« Nous sommes là pour embêter le monde. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s'en chargent. » Horacio Verbitzky, journaliste argentin.
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André Milongo : témoignages
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Jeudi 2 août 2007
Suite au décès d'André Milongo, publiés par notre confrère " La Semaine Africaine " les témoignages de Mgr Kombo et des anciens ministres Anaclet Tsomambet, Jean Félix Demba-Ntelo, Philomène Fouty-Soungou.
Mgr Ernest Kombo, ancien président du Conseil supérieur de la République
« Appelons-le l’homme de la transition mais aussi l’homme de la rupture »
Ayant dirigé les assises historiques de la Conférence nationale souveraine, de février à juin 1991, au cours desquelles André Milongo Nsatouabantou fut élu premier ministre, chef du gouvernement et chef suprême des armées, pendant la transition de 14 mois, instaurée par cette conférence, Mgr Ernest Kombo, ancien président du C.s.r (Conseil supérieur de la République), le parlement de transition (juin 1991-août 1992), se consacre, depuis, à ses fonctions de prélat catholique en tant qu’évêque d’Owando, diocèse qui regroupe les départements des Plateaux, de la Cuvette et de la Cuvette-Ouest. Nous l’avons approché, pour recueillir ses sentiments, après la disparition de l’ancien premier ministre congolais. Dans la sagesse et la franchise qui le caractérisent, l’évêque d’Owando rend un grand hommage à l’homme avec qui il a dirigé une transition houleuse, mais qui s’est terminée en douceur, avec l’élection démocratique, de nouvelles institutions républicaines, et il émet le vœu de voir André Milongo Nsatouabantou être honoré par la nation toute entière, pour l’exemple de dirigeant politique qu’il laisse. Nous reproduisons, ci-après, ses propos.
**Je pense qu’on peut dire, avec tous les Africains, qu’un vieux qui meurt, est une bibliothèque qui brûle. En tant que chrétien, ce vieux est un témoin authentique, en tant que fonctionnaire et homme politique, c’est un repère pour notre pays. En tant que gestionnaire de la transition, puisqu’il en était le premier ministre, c’est aussi un repère.
Alors, s’il y avait des souvenirs à rappeler à la mémoire de nous tous, et surtout de la jeunesse, c’est ceux du premier ministre de la transition qu’il a été. Nous étions sortis, à peine, du monopartisme. Lui, en tant que premier ministre et moi, président du conseil supérieur de la transition, nous avons géré une tempête. Si nous avons pu géré cette transition et la terminer en douceur, c’est grâce à des personnalités de paix comme André Milongo Nsatouabantou.
Appelons-le l’homme de la transition, mais aussi, l’homme de la rupture. Pour nous tous, il est un repère. L’homme de la rupture, cela veut dire que par rapport aux égoïsmes naturels, c’est un homme dévoué qui, à la retraite à laquelle il avait un droit absolu, ne s’est pas reposé. Il s’est mis à la politique, pour servir son pays.
L’homme de la rupture, ça devait aussi être l’occasion de rappeler à nos compatriotes, en général, et à ceux du Pool, en particulier, qu’à l’âge où il est parti, ce n’est pas le lieu de raconter des histoires d’empoisonnement, de sorcellerie, etc. Il faut, quand même, admettre que même si on est une grande personnalité, on peut aussi mourir de maladie, de microbe ou de vieillesse. Je pense que s’il faut parler de poison, l’empoisonnement d’une vie honnête, ce sont ces pratiques auxquelles lui ne pouvait pas s’accommoder. Voilà le vrai poison, il ne faut pas chercher ailleurs. Donc, il faut donner à la personnalité historique qu’il est, selon nos traditions, à la manière bakongo, un matanga, un dizi (1), digne de lui. Selon nos coutumes, je pense qu’il est parmi l’un de nos aînés, l’un de nos ancêtres, cela doit se faire sentir même dans la manière d’être enterré. Pour nous Congolais, la période où il nous quitte est même prophétique. Alors, au lieu de passer le temps à nous injurier, regardons l’exemple qu’il nous laisse.
Nos dirigeants politiques, comme Jean-Félix Tchicaya, Jacques Opango, Fulbert Youlou, Alphonse Massamba-Débat, Alfred Raoul, etc, ne devraient pas être confisqués familialement. Ils sont devenus les «Biiba», les mânes de la nation. J’entends dire que Milongo sera enterré familialement. A mon avis, les grands hommes ne meurent pas, comme disent les poètes. Il faut leur donner des lieux de vénération publique, car, ils sont les «Biibas» de la nation toute entière. Ils n’appartiennent plus à leurs familles. Après qu’on ait ramené les restes mortels de De Brazza, à Brazzaville, je constate que culturellement, nous ne nous laissons pas interpeller.
