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    Le Congo en quête d’image touristique


    Mardi 28 février, 8h00



    Par Gédéon Samba

    Depuis le début des années 2000, le Congo-Brazzaville n’a de cesse de multiplier les événements culturels, historiques ou touristiques, susceptibles de redorer son image ternie par les affrontements fratricides qui l’ont marqué dans les années quatre vingt dix. Il y a le désormais traditionnel Fespam (festival panafricain de la musique), mais entre temps, il y a eu également, la Route de l’équateur (une régate), et le retour des cendres de l’explorateur De Brazza, dans la capitale congolaise qui porte son nom.

    En dépit de cette multiplicité d’initiatives, ce pays qui dispose de nombreux sites touristiques qui, s’ils sont valorisés, devraient attirer de nombreux touristes, peine encore à donner un véritable essor à ce secteur économique. Le ministre congolais en charge de la culture et du tourisme, M. Ngakosso, déplorait lui-même récemment, la difficulté qu’éprouvait le tourisme congolais à prendre forme, à devenir un secteur économique à part entière. Le principal obstacle selon ses propos, provient du fait qu’il n’existe pas de route asphaltée, une voie rapide en somme, reliant Pointe-Noire, la ville portuaire à Brazzaville, la capitale. Ce tronçon, dont il ne faut guère attendre la réalisation avant une dizaine d’années au mieux, devrait en effet permettre de relier par voie terrestre les grandes villes congolaises, et à terme, doter le réseau routier congolais d’une certaine cohérence. En attendant, il est donc préférable d’explorer d’autres pistes de réflexion. Pour mieux appréhender cette question, il convient peut être de s’interroger d’abord sur l’identité congolaise et sa capacité de séduction.

    Que recherchent les touristes en choisissant une destination comme le Congo ?


    Un panorama de paysages variés, de cours d’eaux impressionnants, une faune foisonnante dans des forêts sempervirentes, mais aussi une diversité d’activités autour de sa population, son histoire, ses traditions, son folklore, ses villes, ses villages et ses campagnes. En somme, l’exotisme et le dépaysement, à l’instar de cet envoûtement que décrit Gide dans son ouvrage intitulé « Voyage au Congo ». L’élément déterminant reste cependant la qualité des infrastructures et l’accueil réservés à cette clientèle ô combien exigeante qui en veut pour son argent. C’est ici qu’intervient le facteur humain.

    Car l’activité touristique relève avant tout d’un rapport à l’altérité, une relation à l’autre, notre semblable. Le problème peut se résumer ainsi : comment pouvons nous prétendre accueillir l’autre, ce touriste étranger, dans des conditions décentes et satisfaisantes si nous ne sommes pas en mesure d’accueillir les touristes congolais chez eux, c'est-à-dire à l’intérieur de leur propre pays ? Si nous souhaitons à terme accueillir les touristes étrangers, commençons par organiser un tourisme inter congolais, à l’intérieur de notre propre territoire : un tourisme conçu par des congolais pour les congolais. Ce serait le premier palier du développement de notre industrie touristique. En développant au sein de notre communauté la culture de l’accueil, de l’hospitalité – fussent-ils monnayés- et les comportements qu’ils induisent, nous serons mieux préparés et outillés pour accueillir les touristes étrangers pourvoyeurs de devises, en provenance des pays développés. Au demeurant, les échanges touristiques entre congolais favorisent le brassage de la population, la communication et la cohésion sociales.

    Un tel projet nécessite une redéfinition territoriale et administrative du tourisme congolais, qui impliquerait toute la communauté congolaise. Pour y parvenir, l’ensemble des collectivités urbaines et rurales doivent être, dans un premier temps, pourvues d’offices de tourisme et de syndicats d’initiatives chargés d’élaborer la mise en place d’activités de loisirs, la création de comités de fêtes locaux, les animations, l’aménagement et le gestion de terroirs touristiques. Il faudra ensuite soutenir la dynamique associative, et notamment l’éducation populaire en l’incitant à élaborer des projets d’animation touristiques avec les jeunes en particulier, par le biais du travail communautaire par exemple. Les opérateurs économiques s’impliqueraient dès lors, dans la mise en place de lieux d’accueil, de loisirs, de restauration et d’hébergement, fussent-ils modestes dans un premier temps.

