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    Le pouvoir, l'opposition et le " dialogue national " derrière les cercueils




    Mercredi 28 septembre, 7h40



    La récente évacuation sanitaire en France de Mme Kolélas, accompagnée notamment de son mari – une évacuation prise en charge, semble-t-il, directement depuis la présidence de la République - jette une lumière crue sur une réalité longtemps reléguée dans l’ombre : celle de la misère des oppositions africaines et de l’opposition congolaise en particulier.

    Comment Kolélas, un homme longtemps admiré par certains pour la constance de ses idées, pour son refus de toute compromission avec les pouvoirs successifs en serait-il arrivé là ? Il est un fait : le combat solitaire, à l’exemple de celui mené par l’ancien maire de Brazzaville des années durant nécessite moins de ressources que la gestion d’un parti politique. Un parti, a fortiori qui séjourne longtemps dans l’opposition, il convient de le faire vivre, par l’entretien de ses cadres notamment. Ceux-ci ne sauraient longtemps se contenter de slogans. L’argent est le nerf de la guerre y compris en politique où les fidélités, sous nos latitudes, se monnayent. La France nous fournit l’exemple de M. Chirac qui, sans la conquête de la mairie de Paris et ses énormes ressources, aurait eu du mal à faire vivre le grand parti qu’a été le RPR, de même qu’il aurait éprouvé encore plus de difficultés à se hisser à la présidence de la République.

    Dans notre pays l’exemple du MCDDI, le parti de M. Kolélas est également probant. Ce parti, même à l’époque dans l’opposition, a atteint son apogée quand son chef a conquis la mairie de Brazzaville après avoir fait élire plusieurs députés et sénateurs au parlement. Aujourd’hui cette formation politique, comme toutes celles de l’opposition vivote car l’argent manque cruellement.

    Le « dialogue national » oui mais derrière les cercueils ou les ambulances


    Dans les pays de vieille tradition démocratique les formations politiques ne sauraient vivre des seules cotisations des militants. L’Etat prévoit ainsi des subventions car les partis concourent à l’expression du suffrage universel et jouent donc un rôle de service public. Au Congo où les cotisations des militants sont inexistantes vu la pauvreté ambiante, les formations politiques ne peuvent compter sur un nombre important d’élus et donc sur l’utilisation des militants au sein des mairies et autres collectivités locales. A ce niveau M. Sassou et son PCT ont tout verrouillé, fraudant aux élections, de sorte qu’ils disposent d’une majorité écrasante dans les deux chambres du parlement. Ne parlons pas des collectivités locales, des collectivités territoriales et autres postes importants dans la fonction publique ou dans les sociétés d’Etat trustés par leurs partisans.

    Malgré le statut reconnu théoriquement à l’opposition, ici le pouvoir s’est arrangé pour concocter une loi qui ne profite qu’au seul PCT. Que reste-t-il aux partis pour survivre ? Rien. A la vérité la stratégie du pouvoir de Mpila est d’ « assécher le marais » des dirigeants politiques de l’opposition, les réduisant à l’humiliante aumône auprès du palais. Car comment comprendre que le pouvoir n’accepte d’ouvrir les caisses de l’Etat à l’opposition qu’à l’occasion des deuils, ou dans des circonstances de maladies ou d’exil ? Le « dialogue national » oui mais derrière les cercueils, les ambulances ou l’exil. Telle est la politique adoptée par le pouvoir en la matière. Une stratégie délibérée destinée à forcer les opposants à tendre la main, à se compromettre aux yeux de leurs militants. L’épouse du président de la République est d’ailleurs au cœur de ce dispositif d’assistance sociale à opposition : dans l’affaire de l’évacuation de Mme Kolélas, c’est, selon nos informations, l’un des fils de l’opposant congolais qui aurait, à New York, lors du passage de la délégation présidentielle à l’ONU, plaidé pour le dossier de sa mère auprès de la « première dame du Congo »…

    Débaucher les meilleurs éléments entourant les dirigeants de l’opposition pour intégrer la liste infinie des attachés et des conseillers du palais de Mpila fait également partie de la panoplie des recettes mises en place pour « assécher le marais » de l’opposition et de la paupériser.

    Au total on a beau se rassurer en croyant que les fonds alloués intuitu personae aux dirigeants de l’opposition ne sont après tout que des fonds étatiques et non ceux de M. Sassou, il reste que ces gestes créent des connivences coupables, des complicités en même temps qu’ils émoussent la combativité de l’opposition. Sans compter qu’ils transforment les leaders de l’opposition en obligés. De tels gestes ne constituent en rien des actes de réconciliation nationale sauf à refuser de comprendre près de vingt ans après, la fidélité de « l’homme des masses » au modèle de pouvoir monopartiste aujourd’hui maquillé sous des atours démocratiques.

    Au regard de ce constat, que peut faire l’opposition pour sortir de ce piège mortel ? Par exemple se battre dans l’union pour l’organisation d’élections véritablement transparentes où des candidats uniques dans toutes les circonscriptions porteraient les couleurs de l’opposition. C’est la seule planche de salut. Vœu pieux ?

    N. M.

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