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    Les délires des « sages » dits du Pool


    Samedi 12 2007




    Tribune libre


    Un point de vue de Musi Kanda sur la Concertation citoyenne des ressortissants du Pool (CCRP)


    Par Musi Kanda

    Sous-alimentation chronique. Menace de catastrophe sanitaire. Taux de scolarisation en chute libre. Celui de la mortalité bat des records de hausse. Absence totale d'infrastructures routières. Un territoire à l'agonie. Voilà à quoi se résume la région du Pool. Cette région manque de tout, mais pas de « sages. » Il y en a partout. Comme des feuilles mortes, ils se ramassent à la pelle, les sages, dans le Pool. N'importe quel crétin grisonnant ou avec des cheveux blancs ayant léché les bottes d'un dictateur se voit parer du titre de sage. C'est donc cette assemblée dite de « sages » qui, ces derniers temps, s'agite dans tous les sens à Paris, Brazzaville et Kinkala pour la recherche de solution pour une paix durable dans la région. Connue sous le nom de concertation citoyenne des ressortissants du Pool (CCRP), l'initiative de nos « sages » n'a pas bénéficié de toute la publicité qu'elle mérite. « Mwinda » se devait de réparer cette injustice.

    Qui pourrait reprocher aux ressortissants du Pool et à leurs « sages » de ne plus assister, les bras croisés, aux conséquences tragiques de la guerre de Sassou/Lissouba/Kolelas qui, depuis dix ans, continuent à semer la mort dans cette région de notre pays ? Qui pourrait demeurer indifférent aux efforts de tous ceux qui se battent chaque jour pour ramener définitivement la paix et la sécurité dans nos villages ? Qui n'a jamais éprouvé des sentiments de colère, d'indignation et de révolte en voyant ces images insoutenables d'enfants malnutris, d'hommes et de femmes aux visages hagards, d'établissements scolaires calcinés et des maisons démolies ? Les « sages » du Pool ont eu raison de réagir.

    Une image du Pool aujourd'hui
    Cependant la concertation citoyenne des ressortissants du Pool (CCRP) me laisse perplexe. Ce n'est pas leur bonne volonté que je mets en cause. Mais quand je vois la liste de leurs sponsors (Mvouba, A. Moundélé Ngolo, E. Raoul), je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. La paix, oui, mais quelle paix ? Comment et avec qui ? Malgré tous mes efforts, je n'arrive pas à saisir le charabia de la CCRP et de ses « sages. » Qui veulent-ils réconcilier avec qui ?

    Ne soyons pas dupes. Sous le masque de la concertation citoyenne animée, nous dit-on, par la seule recherche de la paix durable, nous voyons avancer comme des ombres chinoises l'ambiguïté et la confusion. Certes, il y a les notables de l'église au premier plan (dont je me demande s'ils ne se laissent pas manipuler avec une certaine complaisance), mais à l'arrière, personne ne sait d'où sort cette société civile dont on nous rebat les oreilles. On nous dit que la concertation citoyenne est apolitique, mais elle réclame à cor et à cri les bienfaits de « La nouvelle Espérance » et de la « Municipalisation accélérée » pour le Pool. Bizarre.

    Entre philosophie de bazar sur le concept du « kimuntu » et réflexion creuse sur des virtuelles institutions départementales, en passant par un foireux protocole thérapeutique et un projet de développement économique sans queue ni tête, une chatte n'y retrouverait pas ses petits. Pourtant, dans la tragédie du Pool, les belligérants sont connus de tous. Sauf de la CCRP. La CCRP, elle, ne connaît que le pasteur Ntumi. Voilà pourquoi vous ne verrez nulle part un seul mot sur l'instigateur des massacres qui ont décimé des familles et des villages entiers. Au fait, d'où sort ce Ntumi ? Qui l'a armé ? Qui lui a fourni sa logistique ? Contre qui se bat-il ? Qui sont ses alliés ? Des questions toute bêtes auxquelles les « sages » de la CCRP évitent soigneusement de répondre. Quant à Sassou, il n’a jamais existé. Les cobras et les soldats pilleurs non plus. C'est nous mêmes qui violons nos sœurs, nos mères, nos filles. C'est nous mêmes qui achetons les armes avec lesquelles nous entretenons la terreur chez nous. Sassou, de son vrai prénom Innocent et non Denis, comme on le lit partout, c'est Ponce Pilate. Sa soldatesque n'a jamais mis les pieds dans le Pool. Elle ne sait même pas où se trouve cette région.

