« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
|
|
Questions et réponses sur l’IPPTE
|
Mardi 21 février, 7h30
Pour essayer d’éclairer le débat sur l’accession du Congo à l’initiative PPTE " Mwinda " a posé quelques questions à un de ses collaboateurs présents à Washington pour la circonstance et bien au fait de ce dossier.
Mettons les choses au clair : que s’est-il passé vendredi dernier à la Banque mondiale s’agissant du Congo ? Y a-t-il oui ou non refus d’admettre le Congo à l’IPPTE ?
Pour ce qui est de mettre les choses au clair, elles l’ont été clairement. Et de la manière la plus douloureuse qui soit pour le gouvernement du Congo. L’admission n’est pas là pour le moment et pas n’importe comment !
En quoi la déclaration de Paul Wolfowitz est-elle importante ? Que nous apprend-elle ?
La déclaration du 16 février
est très importante pour le Congo et pour Monsieur Wolfowitz lui-même. Le Congo, du fait de sa gestion actuelle, n’a pas satisfait aux conditions qui lui avaient été fixées. Les conditionnalités vont être renforcées et cela est tant mieux pour le Congo.
En prenant ses fonctions à la tête de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz a dit sa détermination à lutter contre la pauvreté dans le monde. Il a également fait de la lutte contre la corruption sa priorité y compris au sein de la Banque Mondiale, elle-même, comme l’a rapporté Le Monde le 23 janvier dernier. Le Kenya, lui aussi, quelques jours avant le Congo s’est vu refuser plusieurs prêts importants du fait de la corruption qui gangrène le pays.
Que va-t-il se passer maintenant ? Le Congo a-t-il perdu toute chance d’accéder à l’IPPTE ou pas ?
L’éligibilité devrait intervenir au moment où les conseils d’administration du FMI et de la BM acceptent le démarrage du processus (il faut remarquer que le FMI a déjà mis le pays sur sa liste d’éligibilité et procédé à une DSA - debt sustainability analysis - en 2005).
Le Président de la Banque Mondiale a rappelé à de très nombreuses reprises, dans sa déclaration, son souci de lutter contre la pauvreté au Congo et même de la responsabilité de la Banque de « préserver les efforts de développement ». Il a mis en avant trois priorités qui étaient, il faut le reconnaître également, celles qui avaient été recommandées par les ONG : c’est lorsque ces réformes seront mises en place que le point de décision sera atteint, mais comme le dit M. Wolfowitz « l’annulation de la dette est effective quand le point de finalisation arrive avec la performance demandée. »
On a l’impression que tout ça est devenu politique, affaire de lobbies et non de gestion transparente du pétrole. Non ?
Le Congo a connu en quelques années plusieurs guerres civiles. Des milliers de victimes et des destructions significatives. C’était évident qu’il fallait aider ce pays d’autant plus qu’il était très endetté. Mais rapidement des observateurs se sont aperçus de très mauvaises pratiques. Sassou III était pire que Sassou II et bien pire que ne l’était Sassou 1er. Les indicateurs étaient les suivants : plus le prix du pétrole montait, plus une partie, plus que restreinte, de la population se l’accaparait et bien évidemment la pauvreté augmentait.
La presse, les médias, l’opinion publique internationale ne s’intéressent que très peu à ce qui se passe en Afrique et pas du tout à ce qui se passe au Congo. Comment alors éveiller une attention quelconque sur ce qui se déroulait à Brazzaville ?
La corruption, au niveau auquel elle se situe au Congo, c’est comme tirer au canon sur sa population : cela tue autant de gens, cela détruit le pays de la même manière mais cela fait beaucoup moins de bruit !
Personne ne voulait entendre les sonnettes d’alarme que l’on tirait, c’est alors que les ONG entrèrent en jeu. Un travail remarquable a été fait par Global Witness et la très dynamique Sarah Wykes. Le rapport publié en mars 2004 avait représenté presque deux années de travail. D’autres ONG l’ont rejoint. Mais ce n’était pas suffisant pour faire la démonstration de la corruption incroyable qui sévissait dans ce pays et ne faisait que s’y accroître.
