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    Les couleurs de l’Opposition congolaise


    Jeudi 3 mai 2007




    Par Alain Bazebizonza

    Suite à l’article de " La Semaine Africaine " publié par dans sa livraison n° 2689 du mardi 24 avril 2007 dans lequel le « ministre de l’Administration du territoire appelle les partis politiques de l’Opposition à se conformer à la loi avant les élections », il paraît absolument nécessaire de bien cadrer ce débat pour que les rôles ne soient pas renversés, afin que les vrais « défonceurs » de la loi ne revêtent pas la toge d’avocats défenseurs des valeurs de la République.

    En réalité, qui doit se conformer à la loi pour sauvegarder la paix civile au Congo ?

    Nous traversons une conjoncture politique particulière à l’aune d’une période post-conflit au cours de laquelle le pouvoir célèbre le retour à la paix civile, à l’issue d’une guerre dont le peuple congolais ne connaîtra jamais la cause, puisque aucun protagoniste ne s’est véritablement repenti pour dévoiler, au nom de quel idéal les populations congolaises ont payé jusqu’au sacrifice suprême. Le citoyen normal de notre pays ne comprend toujours pas pourquoi, les alliés d’aujourd’hui, devenus subitement sages apôtres de la paix, n’ont pas usé de la même sagesse hier, pour épargner au peuple congolais tant de souffrances et d’horreur.

    Aujourd’hui, les accords pour « gouverner ensemble » et partager le pouvoir se nouent cyniquement au nom d’une paix civile, comme si les deux signataires étaient des colombes innocentes et que le désastre sans précédent vécu par le peuple congolais était l’œuvre des extra terrestres. Dans l’histoire des nations, les responsables des guerres adoptent à la fin un comportement d’humilité, recherchent le pardon de la nation par une attitude humaniste de repentance, de façon individuelle et collective.

    Au Congo, la participation à la guerre civile est pour certains citoyens, un acte de fierté et de gloire. Dans la rue des villes et dans les villages, la victime côtoie son bourreau sans éprouver aucun frisson de culpabilité. Il arrive donc que la victime serre, sans le savoir, la main du vilain criminel qui a assassiné son parent, son frère, son ami, son voisin, son concitoyen...

    Généralement, ceux qui parlent plus de paix aujourd’hui sont ceux qui ont plus semé la terreur, de désolation, enrôlé et drogué des milliers de jeunes gens parmi les plus démunis dans des milices agissant en véritables escadrons de la mort, au sein de notre propre peuple avant de signer la paix des braves pour se transformer en apôtres de la paix, sans aucune compassion aux familles de leurs victimes innocentes.

    Sassou et Kolelas alliés en 1992
    Finalement aucune garantie n’est donnée à notre peuple pour que ces faucons transformés, subitement, en colombes pieuses et inoffensives ne reprennent pas leur vraie nature d’oiseaux de proie et de fauves. En réalité, le peuple n’a pas oublié. Il vit tout simplement dans la crainte et la psychose imposées par les idéologues de la guerre honteuse qui continuent à marcher sur notre pays et sur la démocratie. Son sommeil est encore hanté par le cauchemar des terribles années d’horreur inimaginable imposées aux Congolaises par une poignée d’individus assoiffés de pouvoir. Le peuple congolais a conscience qu’il ne vit pas dans un Etat de droit, mais sous la loi du plus fort, comme à l’époque médiévale où le souverain n’était pas le peuple.

    C’est donc dans ce contexte d’hypocrisie machiavélique que le ministre de l’Administration du territoire appelle les partis politiques de l’Opposition à se soumettre à un ordre constitutionnel inique qui a ruiné tous les acquis démocratiques garantis par la constitution véritablement démocratique de mars 1992, issue du consensus obtenu à la Conférence Nationale Souveraine de 1991. On se souvient que cette constitution, avait donné lieu à des élections libres et transparentes dont les résultats n’ont jamais été contestés.

    Par acte fondamental du mois d’octobre 1997, puis suivant la constitution inique de janvier 2002 contestée depuis son instauration, un pouvoir autocratique a été institué qui foule constamment aux pieds ses propres lois et règlements, insulte la République et divise pour régner. Dans ces conditions, avant de demander à l’Opposition de se soumettre à la loi, le pouvoir devrait d’abord ôter la poutre plantée dans ses propres yeux, pour constater que lui-même ne cesse de bafouer la République, de mépriser le peuple congolais, en marchant constamment sur sa propre loi constitutionnelle.

    La dernière violation a été portée au grand jour le 24 avril 2007, lorsque Ambroise Edouard Noumazalay, Secrétaire général du PCT signe « l’accord MCDDI et PCT pour gouverner ensemble par délégation», dévoilant par la même occasion le fait que le Président de la République du Congo est actuellement président du comité central du PCT. C’est qui est contraire à sa propre constitution. Au cours de la même semaine, un excellent article publié sur Mwinda à propos de « la dérive du fichier électoral » mettait en évidence le piétinement par le ministre de l’Administration du territoire de sa propre loi électorale, au sujet des inscriptions sur les listes électorales confiées par simple acte ministériel à des autorités morales non reconnues par la loi.