    A en croire les « sages » du Pool et leurs scribes donc, nous nous entretuons entre nous. Pour quelles raisons ? Mystère et boule de gomme. Quand ils ne pillent pas, ne violent pas, ne tuent pas, les miliciens de Ntumi se battent contre d'autres miliciens du même Ntumi ou, pour changer un peu, s'en prennent à la population. J'apprends - ce que j'ignorais totalement jusqu'ici - que toute la région est en proie à une guerre civile qui oppose des kongo contre d'autres kongo. Pour sortir de cette folie meurtrière, les « sages » de la CCRP ont trouvé le traitement ou le remède miracles. L'ordonnance intitulée « Synthèse des travaux de la commission paix et sécurité » court sur 17 pages, une prouesse. Mais on retiendra surtout que la réconciliation est d'abord « intra kongo du Pool », puis « entre les kongo et les autres Kongo » (?), et enfin entre « les kongo et les tékés du Pool, » tous évidemment en guerre ouverte les uns contre les autres. Mais où va-t-on, si même les « sages » se mettent à délirer aussi grave ?

    Je ne sais pas où ils vont chercher tout ça, mais nos docteurs ès réconciliation devraient commencer par s'appliquer à eux-mêmes la « stratégie curative » qu'ils nous prescrivent pour guérir, entre autres, de notre « complexe de supériorité des peuples du Pool vis-à-vis des autres entités ethniques », de notre « manque de tolérance des autres », ça leur évitera de dire n'importe quoi et de nous embrouiller l'esprit avec leurs délires d'hommes et de femmes torturés et déchirés par leurs propres incohérences. Ils sont encore les seuls à ignorer que les populations du Pool sont les victimes innocentes d'une expédition punitive sciemment organisée par « l’homme des masses », déterminé à se venger de la trahison de son ex-allié Kolelas. Comme Matsanga, Kihounzou et d'autres criminels au service du chef cobra, le pouvoir avait assigné à Ntumi un objectif parfaitement clair : foutre le feu dans une région qui aurait pu servir de base arrière à une éventuelle guérilla contre le régime putschiste. Pour des raisons qui restent à éclaircir, Ntumi, bien qu'il ait atteint ses objectifs, refuse de rentrer dans le rang une fois la victoire définitive de « l’homme des masses » assurée. Il se méfie aujourd'hui de ses anciens employeurs cobra comme de la peste.

    Une image du Pool aujourd'hui
    Truffée de trous de mémoire, de silences pudiques et d'omissions volontaires, l'entreprise de la concertation citoyenne des ressortissants du Pool se révèle être une manœuvre entourée de zones d'ombres aux motivations plus que obscures. Qui paie l'organisation de ses nombreux forums, l'intendance et les factures des déplacements de ses membres entre la France et le Congo ? La participation des religieux à cette farce montée avec le soutien de moins en moins discret du pouvoir ne doit tromper personne. Nous sommes en présence d'individus avant tout attachés à ne pas fâcher le dictateur cons-golais, voire à le blanchir de toute œuvre machiavélique dans le Pool. (1) De là à penser que c'est bien ce dernier qui tire les ficelles, il n'y a qu'un pas que je n'hésite pas à franchir.

    Les « sages » du Pool entretiennent volontiers la confusion là où il nous faudrait de la clarté. Cela n'étonnera personne, car ils s'appliquent à ménager le régime humaniste de Sassou, en veillant à masquer tout lien avec lui. Voilà pourquoi, selon eux, il n'y a, dans le Pool, que des victimes. Les bourreaux existent certes, mais ce ne sont que des fantômes que personne n'a jamais vus. Dire que la terrifiante situation que subit cette région relève de l'entière responsabilité du dictateur et de lui seul est pure hérésie. Nous l'avons enfin compris. Être sage dans le Pool consiste dorénavant à savoir se voiler la face et à nier l'évidence.

    Si, depuis 1997, Sassou avait voulu ramener la paix dans le Pool, ce ne sont pas les moyens qui lui manquaient. Seulement voilà, cette paix était perçue, à tort ou à raison, comme une menace pour la stabilité de son régime. C'est cette stratégie qui explique également les crimes de masse du Beach, crimes dont les « sages » n'ont jamais entendu parler. Du reste, guerre ou pas guerre, l'amélioration du sort des populations du Pool, comme d'ailleurs celles d'autres régions de notre pays, n'a jamais été une préoccupation pour « l'homme des masses ». En dix ans, pour ne prendre que l'exemple des régions qui ont connu la guerre, il avait le temps de recenser le nombre de tués, de procéder à l'évaluation des dégâts matériels et d'indemniser, même symboliquement, tous ceux qui ont tout perdu durant ces conflits. Malgré ses nombreux discours à la nation, il n'a jamais trouvé l'occasion d'y glisser la moindre allusion. Pour lui, la réconciliation commence et s'arrête au ralliement, à son régime, de ses adversaires politiques vaincus. A part ça, c'est un homme de paix.