C’est alors qu’entrèrent en scène, chacun de leur côté, les créanciers petits et grands. Berrebi avait été le premier à rendre publique une opération de préfinancement avec BNP Paribas, déjà en 1999. Puis ce fut au tour de Walker en 2001 et l’entrée, un peu plus tardivement, des grosses pointures Hemisphere, Kensington, Gulf Ressources etc.. Tabet est un cas à part dans son action et aussi dans sa manière de la mener. Tout ce monde avait des objectifs et des intérêts différents, mais finalement un objectif commun s’est imposé sans concertation aucune, semble-t-il, entre ces différentes parties : informer la communauté financière internationale et les décideurs politiques importants de la planète des crimes économiques du régime de M. Sassou Nguesso et de sa famille.
Parallèlement, il y a eu la prise de conscience de l’opposition congolaise, pour certains, toujours tiraillée entre la volonté d’en découdre et des besoins alimentaires que l’on imagine aisément.
Cela a été un long travail, de recherche, d’investigation pour beaucoup. Un travail de lobbysme intense sur lequel « MwindaPress » pourrait revenir un jour en détail, pour que les Congolais, pourquoi pas, prennent exemple sur lui pour des actions futures.
Mais les Congolais doivent le savoir : si l’on additionne ce que réclament les « créanciers vautours » cela ne représente même pas le quart de ce que prélève annuellement la famille au pouvoir. Tout bien pesé, l’action des créanciers, vautours ou pas, est bénéfique pour le pays car elle a le mérite d’envoyer le très mauvais élève Sassou au piquet et qu’il en sortira lorsqu’il voudra mieux faire. Pas avant. Et pendant ce temps on peut toujours espérer que l’hémorragie financière cessera ou pour le moins diminuera.
Le 16 février 2006, au soir, à Washington c’est le Congo qui est sorti vainqueur de la décision de la Banque Mondiale. Qu’on ne vienne pas nous dire que tel ou tel salaire ne pourra être payé de ce fait : ces dettes sont stationnées principalement au Club de Paris et ne reçoivent rien du Trésor congolais !
Il est notoire que le dossier du Congo est soutenu à bout de bras par la France. Dans quel intérêt ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec les 12 milliards d’euros de bénéfice réalisés par Total cette année ?
L’Etat français est un créancier important de la République du Congo. Dans ce dossier effectivement, il a clairement soutenu l’admission immédiate et s’était satisfait des réponses apportées par le Congo au FMI et à la Banque Mondiale. Les décisions de la Banque en principe ne sont pas commentées mais l’on finira bien par entendre une réaction à cette décision.
La dette congolaise est encombrante pour les finances publiques françaises et il était temps de l’effacer. Il peut y avoir quelques raisons particulières aussi à un certain empressement, mais l’effacement de la dette ne concerne pas que le seul Congo.
Pour ce qui est de Total, les douze milliards d’euros
de profits (près de 8 mille milliards de F. CFA ou plus de 14 milliards de dollars) sont très voyants même trop. Si l’on regarde bien les comptes publiés, ils sont réalisés en Amont, c'est-à-dire dans la production. Il y a une vingtaine d’années, les profits réalisés au Congo étaient pour beaucoup dans les résultats annuels qu’annonçaient Elf. 25 ou 20%. La part dans la production de l’entreprise était aussi à ce niveau voire davantage. Cela correspondait, plus ou moins, à l’époque dont M. Le Floch Prigent (dernièrement Conseiller de M. Sassou) s’amusait à se souvenir, dans une émission diffusée sur Arte le 12 avril 2000 que « Les compteurs étaient mal réglés ! ». Maintenant dans le Groupe Total tout cela est dilué et doit tourner à moins de 5% de la production journalière.
Pour les compteurs, ils ont du être réparés depuis !
Cependant au regard du Français moyen, les profits de la compagnie pétrolière proviendraient davantage de ce qu’il paie à la pompe à essence et il commence à comprendre que des intérêts étrangers détiennent la majorité de l’entreprise. Total, de son côté, a laissé entendre qu’il pourrait déménager son siège social au Luxembourg ou aux Pays Bas. Pour le Congo cela ne changera rien tant que le pétrole sera l’affaire de la famille, des Bruno et autres Denis !
Paul Wolfowitz semble opposé à l’accession du Congo au PPTE. Ce n’est pas pour les beaux yeux des populations pauvres du Congo qu'il s'engage ainsi. Non ? Alors Chirac et Wolfowitz défendent chacun leurs intérêts ?
Paul Wolfowitz a enseigné dans des prestigieuses universités américaines, il a été aussi Sous Secrétaire d’Etat à la Défense. Sa nomination a la tête de l’Institution avait été très critiquée et même combattue. Il avait annoncé qu’il allait se battre contre la pauvreté dans le monde, peut-être avec la détermination de l’image du faucon que le monde avait de lui.