    Sur ce chapitre du respect de la loi, le pouvoir et le gouvernement n’ont aucune leçon à donner aux Congolais et à leur opposition. Ils ne donnent aucun exemple dans un pays où la confusion des rôles est instituée et entretenue pour les besoins de la conservation du pouvoir, où la corruption est devenue un mode de gouvernement.

    Dans son obstination à refuser la mise en place d’une commission électorale indépendante, le régime affiche clairement sa nature de dictature sans partage. Il se prépare donc, comme à son habitude, à nommer certains députés, car il tient absolument à s’assurer de la majorité parlementaire comme en 2002, sans quoi des hordes armées amassées à Tckicapika reprendraient le service. En ce sens, l’appel du ministre de l’Administration du territoire est en réalité une menace à peine voilée.

    Nous savons, depuis un moment, à quels partis politiques de l’Opposition le ministre de l’Administration du territoire s’adresse dans son rappel à l’ordre. En effet, l’Opposition congolaise comporte trois couleurs à ce jour, autrement trois variantes. Le peuple est appelé à une vigilance accrue pour bien les identifier afin qu’il ne se trompe pas sur le choix des hommes et des femmes qu’il élira demain lors des vraies élections législatives placées sous le contrôle d’une vraie commission nationale indépendante et responsable.

    La nature actuelle de l’Opposition congolaise

    Il est curieux de constater que l’Opposition se soit laissée piéger, en mettant en parallèle leur grand meeting du rond point de Moungali avec la signature à l’hôtel Méridien de l’accord de ralliement au pouvoir de Bernard Kolélas, ce vieil opposant du MNR d’Ambroise Edouard Noumazalaye, du PCT de Marien Ngouabi et Denis Sassou Nguesso. Cette forfaiture politique se fait au nom d’une paix civile perturbée par une guerre civile dont les signataires comptent parmi les principaux protagonistes. Ce mélange de genre sème la confusion et conduit le pays à des querelles sans fin.

    Il est étonnant et inquiétant d’observer que la lettre de l’Opposition congolaise ralliée par la société civile pour appuyer celle du Président de l’Assemblée Nationale et du Président du Groupe Parlementaire de la Majorité présidentielle sur le même objet, peine à réunir les signatures des leaders des groupes parlementaires de cette opposition au sein de l’hémicycle et des autres dirigeants des partis non représentés à l’Assemblée. Pourtant, tous ces dirigeants se réunissent au grand jour, avec d’autres, pour chanter la même partition contre le pouvoir. Il va sans dire, que la kyrielle de leaders présents au dernier meeting de l’opposition aurait largement suffi à donner à cette lettre le caractère d’une action collective et plurielle, ayant un caractère d’acte de contestation nationale.

    Ibovi
    Actuellement, tout se passe comme si les leaders de certains partis politiques craignent à apposer leur signature en plein jour au bas de cette lettre, de peur de se contredire du fait qu’ils aient émargé la nuit, un autre genre de document. Pourtant leurs militants sont fortement engagés dans la lutte contre la dictature et oeuvrent pour l’obtention d’une commission nationale indépendante réelle,

    Il est surprenant de remarquer la grande absence des « résistants » au régime clanique, et de « l’épicerie familiale » au meeting au rond point de Moungali, lorsque l’on se réfère à leurs déclarations réclamant la « démission du Président de la République », à leur démarche de désobéissance civile pour réaliser de façon « pacifique et démocratique » le changement démocratique au Congo.

    La logique de leur absence devient difficile à suivre au moment où les Forces Patriotiques se mobilisent pour obtenir des élections justes, transparentes, libres et démocratiques. Il est entendu que les démocrates ne luttent pas contre les élections, mais combattent toutes formes de népotisme et manœuvres qui rendent opaques la gestion publique et les opérations du processus électoral pour la conquête ou la conservation du pouvoir.

    Il est extraordinaire de voir qu’une petite majorité de députés se soit prononcée, au cours de la session parlementaire en cours, en faveur d’une loi qui n’accorde aucune indépendance à la commission électorale contre l’avis de leur hiérarchie parlementaire et d’une massive opinion nationale. Les tractations dénoncées par la députée Emilienne Charlotte Lékoundzou ont finalement donné naissance à un accord sur le dos des électeurs en faveur d’une loi qui ne diffère en rien de celle de 2002 tant décriée par les forces vives de la nation.

    A cause de cette loi scélérate, une véritable mascarade électorale avait été organisée et qui avait permis l’élection contestée jusqu’à ce jour de plusieurs députés et du Président de la République. Ce fut l’élection des hommes et des femmes qui ne veulent du pouvoir que pour leurs propres intérêts, de ceux de leur famille et de leur clan au détriment de leurs électeurs.

