l’organisation des Jeux Africains (10 milliards de F.CFA), la construction de la cité de l’Union Africaine, les fêtes dans les chefs-lieux des départements (25 milliards de F.CFA), ces dépenses ne sont peut-être pas inutiles. Ce qui est certain, c’est qu’elles sont loin de revêtir un caractère de priorité comme l’Ecole, la Santé, l’Alimentation, la lutte contre le SIDA ou celle contre la pauvreté, etc.
En conclusion ce Budget n’apporte pas de réponse aux besoins fondamentaux du peuple congolais. En outre, il est loin de mettre fin à l’économie de cueillette. Toutes ces considérations n’habitent pas le cerveau des dirigeants actuels : pour eux, le chien aboie la caravane passe; ébonga ébonga té, toujours meilleur ! Ne voulant pas me rendre complice de telles politiques, je voterai contre ce Budget.
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