« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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Lundi 30 janvier, 6h00
« Des rires sur une larme » (1).
C’est assurément le roman « politique » de ce début d’année. Roman ? François Bikindou, son auteur, a longtemps exercé comme journaliste au Congo. Il était correspondant d’une radio étrangère, la prestigieuse BBC. Comme Frédéric le héros de son livre.
François Bikindou a été contraint à l’exil parce qu’il a voulu faire correctement son travail, à savoir informer la population. Comme son héros Frédéric. Vous avez dit roman autobiographique ?
Le crime commis par Frédéric et qui lui a valu l’exil ? Avoir eu entre les mains une cassette audio contenant les révélations étonnantes d’un général de l’armée que le pouvoir en place dans un pays d’Afrique centrale (suivez mon regard) avait envoyé négocier avec une rébellion sévissant dans le sud du pays. Une rébellion dirigée par un certain Mapakassa (suivez mon regard). Frédéric fit parvenir l’élément sonore à sa radio, laquelle s’apprêtait à le diffuser. Les populations allaient savoir, de la bouche même de ce général, dans quelles conditions il s’était retrouvé dans l’antre de la rébellion. Mais c’était sans compter avec les services de renseignements du chef de l’Etat Flushi Morobé qui, informé, s’empressa de faire pression sur Frédéric : « Le président m’envoie pour te dire que si jamais tu diffuses ce que tu détiens, tu devrais quitter le pays » lui rapporta de vive voix le propre conseiller du président dépêché à son domicile.
Triste destin que celui de ce journaliste ! La vie lui souriait pourtant : Frédéric c’est l’histoire d’un de ces garçons qui, par ses seuls mérites et à la force du poignet s’est extirpé de cette vie sans horizon promise à la majorité des jeunes de sa génération. La chance lui avait souri lorsqu’il fut sélectionné parmi plusieurs candidats, pour être correspondant de la BIB. Depuis lors il coulait des jours paisibles entre sa femme Olga et ses deux enfants qui fréquentaient un établissement huppé de la capitale. Par son travail et son sérieux il avait réussi à doubler l’audience de sa radio dans le pays. Il était désormais reconnu dans la rue…
Pourquoi donc a-t-il fallu qu’un jour son portable sonnât ? Ce coup de fil d’un rebelle qui l’invitait à récupérer la fameuse cassette dans un quartier de la ville signa, sans qu’il ne le sache sur le moment, sa perte.
Toujours est-il qu’après que les services spéciaux du président Flushi Morobé eurent perquisitionné nuitamment et en son absence sa maison, après de nombreuses menaces, voilà Frédéric contraint, du jour au lendemain, à l’exil dans un pays dont il ignorait la langue : la Grande Bretagne. Laissant derrière lui femme et enfants Une fois à l’étranger, après un départ rocambolesque, les péripéties s’enchaînent. Au hasard : pris par la nécessité de travailler pour continuer à subvenir aux besoins de sa famille restée au pays (son épouse était femme au foyer) il est embauché au noir comme ouvrier dans une usine. Là, lui, le célèbre correspondant de la BIB, relégué au rang de manoeuvre, dut subir la satisfaction cynique d'un compatriote travaillant sur la même chaîne et qui l'avait reconnu…
Et que dire de ce personnage trouble nommé Abraham rencontré dans un foyer pour demandeurs d’asile ? Abraham était un ancien barbouze originaire d’un pays d’Afrique de l’Est qui avait conservé ses réflexes professionnels : il se réveillait chaque jour à 5 h30 du matin pour attendre le courrier qu’il distribuait à tous les pensionnaires, histoire de collecter des renseignements sur tout le monde. Avait-il été recruté par les services de son pays d’accueil pour continuer à exercer le même métier ?
Plus loin on retrouve Frédéric luttant avec avocats, traducteurs et amis pour l’obtention d’un statut d’exilé politique. Un véritable chemin de croix décrit avec force détails. Après appel le précieux sésame fut accordé, dans la joie que l’on devine, une joie partagée dans les pleurs avec sa femme au téléphone. « Oui Olga, ça marché » hurla Frédéric au téléphone. « Pour nous l’éclipse s’estompait. Le soleil allait reprendre ses droits dans le ciel de notre vie. Nous allions bientôt nous revoir, vivre de nouveau ensemble » observa Frédéric.
Bref, « Des rires sur une larme » est un roman qui, à travers le destin de Frédéric nous donne à vivre de l’intérieur le drame d’un chef de famille, d’un journaliste qui ne demandait qu’ à travailler, qu’à vivre chez lui, dans son pays entre sa femme et ses enfants. Sauf que ce pays est une dictature où un homme peut décider de votre destin. Vous voilà alors poussé sur le chemin de l’exil et plongé dans de harassantes démarches que le postulant se doit d’accomplir, avec les humiliations que l’on devine. Condition du journaliste sous nos latitudes et difficultés de l’exil en Europe, ces deux aspects sont présents dans ce roman écrit dans un style dépouillé et alerte.
Mais ce n’est pas tout. L’épreuve subie par Frédéric, personnage attachant, sincère et émouvant donne également à comprendre tout un pan de l’histoire de ce pays d’Afrique centrale livrée à la violence politique.
Pour toutes ces raisons nous vous recommandons vivement de lire ce pemier roman de François Bikindou.
Lire quelques extraits du roman (doc pdf).
(1) « Des rires sur une larme » Editions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, 75005 PARIS, tel : 01 55 42 07 37 - Fax : 01 55 42 05 81)
, 147 pages, 14 euros.
Nika Mabiala
Ndlr - – Pour la sortie de son livre François Bikindou est présent à Paris à une séance de dédicace (et d'échanges avec l'auteur) organisée le vendredi 17 février 2005 à 18 h à l'Espace l'harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, 75005 PARIS). Le public y est cordialement invité.
Le 13 février à 19 h l’auteur participe également à un café littéraire sur le thème du premier roman.
Cet événement a lieu
Au Théâtre Noir
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Participation du public sur invitation.
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