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    Kolelas-Sassou : la rencontre


    Vendredi 9 décembre, 7h30



    Comme « Mwinda » l’avait déjà annoncé il y a de cela quelques jours Sassou a rencontré Kolelas ce 8 décembre en son palais de Mpila. Pendant plus d’une heure. C’est la deuxième fois en l’espace de quelques mois que les deux hommes s’entretiennent en tête à tête, une rencontre ayant déjà été organisée dans le plus grand secret entre les deux hommes il y a peu en région parisienne.

    Sassou aura donc attendu l’adoption de la loi d’amnistie par les deux chambres du parlement pour recevoir au grand jour son ancien adversaire politique et allié. Scrupules vains de la part du dictateur qui d’ordinaire fait peu de cas de sa propre justice qu’il sait politique : il rencontre sans gêne lors de ses voyages à Paris le sieur Yhombi, l’ancien chef d’Etat, un homme qui reste condamné à de lourdes peines de prison.

    M. Kolelas devrait prochainement rendre publique une déclaration. Selon nos informations celle-ci ne révèlerait aucune des intentions politiques de l’ancien maire pour le futur : elle consisterait à remercier les congolais du soutien apporté dans l’épreuve du deuil et d’appeler tout un chacun à œuvrer pour la paix et la réconciliation nationales.

    Notons que bien qu'amnistié pour toutes les « infractions pénales » M. Kolelas n’est pas à l’abri de « poursuites civiles dans le but d'obtenir réparation » que les victimes des exactions attribuées à l’ancien chef du gouvernement seraient susceptibles d’engager contre lui. Un piège tendu par le pouvoir ? L'avenir le dira assez rapidement.

    Etroubéka

    **********

    " Le soleil est parti à Mpemba ” Mort et résurrection politique de Bernard Kolélas ?

    Par Serge Armand Zanzala,
    journaliste et écrivain

    Au moment où beaucoup de Congolais questionnent le présent et l’avenir de leur pays, et qu’une certaine opinion attend avec impatience la rentrée politique du président fondateur du Mouvement Congolais pour la Démocratie et le Développement Intégral (Mcddi), ancien Président de l’alliance Urd/Pct (opposition), ancien maire de la ville capitale (Brazzaville), Président de l’Espace Républicain pour la Défense de la Démocratie et de l’Unité Nationale, Erddun (mouvance politique soutenant Pascal Lissouba pendant la guerre) et dernier Premier Ministre de Pascal Lissouba, un retour sur la scène politique que d’aucuns qualifient déjà de non événement, partant du comportement et du manque d’ambitions constructives de la classe politique congolaise, de l’instabilité morale des leaders qui la composent, surtout pour attirer, une fois de plus, l’attention de ce grand personnage politique congolais, sur ses nouveaux choix politiques, nous nous permettons de reprendre un texte que nous avions publié dans La Semaine Africaine quelques jours seulement après la nomination de Kolélas au poste de Premier ministre, et que nous avons repris dans notre chronique sur les guerres politiques du Congo, titrée “Congo-Brazza, une nation et un peuple tués par ses politiciens” . Sans pourtant réactiver les déceptions que cette nomination avait provoquées dans les coeurs de certains Congolais, même au sein du Mcddi, nous reprenons ce texte non pas pour relancer le débat sur les choix de 1997, mais pour, nous l’espérons, être lu, cette fois-ci, par M. Bernard Kolélas.