    Ce tourisme à la portée des congolais, peut devenir le socle de l’économie locale, entraînant et soutenant dans sa lancée les activités agricoles qui trouveraient des débouchés locaux. Cette économie locale peut attirer et fixer les jeunes notamment, en milieu rural, favorisant ainsi le redéploiement d’une population juvénile concentrée dans les villes où elle subit le désoeuvrement. C’est l’occasion d’insuffler une dynamique à nos campagnes enclavées, tout en permettant à nos citoyens des villes, en quête d’espace et de nature, d’aller souffler un peu à la campagne en découvrant chacun des dix départements du Congo. L’occasion aussi de solliciter les congolais de la diaspora - dont on se demande souvent comment les mettre à contribution – désireux de s’investir dans le développement de leur village ou département d’origine.

    Le second palier, une fois ce tourisme inter congolais initié, sera d’attirer les touristes frontaliers, comme ceux du Congo Kinshasa par exemple. Sauf qu’entre les deux rives, les deux capitales les plus proches du monde, ne sont toujours pas reliées par un pont. Ce qui rend scabreux, voire périlleux le voyage d’une rive à l’autre. Il faudra bien un jour opérer un saut psychologique et se résoudre à jeter un pont sur ce véritable « mur » liquide qui sépare Brazzaville et Kinshasa, deux métropoles pourtant jumelées depuis une vingtaine d’années.

    Enfin, pour attirer les touristes des pays développés et du monde entier, le Congo, en plus des campagnes médiatiques qu’elle mène déjà, devra se doter à terme d’outils de communication plus affinés, tel un portail Internet dédié spécifiquement à l’expansion de son tourisme, la vente clés en main de produits ciblés, la création d’un salon congolais du tourisme, ou l’organisation dans les pays tiers de journées promotionnelles.

    Cependant, ce dont souffre le plus l’image du Congo, c’est le conflit larvé qui persiste dans le département du Pool ; la persistance de cette crise politique et humanitaire lui confère une image d’instabilité et le classe au niveau mondial parmi les destinations à risque. Le tourisme congolais en quête d’image, la nation congolaise dans sa globalité ne peuvent faire l’économie d’une solution humaine, définitive et durable de cette crise qui perdure. Et le temps presse pour les populations de ce département désormais livrées à elles même, sans assistance humanitaire.

    Accueillir les touristes, pourquoi, avant de dire comment, tel pourrait être la question. A la première question, chacun conviendra que l’hospitalité, est une attitude qui part d’un sentiment profondément humain, qui nécessite des efforts sur soi même. C’est une habitude culturelle et sociale fondée sur des valeurs humaines et altruistes. Même appliquée au secteur marchand, cette habitude doit être fondée sur des valeurs universelles, mais aussi sur une éthique congolaise, fondée sur la culture Bantou dont nous relevons. C’est pourquoi nous ne saurions réserver les loisirs touristiques aux seuls étrangers pourvus de devises. Les congolaises et les congolais devraient en bénéficier réciproquement, et en priorité. Pour prendre une image, il n’est pas possible dans une même file d’attente, de sourire au touriste « friqué » et montrer du mépris au compatriote congolais démuni. Développer le tourisme inter congolais offre également l’avantage de compenser l’irrégularité des flux touristiques saisonniers : pendant les basses saisons, les touristes congolais pourraient compenser le déficit en visiteurs étrangers.

    En définitive, c’est d’une image apaisée, réconciliée, d’un Congo capable de surmonter ses contradictions, ses conflits, aux villes et campagnes bénéficiant d’un environnement assaini, aux habitants souriants et accueillants, heureux de recevoir et d’être reçus partout dans leur pays, dont le Congo pourra se prévaloir pour afficher et développer son tourisme. Un modèle social qui lui permettra d’accroître son potentiel attractif aux yeux des tours opérators étrangers.

    Gédéon Samba

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