    Appel à la vigilance populaire

    Face à l’arrogance et intolérance injustifiées des hommes arrivés au pouvoir par la violence, le sang, la tricherie, la manipulation, la corruption, … il est impératif d’appeler notre peuple à la vigilance permanente dans un pays meurtri et paupérisé, où les élites sont pourchassées. En guise de réaction à un article très pertinent sur Mwinda à propos de l’élaboration de la liste électorale, on peut lire la pensée suivante émanant certainement d’un homme au pouvoir au Congo : « Si notre politique ne vous intéresse pas, n'allez pas voter. Nous avons déjà établi des listes électorales. Que les mécontents aillent se faire pendre, ou qu'ils aillent vivre en France. Occupez-vous de vos jardins et des petits boulots par-ci par-là. Laissez-nous gérer le pays comme nous l'entendons. C'est clair? »

    Ainsi, s’est perpétué le drame congolais ; à cause de cette intolérance, cette absence de démocratie, ces pratiques d’exclusion qui sont à la base de l’instabilité politique permanente dans notre pays.

    Dirigeants de l'opposition
    En même temps que le peuple congolais lutte pour le retour à la vie démocratique, il est indispensable qu’il veille attentivement sur l’éthique de ses dirigeants. Aujourd’hui, tout se passe comme si au sein de l’Opposition congolaise qui conduit cette lutte pacifique pour la démocratie, les leaders des partis et associations politiques portent des maillots à trois couleurs nationales (vert, jaune, rouge), obéissent à des voix intérieures différentes et prononcent à haute voix des discours sincères pour les uns, des propos de convenance pour d’autres. Mais tous cherchent à se mettre en harmonie avec leur base respective.

    Mais ce double jeu a des limites réelles, car les pressions obscures exercées sur ces trois catégories de dirigeants de l’Opposition produisent des conséquences faciles à observer sur le terrain de la pratique, car le peuple congolais n’est pas dupe. En effet, les militants des partis politiques, les adhérents des associations, les hommes et les femmes de la société civile doivent savoir distinguer les leaders politiques en servant des critères suivants :

    1. les dirigeants à qui ils attribueraient des maillots verts : ce sont les incorruptibles qui continuent à durcir leur position en toute circonstance de nuit comme de jour. Cela se traduit par la constance de leurs déclarations, et dans la pratique, par leur présence effective aux manifestations du collectif des partis politiques mobilisés pour le retour à la vie démocratique et par la signature sans condition des pétitions et lettres ouvertes au pouvoir clanique.

    2. les dirigeants à revêtir de maillots jaunes sont ceux qui observent une attitude de tortues à carapaces dures le jour, molles la nuit et qui créent la confusion au sein de l’Opposition. Cette attitude politique est symbolisée par leur présence aux meetings et le refus de signer les documents contre le pouvoir sous tous les prétextes.

    3. les dirigeants qu’il faut habiller en maillots rouges sont des leaders opposant une résistance de façade au pouvoir et qui se caractérisent par leur absence permanente aux meetings, le refus de signer les documents contre le régime ou qui adoptent ces deux attitudes politiques (absence aux meetings de l’opposition, refus de signer les documents). Leurs discours sont ambigus et tranchent avec leur pratique sur le terrain. Ce genre de dirigeants constituent un danger pour le peuple, les leaders et les cadres intègres qu’ils prennent plaisir à côtoyer et à fréquenter, alors qu’ils sont en réalité au service du pouvoir.

    En définitive, la position de cette dernière catégorie d’opposants ou de résistants se confond à celle de Bernard Kolélas qui a eu le faux courage de rallier purement et simplement le pouvoir le 24 avril 2007 pendant que les patriotes démocrates continuaient la lutte en faveur de la démocratie, de la transparence, de la justice sociale … qu’il avait commencé avant 1963 et qu’il vient d’abandonner le 24 avril 2007 pour des raisons évidentes aux yeux de notre peuple. Cette lutte pacifique pour la démocratie est aujourd’hui symbolisée par l’exigence d’une commission électorale véritablement indépendante, car la commission électorale proposée dans le texte voté dans des conditions problématiques par l’Assemblée nationale n’est qu’une coquille totalement vide.

    Alain Bazebizonza

    *************

    Brève

    Sassou craint la violence à deux mois des législatives


    " Il ne doit plus avoir de violence dans notre pays. Il faut créer des conditions véritables de paix dans tous les départements de notre pays ", a déclaré M. Sassou en visite mardi dernier à Mouyondzi dans la Bouenza, une localité où il s'est rendu en réalité pour faire campagne pour les législatives.

    " J'entends des groupuscules politiques parler de violence pour détruire ce qu'on a construit. Si nous avons des contradictions, nous devons trouver des solutions par le dialogue et par la loi ", a fait observer ce dernier tout en ajoutant que " nul n'a le droit d'évoquer la violence au moment où l'on parle de dialogue et de recherche de consensus ".

    On ignore ni de qui ni de quoi il parle mais le premier souci d'un homme attaché à la paix est celui d'organiser des élections honnêtes et transparentes, sans corruption et sans fraude...

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