    “ Le soleil est parti à Mpemba ", titre du deuxième roman de l’écrivain congolais, Sylvain Bemba, Présence Africaine, 1982, et qui s’est inspiré de la cosmogonie kongo, peut, aujourd’hui, être employé pour peindre le désespoir de ces milliers d’enfants congolais devenus orphelins à cause de la guerre civile de Brazzaville. De ces milliers de femmes devenues veuves ou qui ont perdu leurs enfants. De ces milliers d’hommes qui vivent un chômage forcé parce que leurs entreprises ont été pillées. De ces milliers d’employés abandonnés par leurs chefs et qui sont sans ressources salariales. De ces milliers de familles qui dorment à la belle étoile parce que leurs maisons ont été détruites. De ces milliers de jeunes débrouillards qui ont vu leurs petits matériels pillés; de ces milliers de jeunes diplômés sans emploi qui n’ont plus le choix entre rester au pays et aller à l’étranger. De ces jeunes militants des partis politiques qui n’ont plus de repères parce que déçus par leurs leaders. De tous ces Congolais qui ne croient plus en la démocratie, l’avenir, l’unité et le développement du pays parce qu’ils pensent que tout est perdu et plus rien ne sera à leur faveur. La médiation de Libreville, sur laquelle beaucoup de Congolais ont fondé leur espoir, a accouché d’une souris. Des incertitudes planent, et personnes ne peut dire à quand le retour de la paix véritable. Le soleil est parti à Mpemba. . Mpemba étant “ le royaume des morts d’où l’astre du jour ressuciterait le lendemain ”

    Le soleil symbole de la vie

    Le Congo est un pays de soleil. La position et les vertus de cet astre constituent une matière pour les créateurs. Tantôt, il est personnifié pour être plus proche des homes: “ O ma tendre mère, parle-moi toujours en notre langue secrète, conte-moi la légende de ma Ngonda, la lune, et de ta Ntangou, le soleil ”, Martial Sinda dans Pour ma mère. Tantôt, il participe, avec d’autres créatures, à la beauté de l’univers et de la vie: “ Et, le souffle de la brise sans le soleil naissant ”, Jean-Pierre Makouta-Mboukou, dans L’Ame bleue. D’autres, cependant, le prennent pour le symbole de la combativité : “ Quand le soleil debout nous dit toute sa clarté, au village, on bat le tambour de la liberté ”, Jean-Baptiste Tati Loutard, dans Liberté. Il exprime aussi le chant de l’amour et de la révolution, comme chez Maxime Ndebeka, dans Soleils neufs, et dans La Congolaise, notre hymne national. “ En ce jour, le soleil se lève, Et, notre cher Congo resplendit ”.

    La mort du soleil entraîne la mort de la vie

    Le soleil est parti à Mpemba où il va mourir, laissant derrière lui de nombreuses incertitudes et de gros points d’interrogations sur la vie. Les enfants demandent à leurs parents à quand la fin de la guerre. Ils sont fatigués de passer les nuits à la belle étoile. Les écoliers veulent savoir à quand la prochaine rentrée scolaire. Ils sont inquièts de leur avenir. Toutefois, Sylvain Bemba ne prend pas les choses du mauvais côté. Mpemba étant “ le royaume des morts d’où l’astre du jour ressuciterait le lendemain ”. Il invite à l’optimisme: “ Aussi à l’image du soleil qui, chaque soir, s’en va à Mpemba, le royaume des morts, pour ressusciter le lendemain, le destin des hommes est de recommencer de générations en générations, de pères en fils.

    Il faut, cependant, des symboles qui redonnent l’espérance pour qu’on n’assiste pas toujours à la dégringolade des valeurs de notre pays, le Congo. Mgr Ernest Kombo, évêque d’Owando (région de la Cuvette), dans une lettre ouverte aux notables du Congo, définit et classifie ces symboles pour sauver la Nation congolaise : “ Le symbole le plus connu de nous tous, c’est le drapeau. Nulle part, au monde, on ne peut accepter qu’un drapeau national soit piétiné, parce qu’il représente la Nation et tous les citoyens s’y identifient et le respectent. Et, si le Congo est une Nation, il doit avoir son drapeau qui incarne, symbolise, représente, matérialise les valeurs communes. Aussi, les leaders politiques ont-ils montré, à travers les deux guerres qu’à connues le Congo en cinq ans, leur incompétence pour conduire le peuple. Les aînés et notables doivent s’affirmer en tant que valeurs et faire la fierté des jeunes. Vous-mêmes êtes l’une des valeurs reconnues sous le vocable d’anciens, d’aînés, de notables. Cette même valeur se retrouve dans la vie moderne où l’ancienneté à une charge ou à un grade, confère une connotation supérieure. Quant à nous, jeunes et moins jeunes, nous sommes fiers de vous avoir parmi les valeurs, symboles à préserver de notre Nation. Quelle sécurité morale, spirituelle et psychologique d’évoluer à l’ombre des aînés ! ” La Semaine Africaine n° 2131.