Avec le Kenya et le Congo, Wolfowitz marque les premiers points contre la corruption et si vous lisiez le compte-rendu de sa déclaration à la presse du 16 février (en ligne sur Mwinda) dans les premières lignes, transparaissent l’émotion et la satisfaction du Président de la Banque Mondiale.
Wolfowitz reçoit là, peut-être, les premières félicitations sur la politique qu’il mène après avoir essuyé, durant de longs mois, infiniment de critiques. Il ne peut s’empêcher de lâcher : « C’est énorme ! » Il a vaincu alors toutes les pressions, intérieures et extérieures à la Banque. Une de nos connaissances au FMI, qui avait vu avec inquiétude l’arrivée de ce proche du Président Bush, nous a fait l’aveu qu’il était heureusement surpris que ce soit un néo-conservateur qui obtienne un si brillant résultat.
Il n’y a pas, pour le moment, de confrontation directe Chirac – Wolfowitz. Mais la position de ce dernier semble bonne. Comme je vous le disais, j’attends une réaction critique. Qui osera l’écrire ? Bono, le chanteur d’U2 !
Qui défend donc les intérêts du Congo ?
Vous ! Moi ! Tous ceux qui combattent la corruption ! Donc, ces ONG en première ligne et ceux qui ne se sont pas résignés au discours simpliste d’effacer la dette. Il faut d’abord s’attaquer à ce qui a permis son monstrueux gonflement.
Cette prise de position de la Banque Mondiale, même si elle n’a pas été encore beaucoup reprise par les médias va sûrement susciter plus d’attention sur les conditions de vie des congolais. Nous devons l’espérer.
La corruption fait plus de victimes en nombre de personnes réellement décédées que toutes les dernières guerres civiles du Congo. Il faut voir les cadavres qui s’amoncèlent dans les morgues actuellement.
Les détournements massifs empêchent la création d’un environnement favorable pour sa population tant pour les soins qu’elle pourrait recevoir, que pour l’habitat et le cadre de vie. Sans parler qu’ils privent le pays d’une politique d’investissements judicieux propices à l’emploi.
Au lieu de cela, la population congolaise est réduite à une pauvreté extrême et elle assiste, impuissante, à une gabegie incroyable dans la captation des ressources publiques, principalement par la famille de M. Sassou.
Le gouvernement congolais semble faire diversion en déplaçant le débat sur les fonds vautours, sur les ONG comme " Publiez ce que vous payez ". Il se garde bien de s’expliquer sur son incompétence, sur le pourquoi de la dette, sur la corruption…
Effectivement, c’est tellement plus facile de dire aux Congolais que la cause de leurs malheurs ce sont ces voyous de New York.
Dernièrement, encore une fois dans le journal Le Monde, un avocat de BNP Paribas, Me Rosenfeld, a fait publier un commentaire sur l’action de ces fonds vautours qui poursuivent sa cliente devant les tribunaux new-yorkais en action RICO. Il écrit ceci : « Le plus simple consisterait, pour les pays endettés, à racheter eux-mêmes leur dette. Mais il faut que les perspectives de rachat ne fassent pas trop monter les cours. Des mesures législatives demeurent donc nécessaires.» Mais la banque qui a fait preuve d’une incomparable ingéniosité pour protéger la SNPC, d’abord de quelques petits créanciers, pourquoi n’a-t-elle pas proposé à Bruno Itoua et à Mathias Dzon de concevoir un programme de rachat ? Peu importe, comme le dit Me Rosenfeld, « que les perspectives de rachat ne fassent trop monter les cours ! ».
Mathias Dzon avait refusé à un créancier américain un rachat avec 75% de décote. De plus le remboursement s’effectuait sur une plus-value dans la commercialisation de cargaison de Yombo.
L’incompétence et la corruption sont liées. Si ces gens, qui sont au pouvoir, avaient réellement de l’intelligence il ne serait absolument pas nécessaire de voler pour avoir de l’argent. Tant de choses sont à faire et à développer ! Quand Mwinda a publié l’article sur les eucalyptus et sur le bradage de cette forêt pour 1 milliard de FCFA avez-vous reçu un élément de la part de MPila ou de son journaliste attitré qui le contredise ?
Beaucoup de gens, les banques, les partenaires industriels, les conseillers étrangers, un journaliste, etc. etc. se font beaucoup d’argent grâce à la cupidité des dirigeants congolais mais c’est bien la population qui en paye le prix. Et chèrement !