Alors, l’homme de la transition, donc l’homme de la rupture, je pense que c’est ça que nous devons retenir de Milongo, a une dimension nationale qui fait qu’il doit recevoir la vénération de toute la nation. Je reviens du Ghana, Nkrumah, le père de l’indépendance de ce pays, a été exilé. Il est mort à l’étranger. Mais, à un moment donné, les militaires au pouvoir se sont ressaisis. On a fait venir son corps et il y a un grand mémorial Nkwamé Nkrumah, à Accra, qui raconte l’histoire du pays. Pourquoi un Youlou, un Opango, un Tchicaya, un Masssamba-Débat, un Milongo seraient-ils confisqués par la famille ? Des gens qui ont géré le pays comme un sacerdoce, il faut le dire !
Si le peuple a eu soif de récupérer Milongo, pour ainsi dire, pour l’obliger, à sa retraite, de faire la politique, c’est qu’on voyait en lui, quelqu’un d’honnête. Et justement, dans cette loyauté de servir la nation, il n’était pas question, pendant la transition, de tricher. L’idée ne pouvait même pas nous arriver. Les premières indemnités que nous avons reçues, pendant la Transition, j’ai demandé qu’elles soient versées au C.h.u, pour l’achat des bouteilles d’oxygène. Une fois la Transition terminée, nous avions laissé tous les véhicules. La première action de ceux qui nous ont suivis, c’était de s’en emparer et de ne même pas nous payer les indemnités auxquelles nous avions droit.
Aux dernières élections législatives, André Milongo est sorti quatrième dans sa circonscription. Comment peut-on expliquer cela devant l’histoire ? Ça veut dire que le peuple n’a pas de mémoire, ça veut dire que celui qui a sacrifié sa retraite à la politique, après quelques ennuis de santé, une petite région le renie, ça veut dire quoi, devant l’histoire? Comment vous allez expliquer que celui sur qui la nation a compté, pour ne pas sombrer dans la violence, en 1991, sort quatrième, chez lui ? Vous comprenez qu’il y a quelque chose qui ne marche pas. L’homme de la rupture, qui a voulu que la politique soit un champ d’apostolat, un politicien artisan de paix, comment a-t-on contraint une population à oublier l’histoire et à le placer en quatrième position, dans une élection locale? Ancien premier ministre, ancien président de l’assemblée nationale et puis en quatrième position, mais devant qui il est quatrième? Vous voyez qu’il y a un monde où on a peur de vivre et même de parler. Ça fait honte, ça fait mal et pour la jeunesse, et pour la nation, et pour mon département.
Permettez-moi de donner un exemple, je suis évêque d’Owando. A Boundji, il s’est passé aussi des élections législatives, dans les règles de l’art. Celui qui a été élu au premier tour n’a pas eu le temps de faire la campagne, à cause de la maladie. Nous sommes dans la même nation. Ça veut dire qu’il y a un peuple en déperdition. J’ai peur que la mort de Milongo soit comme le coup final ou le coup d’envoi de notre déperdition.
* Monseigneur, si vous aviez à dire un message de paix, à ce peuple, quel serait ce message ?
** Il faut, tout simplement, dire à tous les politiciens que, comme Milongo, on peut faire de la politique un champ d’apostolat, un domaine où le bien commun soit le critère principal, où tout se fait par rapport au bien commun. Etre politicien est une noble vocation, mais, c’est pour l’harmonie de la société, c’est pour le progrès de la société. Le premier ministre qu’il était, il a servi son pays avec loyauté, honnêteté et transparence. Si nous devons avoir des repères comme lui, je ne sais pas si au trésor on a l’habitude de mettre les effigies des anciens, mais devant sa figure, ce sont ces valeurs qui transparaissent.
Propos recueillis par
Joachim MBANZA
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Réaction du professeur Anaclet Tsomambet, ancien ministre du gouvernement de transition, au décès de l’ancien premier ministre André Milongo
J’ai appris, avec beaucoup d’émotion et de consternation, la disparition du premier ministre
André Milongo qui m’a fait l’honneur de faire partie de son premier gouvernement de transition (parce qu’il y en a eu deux ou trois) qu’il a dirigé au sortir de la Conférence nationale souveraine, après sa brillante élection au poste de premier ministre. Cette élection constituait un événement de grande portée historique. J’ai siégé dans ce gouvernement, au titre de mon parti, le R.d.d, et j’occupais le portefeuille de l’enseignement primaire et secondaire.