    Malheureusement, cet article plein de métaphore est passé presque inaperçu, alors que nous l’avons publié quelques jours seulement après la nomination de Bernard Kolélas, president du Mcddi dont le symbole est le soleil levant, et Médiateur National pendant la guerre de 1997, au poste de Premier ministre, et que nous avons tenté d’attiter son attention et ressortir les conséquences du choix qu’il venait de faire. Comme tant d’autres messages des Congolais qui comptaient sur le leader du Mcddi pour arrêter la guerre, “Le soleil est parti à Mpemba”, Et, une longue nuit s’est abatue sur le Congo. Aujourd’hui, personne ne sait quand l’aube renaîtra sur ces horizons bleuâtres du Congo qui résument la beauté de toute la création. Quand est-ce le soleil, le vrai, réapparaîtra au-dessus de ces arbres très chevelus qui n’avaient plus peur de la pluie et du vent parce que bien scellés sur la terre ?

    Quand-est-ce que le sourire se dessinera encore sur les visages attristés des ces pêcheurs qui, à la place des silures, ramènent au village, des cadavres que les miliciens des partis politiques ont jetés dans le fleuve ? Quand-est-ce la paix reviendra dans les coeurs meurtris de ces cultivateurs qui ne savent plus où piocher parce que leurs champs ont été transformés en cimetières ? Le soleil est parti à Mpemba où il a rejoint ces milliers et milliers de Congolais qui ont accepté de laver leur pays avec leur sang pour que leurs fils, petit-fils et arrière-petits-fils aient la paix durable. “ Le soleil est parti à Mpemba ”, c’est peut-être là qu’il retrouvera toute sa clarté et toute sa vigueur ? Dans Congo-Brazza, une nation et un peuple tués par ses politiciens, Editions des Ecrivains (2003), pp106-107.

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    Humour

    Par Serge Armand Zanzala


    Au Congo, la monnaie se rend de la même façon dans la politique et le commerce !

    S’expliquant, dans une interview à Jeune Afrique sur les démêlées qu’il avait eues, en 1997, avec son ancien allié politique, Denis Sassou-Nguesso, Bernard Kolélas déclarait entre autres: “ Qui a tendu la main à Sassou-Nguesso et au Pct lorsqu’ils ont rompu leur alliance avec le pouvoir, en 1993? Qui les a évités que le Pct disparaisse? Nous !

    Aujourd’hui ou demain, ces mêmes paroles pourront être reprises par Sassou-Nguesso ou les dignitaires de son pouvoir. Parce que ce sont eux, diront-ils, qui ont évité que Kolélas disparaisse complètement ou qu’il vive dans “ l’anonymat ” comme l’aurait flanqué Pascal Lissouba à un de ses anciens proches collaborateurs, venu lui rendre visite à Londres : “ Vous m’avez trompé ! Et, voici que je vis dans l’anonymat ”. Ils s’entretuent et se redonnent la vie le lendemain quoi !

    En 1997, alors qu’il était président de la République, Pascal Lissouba avait fermé les frontières du Congo à Denis Sassou-Nguesso. Ce dernier qui était en exil de 17 mois en France a connu des difficultés pour rentrer au bercail. Cependant, grâce à l’intervention de certaines grandes personnalités politiques et administratives internationales, on cite évidemment son ami Jacques Chirac, et le directeur de l’Unesco, Federico Mayor, l’ancien président sud-africain, Nelson Mandela, surtout compte tenu du Forum pour la Culture de Paix qui devrait être organisé à Brazzaville, Lissouba avait enfin fléchi pour permettre Sassou-Nguesso de renter au pays.

    Comme quoi, au Congo, la monnaie se rend de la même façon dans la politique et le commerce, et que la vie, c’est vraiment une roue qui tourne !

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