M. Sassou avait dit au début de son mandat qu’il voulait s’attaquer à la corruption dans l’administration, dans l’armée. Pourtant Il a déclenché l'hilarité générale lorsqu'il a évoqué à Bruxelles, devant l'assistance, la " tolérance zéro " en matière de corruption au Congo. En effet on ne voit toujours rien venir...
M. Sassou est le champion incontesté de la pose de la première pierre. La deuxième il ne sait pas faire.
Pour ce qui est de s’attaquer à la corruption dans l’administration et dans l’armée, il a bien le droit de rire lui aussi un peu. On a bien vu qu’il avait un grand sens de l’humour avec les deux brouettes !
Non, sérieusement, il ne veut pas et il ne sait pas faire. Rien, malheureusement, ne changera !
La corruption a atteint des niveaux insoupçonnés au Congo. Dans son rapport même le médiateur de la République, Hilaire Mounthault écrit que le montant des crédits alloués par l'Etat à la médiation a été amputé, au moment du décaissement et au titre de la corruption, par les fonctionnaires du Trésor public à qui il a fallu verser un fort pourcentage. Pourquoi ne veut-on pas s’attaquer réellement à ce phénomène ?
Un de mes amis avait été un proche collaborateur de Marien NGouabi. Un jour le Président s’était fait communiquer les relevés bancaires de ses collaborateurs et le compte de mon ami accusait un solde de 500.000 FCFA (moins de 800 euros ou moins de 1000 dollars, NDLR). Il m’a dit : « J’ai eu chaud ! J’ai dû expliquer en détail comment j’avais pu atteindre ce montant ! »
Sans rapport avec cette anecdote, la corruption sous les diverses administrations avait toujours été présente. Son incidence était de quelques petits pourcents qui ont augmenté, augmenté, augmenté à un point tel que la corruption ne fait plus partie du système mais que la corruption est devenue le système lui-même.
Donc cette société congolaise est totalement criminelle. Elle perçoit sa manne pétrolière officiellement, une bonne partie disparaît dans les entrailles de la SNPC et ensuite elle vient alimenter le système où chacun veut avoir une partie quitte à en abandonner une part conséquente aux seigneurs apparentés à Mpila.
Monsieur Mounthault, si je ne me trompe pas, avait été sous Sassou I, ministre du Commerce ou des Transports ? Aussi sous Lissouba, il était encore là ! Qu’il découvre seulement aujourd’hui la corruption en tant que système m’étonne un peu. Ou alors c’est parce que cela a atteint des proportions tellement importantes, comme je vous le disais, que ce brave homme qui affectionne les chapeaux blancs ne sait plus faire avec. Il est dépassé par cette incroyable criminalité !
Le peuple qui souffre, et donc « Mwinda » avec lui, devraient-ils s’opposer à l’accession du pays à l’initiative PPTE ?
Pas du tout. Nous souhaitons que la dette du Congo soit effacée mais à certaines conditions.
Que le Congo remplisse vite les conditionnalités !
Que les vrais scandales cessent !
Scandale de la SNPC, de la SOCOTRAM de Willy Nguesso, de MagIndustries avec sa forêt achetée 3 francs 6 sous, de la forêt pillée et rasée par les partenaires d’Henri Djombo etc.etc.. Malheureusement la liste est extrêmement longue et comme je le répète encore une fois la corruption s’est substituée au système lui-même.
M. Sassou est-il capable d’évoluer dans une démocratie transparente avec une administration rigoureuse et des services publics où agiraient des fonctionnaires bien rémunérés et nommés en fonction de leurs compétences réelles ? M. Sassou est-il capable d’accepter le développement, au Congo, d’un secteur privé concurrentiel et indépendant qui ne s’exposerait pas au chantage et aux appétits des membres de sa famille ? J’en doute fortement !
Paul Wolfowitz sera, sûrement, encore à la tête de la Banque Mondiale dans 3 ans, et il a déjà dit que les promesses ne lui suffisaient pas. Alors les Congolais vont-ils accepter, du fait de l’incompétence de l’équipe actuelle, de supporter le poids de la corruption en plus du poids de la dette ?
Sassou est devenu président de l’U.A. A quoi cela sert-il pour les Congolais ?
A le voir quitter Brazzaville……. et revenir ! Très souvent !
Propos recueillis par la rédaction de Mwinda
| |
|