J’ai gardé des souvenirs merveilleux pour cet homme. Il n’avait pas l’habitude d’interférer, urbi et orbi, ni dans les nominations des responsables administratifs du ministère, ni dans la gestion quotidienne de celui-ci. Compte tenu de cette liberté d’action dont jouissaient les membres du gouvernement, j’avais été amené à déclarer, publiquement, à mes collaborateurs, que s’il m’arrivait d’échouer, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.
Le président Milongo était un modèle de probité morale et de gestion orthodoxe du bien public, qualités qu’il s’est forgées, sans doute, à partir de son éducation chrétienne, mais aussi grâce à son brillant parcours professionnel au sein de la Banque mondiale. Il n’avait pas hésité de suspendre le trésorier-payeur général de l’époque, lorsque ce dernier avait autorisé des décaissements sur la ligne des crédits de la présidence jusqu’à épuisement des fonds, alors que nous n’étions qu’au terme du premier semestre. Le président Milongo n’avait pas, encore, une grande expérience de la vie politique, quand il est arrivé aux affaires. Sa modestie et son humilité ont constitué des atouts puissants qui lui ont permis de se rapprocher de certains anciens hauts responsables de ce pays, pour prendre conseil. A ce sujet, je l’ai aperçu plusieurs fois au domicile du général Yhombi-Opango, pour des concertations sur de grands dossiers de la nation, surtout à cette période où l’équilibre du pays était fragile. Cette absence de passé politique a constitué, à coup sûr, un handicap, au début de son mandat, notamment dans la gestion du gouvernement, plus particulièrement dans la direction des débats lors des conseils des ministres. Nous commencions souvent les conseils des ministres, vers 9h00, pour terminer à 20h00, tout simplement, parce que les membres du gouvernement, pour la plupart, faisaient leur première expérience gouvernementale. Ils se comportaient comme si on était, encore, à la Conférence nationale souveraine, avec des envolées oratoires, pendant plusieurs minutes, alors qu’un conseil des ministres ne fonctionne pas du tout comme cela.
Devant une telle difficulté, j’avais suggéré au ministre des finances, M. Edouard Ebouka-Babackas, qui était numéro deux du gouvernement, dans l’ordre des préséances, d’aider le premier ministre, en lui proposant des synthèses des débats, chaque fois qu’il estimera le débat suffisamment mûr. Et c’est comme cela que nous avions surmonté cette difficulté, jusqu’au moment où le premier ministre, lui-même, a pris les choses en main.
Enfin, Milongo était un homme de cœur. Il ne comprenait pas pourquoi on pouvait s’entretuer pour la politique, alors que nous sommes des frères et des soeurs; chacun a besoin de l’autre, pour construire ce pays. II ne comprenait pas toujours comment quelqu’un pouvait détourner des milliards, alors qu’à cent mètres de chez lui, les gens manquent même le strict minimum. Il détestait l’incompétence, il méprisait le vol et l’enrichissement illicite, il condamnait la violence politique et prêchait toujours la modération. Je souhaite que toutes ces idées constituent un héritage précieux pour le peuple congolais tout entier et servent d’exemples aux générations présentes et futures.
Professeur Anaclet Tsomambet
Ancien Ministre du
Gouvernement de Transition
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Hommage à André Milongo Nsatouabantou !
Jean - Félix Demba-Ntélo, président du Mouvement Action 2000 Plus
Ancien ministre du gouvernement de transition de 1991-1992, c’est avec beaucoup de consternation et de compassion que j’ai appris le décès de Monsieur André Milongo Nsatouabantou le 23 juillet 2007. Après une brillante carrière dans les milieux financiers nationaux et internationaux, André Milongo qui est arrivé à la politique par sa brillante élection par la Conférence nationale souveraine (C.n.s) de 1991, comme premier ministre, chef du gouvernement, chef suprême des armées, a consacré toutes ses forces dans la lutte pacifique pour le triomphe, au Congo, de la démocratie et du pluralisme.
Alors que sa santé montrait déjà des signes de faiblesse, André Milongo a livré, malheureusement en vain, sa dernière bataille politique pour la démocratie, en présidant le front des forces ayant exigé la mise en place d’une commission nationale indépendante chargée de l’organisation de tout le processus électoral.
