« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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Samedi 25 août 2007
Il fallait le voir pour s’en rendre compte. De l’amour que portait le peuple congolais pour André Milongo. Longtemps avant l’atterrissage autour de 17h30 à Maya Maya de l’Airbus transportant la dépouille mortelle de l’ancien Premier ministre de la Transition une foule immense s’était rassemblée, pleurant à chaudes larmes, malgré les trois semaines écoulées depuis le décès de celui que les Congolais appelaient affectueusement Ya Milos. La foule, parlons-en justement. Délaissant le corbillard de la morgue municipale elle a dicté sa volonté en imposant un camion découvert où était disposé le cercueil. Elle souhaitait marcher, accompagner à pieds la dépouille jusqu’à la résidence de Mafouta située à 5 ou 6 km de là. Celle-ci fut atteinte vers 23 h, c’est-à-dire en 5 h de marche. Foule immense sur le parcours, malgré la nuit tombée, émotion palpable. Nous sommes le vendredi 17 août. L’enterrement est prévu alors pour le lendemain 18 après les hommages officiels au parlement dans la matinée.
Le cerceuil d'André Milongo à la sortie du parlement le lundi 20 août 2007
Mais, profitant du désaccord né entre la famille de Milongo et la veuve (soutenue par les enfants) sur le lieu d’inhumation – l’une préférant Mafouta, l’autre un lieu inhabité situé vers Boko – la foule des militants et sympathisants de l’Udr et sans doute quelques excités ont empêché, le samedi 18 août la sortie du corps du défunt de la résidence de Mafouta. Parmi les raisons que ceux-ci invoquaient : l’État n’aurait décrété aucun deuil national pour la circonstance; le drapeau national n’a pas été mis en berne; même la moindre minute de silence n’a été observée le 15 août, fête nationale, alors que dans le même temps chez le voisin d’en face, en RDC, pour la disparition d’un artiste, Madilu System, un deuil national de plusieurs jours a été décrété par le gouvernement de ce pays. Pourquoi donc cette « hypocrisie » à vouloir prétendument rendre des « honneurs » au disparu ? s’interrogeait la foule survoltée, franchement remontée contre le pouvoir jusqu'à chanter des chants hostiles. A ces raisons s’ajoutait également le souhait manifesté d’un enterrement à Brazzaville plutôt qu'au village.
Le samedi 18 donc, malgré les officiels déjà arrivés et installés au palais du parlement, malgré le chef de l’État rentré exprès de l'étranger et attendu, le corps fut bloqué à la résidence de Mafouta. Boycott intégral et malaise officiel (1). L’intervention de Willy Mantsanga, militant encarté Udr-Mwinda et nouveau député " indépendant " de Makélékélé (il a battu Hello Mampouya du Mcddi), de Bonaventure Mbaya, de Moussodia et autres personnalités de quelqu'influence fut vaine.
C’est finalement le lundi 20 août, après moult négociations et palabre, que le corps fut soustrait de bon matin de la résidence. Après un tour de la ville les hommages officiels furent rendus devant le chef de l’État, le Premier ministre et la quasi-totalité du personnel politique. A cette occasion André Milongo fut élevé à titre posthume, à la dignité de Grand officier. A 12 h le cortège s’ébranla à nouveau vers Mafouta, encore une fois suivi par une foule toujours aussi compacte, qui marcha trois bonnes heures. La messe célébrée par Mgr Milandou, archevêque de Brazzaville, Mgr Kombo et l’abbé Isidore Malonga se déroula pour partie dans une ambiance assez électrique, au domaine de Mafouta dont l'étendue permit de contenir la foule. A cette occasion l'archevêque rappela, dans un silence de cathédrale que Milongo, empêché par la maladie peu avant sa disparition d'assister à la Concertation des fils et filles du Pool leur avait envoyé comme message le psaume 133 de David : " Ah ! Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères, de vivre ensemble et d'être unis ". Une sorte de testament. Puis ce fut l’enterrement sur place, au domicile du défunt dans une indescriptible émotion.
André Milongo, mort aimé, repose dorénavant dans une paillote, dans sa paillote de Mafouta à côté de son étang, de son verger et de sa ferme.
(1) Selon nos informations la famille de Milongo, débordée à cette occasion par la foule, a dû envoyer une lettre d'excuses au chef de l'Etat, qui l'a acceptée et considéré l'incident clos.
Correspondance de Brazzaville
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