    Il est à craindre que les « sages » et ressortissants de la concertation citoyenne du Pool ne soient que de sinistres imposteurs à côté de leurs pompes, dont le cynisme pourrait donner envie de vomir. Je me permets de leur rappeler que ce ne sont pas les kongo, les lari, les sundi, les téké, les hangala, qui vivent en paix entre eux depuis des siècles, qui ont besoin d'être réconciliés entre eux ou avec eux-mêmes, mais les Cons-golais de toutes les régions. L'obstacle s'appelle Innocent Sassou. Cette réconciliation que nous espérons et appelons tous de nos vœux ne sera possible qu'avec la chute du régime despotique du chef cobra, le jugement des bourreaux et l'indemnisation des victimes. De toutes les victimes de son long règne ainsi que des règnes de ses prédécesseurs. Tout le reste n'est que blabla et poudre aux yeux.

    (1) Un certain Jean-Pierre Denga, expert de la concertation citoyenne des ressortissants du Pool, loue, pour sa part, « la patience, la tolérance et le caractère pacifiste » du dictateur con-golais. Il faut oser !

    Musi Kanda

    *************

    Ntumi et la Concertation citoyenne des ressortissants du Pool


    Tel que proposé par la commission technique de suivi des conclusions et recommandations du communiqué final (comité ad hoc du suivi des engagements du 16 et 17 mars 2003) Frédéric Bintsamou alias pasteur Ntumi devait bénéficier du statut de Délégué général à l’action humanitaire d’urgence et à la prévention des catastrophes naturelles. L’annonce en a été faite dans tous les médias.

    Mgr Portella Mbouyou
    Le 4 mai dernier pourtant Mgr Louis Portella Mbouyou, a annoncé officiellement le report sine die d’une rencontre initiée par la Concertation citoyenne des ressortissants du Pool (CCRP), rencontre destinée à la recherche de solutions aux problèmes sécuritaires et socioéconomiques que connait ce département meurtri par des guerres récurrentes et qui devait se tenir à Kinkala. La raison : « La concertation a été reportée à une date ultérieure qui sera fixée très prochainement. La raison de ce report est simple (…) Préalablement à la concertation il est prévu une cérémonie de présentation et de destruction des armes par le Pasteur Ntumi qui a transformé son mouvement en parti politique, le Conseil national des républicains (CNR). Malheureusement, pour des raisons pratiques tenant au fait que le délai était très court et que les moyens devant être mis en jeu pour cette destruction ont pris du temps, nous devons reporter cette retrouvaille » a précisé Mgr Portella.

    Selon nos informations, la réalité des faits semble être plus complexe.

    Du côté de Ntumi on constate plutôt que malgré le nouveau statut à lui octroyé le pouvoir en place semble traîner les pieds. A preuve, aucun véhicule et encore moins les fonds nécessaires n’auraient été mis à la disposition de l’ancien chef rebelle, pour acheminer les armes à détruire.

    Les partisans de Ntumi laissent même entendre que Sassou hésiterait à signer l’acte de désignation de Ntumi au motif que la délégation générale à l’action humanitaire d’urgence et à la prévention des catastrophes naturelles qu'on lui a confiée ferait double emploi avec les attributions du portefeuille ministériel du même nom. La préférence du palais de Mpila serait allée à la création d’un Haut commissariat rattaché à la présidence, son titulaire ayant le statut de conseiller. Ce que Ntumi refuse. Pour lui les tergiversations du palais s’expliquent autrement : l’ancien chef rebelle, se sentant plus proche de l'opposition, aurait rejeté la proposition que lui aurait transmise un émissaire – un certain Lumwamu – d’intégrer la « plate-forme électorale de la majorité présidentielle » signée sous l’instigation du PCT. Une plateforme destinée à faire réélire Sassou en 2009. Bref aujourd'hui les manœuvres en cours relèveraient d'une tactique du pouvoir dont le seul but serait de le pousser à la faute.

    On explique ici que celui qui pose problème c'est Kolelas. Ce dernier considèrerait le Pool comme sa « zone » où il doit faire carton plein de députés. Et celui-ci s’est allié à Sassou. Les deux compères auraient donc tout intérêt à profiter d’une éventuelle faute pour en découdre et se débarrasser définitivement d’un homme encombrant, détenteur, par surcroît, d’un certain nombre de secrets...

    F. N.

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