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    Sarah Wikes : " Le Congo n’avance vraiment pas "


    Samedi 28 janvier



    " L'homme des masses ", accaparé qu'il était par sa désignation à Khartoum comme président de l'Union africaine n'a pas pu écouter le 24 janvier dernier l'interview de Sarah Wikes au micro de Radio France Internationale. L'homme étant, selon nos informations, un lecteur assidu de " Mwinda " (1) se fera un plaisir de le retrouver sur ce site.

    Mais encore : les propos de Sarah Wikes sont tellement lourds de sens qu'il est important de les avoir sous les yeux.

    Pourquoi les déclarations de cette femme frêle seraient-elles donc si importantes ? L'ONG pour laquelle elle travaille, enquête sur les liens existant entre l’exploitation des ressources naturelles, le financement des conflits et la corruption. Cette ONG c'est Global Witness, retenu comme candidat au prix Nobel de la Paix 2003 pour son travail sur les « diamants du conflit » et récipiendaire en 2005 du prix de la Fondation Gleitsman pour son activisme international. Global Witness a publié de nombreux rapports sur la transparence des revenus pétroliers au Congo.

    Le dernier rapport en date, qui a été publié au mois d’août, a largement inspiré la Banque mondiale et le FMI. Ces institutions sont désormais réticentes à rééchelonner la dette du Congo : l'examen de l'admission du Congo dans l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE), initialement prévu pour décembre a été repoussé à mars et va sans doute être une nouvelle fois retardé. Quand on sait que le succès de " La Nouvelle Espérance " , ce don de " l'homme des masses " au peuple congolais repose sur la qualification du pays à l'initiative PPTE on comprend dès lors que le gouvernement congolais (même s'il est nul en matière de communication, dixit le chef de l'Etat) devrait mesurer la portée des propos de Mme Wikes.

    (1) Mwinda inciterait le peuple à la révolte, s'est-il plaint auprès de son entourage, dans le passé. En son temps Lissouba nous avait adressé le même reproche...

    *****


    - Sarah Wikes, bonjour…..

    - Bonjour…

    - Quel est le tour de passe-passe qui permet au Congo Brazzaville de dissimuler une partie de ses revenus pétroliers ?

    - La dernière révélation qu’on a eue en Décembre, c’est que le PDG de la SNPC, la Compagnie Nationale pétrolière, est en train de vendre le pétrole de l’Etat à des prix inférieurs aux prix du marché à des compagnies écran, privées, qui sont contrôlées par lui.

    - C'est-à-dire que la SNPC vend son brut à une Société écran à un prix en dessous du marché, et puis ensuite cette société écran revend le pétrole au prix du marché et empoche la différence ?

    - C'est-à-dire Monsieur GOKANA, qui est le PDG de la Société nationale, la SNPC, a vendu du pétrole à des prix inférieurs à des prix du marché, et à des compagnies privées qui sont contrôlées par lui-même, et les bénéfices de ces ventes ont été transférés dans une autre société privée contrôlée par M. GOKANA, qui s’appelle Afrique Oil and Gas Corporation, alors, on ne sait pas où sont passés finalement, où ont été transférés ces bénéfices, et il y a un conflit d’intérêt flagrant parce que c’est le chef de la Compagnie Pétrolière Nationale qui vend le pétrole à des compagnies privées contrôlées par lui-même…

    - C'est-à-dire que Denis GOKANA, qui est l’un des proches du Président Sassou, est à la fois le président de la SNPC, la Société Nationale du pétrole congolais, et le président de l’une de ces Sociétés écran, l’Afrique Oil and Gas Corporation ?

    - Oui, il est le chef de trois entreprises écran, et c’est par ces sociétés écran que le pétrole de l’Etat a été vendu. Il y a aussi le chef de la branche marketing de la SNPC, c’est le fils du Président Sassou, et c’est lui aussi qui a supervisé ces ventes de pétrole à des prix inférieurs au prix du marché.

    - Alors, ce qu’il faut dire, Sarah Wikes, c’est que tout ce montage financier a été mis à jour un petit peu par hasard, c’était le 25 Novembre dernier, quand un juge de Londres à condamné l’état congolais à rembourser une partie de ses 100 millions de dettes à l’égard d’un fonds d’investissement américain.

    - Oui, c’est ça, il y a eu un jugement à Londres, et le Juge a dénoncé le manque de transparence dans les témoignages de la République du Congo et dans le cas de M. GOKANA, le Juge a dit qu’il ne croyait pas le témoignage de M. GOKANA.

    - Alors, le Premier Ministre du Congo Brazzaville reconnaît à présent qu’il a mis en place ce qu’il appelle des mécanismes peu orthodoxes pour dissimuler une partie des revenus pétroliers de son pays à la vue de ce qu’il appelle des « créanciers vautours », sous entendu c’est un « montage patriotique »….Est-ce que ce n’est pas un argument, tout de même ?

    - Moi, ce que je dirais, c’est qu’il n’y a aucune information. Par exemple : Combien de revenus ont été cachés par ces revenus peu orthodoxes ? Et où est-ce que ces revenus sont passés ? Est-ce qu’ils sont dans des comptes à l’étranger ? Est-ce qu’ils sont dans des paradis fiscaux ? C’est ça le problème ? Alors, moi, je dirais que cette dernière révélation du Gouvernement congolais, ce n’est que le dernier dans une longue série de révélations….Nous, ce qu’on a calculé, c’est que selon les propres chiffres du ministère des Finances et de la SNPC, en 2004, il y avait une différence, un écart de quelques 300 millions de Dollars…

    - Ce qui veut dire qu’en 2004, il y a eu un trou de 300 millions de dollars entre ce que la SNPC a touché et ce que le Trésor Public congolais a reçu ?

    - Oui, c’est ça.

    - Alors, le Premier Ministre Congolais reconnaît que le jugement de la Cour Royale de justice du 25 Novembre dernier a provoqué le report d’une rencontre très attendue avec le FMI en vue de l’annulation de la moitié de la dette publique du Congo Brazzaville. Où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

    - Bon, ce qui est clair, c’est que la rencontre du Conseil d’Administration du FMI n’apparaît plus sur le calendrier du FMI. Apparemment, il n’y a pas eu d’accord entre le Congo et les bailleurs, sur l’accès du Congo à la PPTE.

    - La PPTE, c’est le programme de remise de dette pour les pays pauvres très endettés, hein ?

    - C’est ça…Alors, il se peut qu’ils soient en train d’essayer de renforcer les conditionnalités pour l’accession du Congo à la PPTE, mais il n’y a aucune information publique là-dessus.

    - On sait que derrière la fermeté du FMI, il y aussi la fermeté de la Banque Mondiale et de son président, l’américain Paul Wolfowitz…Le 15 Novembre dernier, à Paris, Jacques CHIRAC a plaidé la cause du Congo Brazzaville auprès de Paul Wolfowitz, mais apparemment cela n’a pas suffit ?

    - La France est le créancier bilatéral le plus important pour le Congo. La France, apparemment, a une politique qui est pour la bonne gouvernance et pour lutter contre la corruption, alors, moi, je ne comprends pas vraiment pourquoi la France peut plaider la cause du Congo dans ces conditions là… ?

    - Mais vous connaissez l’excellence des relations entre Jacques Chirac et Denis Sassou Nguesso ?


    - Moi, je ne saurais pas le dire, mais ce que je dirais, c’est qu’il y a une contradiction entre la position que la France a prise pour appuyer le Congo et toutes les preuves qui sont sorties sur le fait que le Congo n’avance vraiment pas…

    - Sarah Wikes, merci…

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