Dans tous les combats politiques que nous avons menés ensemble, tant au niveau du gouvernement qu’au sein des coalitions politiques, je garde de l’illustre disparu l’image d’un homme de cœur, de dialogue, chantre de la paix et de la non violence, véritable force tranquille par son calme apparent face aux événements.
En 1992, dans un contexte politique dont les enjeux électoraux pour la conquête du pouvoir dresse contre lui un environnement hostile où s’entremêlent conspirations de toutes sortes et tentative de coup d’Etat militaire, André Milongo est demeuré imperturbable, son souci majeur étant la sauvegarde de l’intérêt général dont il était le garant, pour cette période fixée par la C.n.s.
En guise de témoignage, au cours d’une réunion extraordinaire du gouvernement qui affrontait sa nième crise de déstabilisation, après la tentative de coup d’Etat du 12 janvier 1992, tous les ministres solidaires avaient exigé une riposte vigoureuse contre la décision du Conseil supérieur d’imposer au premier ministre un nouveau gouvernement de dix membres, André Milongo toujours serein et seul contre tous a conclu la réunion en ces termes: « J’ai été élu pour accomplir une mission historique pour notre peuple, celui d’organiser des élections libres, démocratiques et équitables, afin de doter notre pays de nouvelles institutions; je vous ai choisis pour m’accompagner dans cette noble mission, parce que je connais vos compétences et votre engagement pour le changement. Malheureusement, je suis persuadé que si je n’accepte pas les conditions qui me sont imposées présentement, non seulement les élections n’auront pas lieu, mais pire le sang va couler. En aucun cas, je ne prendrai une telle responsabilité, tant que je serai à la tête du gouvernement de notre pays. C’est le cœur serré que je me vois obligé de me séparer de certains d’entre vous à qui je rend hommage; nous avons un pays à sauvegarder dans la paix ».
La suite, on la connaît, le C.s.r a imposé à André Milongo un nouveau gouvernement de dix ministres, qui a préparé les élections gagnées par la coalition U.pa.d.s/P.c.t avec l’élection de Pascal Lissouba à la présidence de la République.
De sa brève incursion de 16 ans sur la scène politique, le peuple congolais et les générations futures retiendront qu’André Milongo est le seul premier ministre, chef du gouvernement qui, en 47 ans d’indépendance, a réussi, sans trouble, ni violence, ni contestations, l’organisation de tout un processus électoral crédible dans la paix, la sécurité et la concorde nationale. Depuis cette réussite inédite dans l’histoire de notre pays, le peuple congolais connaît la suite, faite d’une décennie de guerres civiles récurrentes, d’une succession de parodies d’élections, en l’absence de consensus politique au sein d’une classe politique déchirée, hantée par les démons de la division, des haines et rancoeurs accumulées et surtout du vagabondage politique et du militantisme alimentaire.
Au-delà de son parti, l’U.d.r-Mwinda, j’espère que tous les démocrates congolais méditeront sur l’œuvre accomplie par l’illustre disparu, au service du Congo.
Mes condoléances les plus profondes à Madame Laurentine Milongo, aux enfants et à toute la famille Milongo.
Adieu, Monsieur le premier ministre. Que votre âme repose dans la paix du Seigneur !
Brazzaville, le 23 juillet 2007
Jean Félix DEMBA-NTELO
Ancien Ministre des Travaux Publics, de la Construction et
de l’Urbanisme du Gouvernement de Transition de 1991 à 1992
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« André Milongo Nsatouabantou est, pour moi, un exemple à suivre »
Philomène Fouty-Soungou, première secrétaire du sénat
Unique femme dans le gouvernement de transition 91-92, Philomène Fouty-Soungou, est, actuellement, première secrétaire du sénat. Dans l’interview ci-après, elle apporte son témoignage sur l’ancien premier ministre André Milongo, décédé le 23 juillet 2007, en France. Mme Fouty-Soungou fait un témoignage éloquent sur la personnalité de l’ancien premier ministre, en mettant l’accent sur son sens de l’écoute et l’esprit de groupe. Il est, selon elle, « un exemple à suivre ».
* Vénérable, vous étiez l’unique femme dans le gouvernement Milongo, en 91-92, après sa disparition, quel témoignage vous pouvez porter sur lui ?
** Monsieur le journaliste, merci pour l’occasion que vous m’offrez de porter un témoignage sur Monsieur André Milongo
Nsatouabantou, premier ministre de la transition post Conférence nationale souveraine, président de l’assemblée nationale de la législature 92-97, membre du Conseil national de transition et député de l’U.d.r-Mwinda, le parti politique qu’il a créé et dont il a présidé le groupe parlementaire à l’assemblée nationale de la législature finissante 2002-2007. C’est avec beaucoup de tristesse et le cœur serré que je parle de cet homme qui vient de nous quitter, hélas trop tôt, à mon avis. C’est par devoir, aussi, pour une personne comme moi qui ai travaillé avec lui, que je porte ce témoignage. Ceci pour les besoins de l’histoire.
J’ai travaillé avec Monsieur André Milongo, dans le gouvernement de transition, de 1991 à 1992. Il m’a nommée d’abord ministre des affaires sociales, puis ministre de la santé et des affaires sociales de son gouvernement où j’ai été l’unique femme et dans lequel je m’occupais, parfois des dossiers concernant la question de la femme. A ce titre, j’ai beaucoup travaillé avec lui et j’avoue avoir bénéficié d’une attention particulière. A ses côtés, j’ai beaucoup appris et je le remercie très sincèrement.
* Vous avez donc travaillé avec M. Milongo, qu’est-ce qui vous a frappé en cette personnalité ?
** Monsieur André Milongo Tsatouabantou avait beaucoup de qualités qu’il est difficile d’énumérer en quelques lignes. D’abord, il avait beaucoup de charisme et je pense que les participants à la Conférence nationale souveraine avaient, déjà, remarqué cela pour l’avoir élu, à l’unanimité premier ministre de transition. Ensuite, il faut avoir beaucoup de qualités pour conduire, comme il l’a fait, la période de transition qui a suivi la Conférence nationale souveraine. Je pense que tout le monde se souvient de la tension qu’a connue le pays pendant cette période; les difficultés économiques et surtout les enjeux électoraux qui ont, non seulement engendré une joute oratoire sans précédent dans le pays, mais aussi mis la nation au bord de la guerre. Il a géré tout cela avec dextérité, en faisant preuve de beaucoup de sagesse. Il s’appuyait, toujours, sur son gouvernement dont il écoutait beaucoup les membres, avant de se prononcer sur un dossier. Il était, aussi, à l’écoute de la société, avec beaucoup de coeur: tout le monde se souvient de la crise qui a régné au sein des Forces armées congolaises, vers la fin de cette transition, de la grève des vacataires de l’Université Marien Ngouabi... Il a, finalement, jugulé toutes ces crises, en travaillant avec le Conseil supérieur de la République.
* Ce parlement de transition était très exigeant à son égard, comment a-t-il pu s’en sortir ?
** Je vous assure qu’au sein de cet organe législatif de la transition se développaient de multiples intérêts partisans qui rendaient délicates les relations de cette assemblée avec les autres institutions. A ce niveau aussi, Monsieur le premier ministre a fait preuve de beaucoup de sagesse. Pour André Milongo Nsatouabantou, la question de la géopolitique dans l’utilisation des cadres était essentielle pour la gestion de l’Etat. La géopolitique, pour un pays comme le nôtre, disait-il, au moment de nommer des cadres dans l’administration, joue beaucoup dans l’apaisement du climat politique. Par ailleurs, pour lui, le passé devait être un guide pour l’action car, disait-il, les erreurs de ce passé qui nous ont conduit à la Conférence nationale souveraine devaient être mises à profit, pour corriger le futur, pour le plus grand bien de la population et du pays tout entier.
* Vous avez rencontré Monsieur Milongo, au parlement de transition mis en place après la guerre de 1997 !
** Au Conseil national de transition où j’ai assumé les fonctions de deuxième secrétaire, Monsieur André Milongo s’est montré très disponible pour le bureau et pour ses collègues de l’institution. On a souvent eu recours à lui et à son expérience, pour certains dossiers. Pendant la législature 2002-2007 où il été président du groupe parlementaire U.d.r-Mwinda, groupe parlementaire de l’opposition, tout le monde a dû remarquer, comme moi, la modération de son discours d’opposant. Je pense que l’on peut dire qu’il a fait une opposition constructive. En somme, comme on peut le constater, ce qui a caractérisé Monsieur André Milongo, en tant que homme et responsable politique, c’est, entre autres, la grande capacité de travail, l’abnégation, la modestie, la disponibilité et la sagesse incarnée par l’esprit d’écoute, l’esprit de groupe, la modération. C’est donc, pour moi, un exemple à suivre. Que son âme repose en paix !
Propos recueillis par
Pascal Azad DOKO
© La Semaine Africaine.
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