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Procès du beach : assassinat de la mémoire
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Vendredi 19 août, 6h10
« Mwinda » a reçu de nombreuses réactions d’indignation et de révolte de lecteurs suite au verdict du procès bidon du Beach. En voici une, représentative du sentiment quasi général qu’éprouvent beaucoup de congolais.
Point de vue
Une fois de plus le Congo vient de fournir à l’opinion internationale l’affligeante preuve de l’arbitraire, de la
médiocrité et surtout de l’anarchie caractérisée quant au fonctionnement des institutions dans une République bananière.
Ce à quoi nous venons d’assister est indéniablement une illustration probante de la justice du plus fort : une justice aux
ordres d’un pouvoir cruel pratiquant le terrorisme d’Etat. De tout ceci on retiendra encore le mépris dans lequel les
politiques tiennent le peuple et surtout leur détermination à bafouer ses droits essentiels.
Aucun chef d’inculpation n’a été retenu à l’encontre des 15 prévenus et en conséquence un acquittement a été prononcé à
leur endroit. Cette décision était d’autant plus prévisible que personne ne s’en étonnera. Il ne pouvait en être autrement
de l’issue d’un procès dont l’analogie s’avère troublante avec cette sagesse ancestrale Vili :
luvesa wuyayifundila n’kanu fu nganda susu.
“ Le cancrelat alla plaider sa cause devant une cour de coqs ”
Une justice aux ordres d’un pouvoir cruel pratiquant le terrorisme d’Etat
Au-delà de la métaphore on comprendra qu’à travers ce proverbe il s’agit d’une stigmatisation ou du moins une mise en
exergue de la loi du plus fort. Quant l’innocent subit injustement le rouleau compresseur du puissant. En effet il y a
lieu de reconnaître que le Congo n’était pas l’endroit idéal et approprié pour la tenue d’un procès de cette envergure.
Le scénario de cette parodie de procès était élaboré d’avance et tout a été mis en oeuvre pour que toute la lumière et
toute la vérité ne jaillisse pas. Ceci a lamentablement débouché sur ce que l’on pourrait appeler à juste titre un déni
de justice. Ce qui est aussi aisé de le qualifier d’assassinat de la mémoire. Bien évidemment, c’est le contraire qui
aurait surpris dans la mesure où la volonté affirmée consistait à démontrer que le drame des “ disparus du Beach ” n’était
qu’une affabulation ou du moins une machination propre à discréditer le pouvoir en place. A ce propos, on vient de se
rendre à l’évidence que le tribunal ne s’est jamais départi de l’orientation établie par le chef de l’Etat depuis belle
lurette :
« Nous allons démontrer ici à Brazzaville, au cours d’un procès, qu’il n’y a pas eu de massacres au Beach; que les
disparus sont pour certains d’entre eux vivants; on a retrouvé des disparus, qui sont sur vos listes vivants; y en a
d’autres qui ont trouvé la mort certainement dans la traversée, lorsque quelques Ninjas les pourchassaient à travers les
forêts, dans la longue marche vers le Bas-Zaïre; d’autres sont sortis du Congo; ils sont à l’étranger. Et aujourd’hui j’ai
déjà nommé un
doyen des juges d’instruction. L’instruction est ouverte. Les dossiers sont au parquet. Et bien ! Ce procès là oui, il
aura lieu. Le juge de Meaux parait-il qu’il est furieux parce que j’ai dit à Paris que bon, le petit juge gauchiste de
Meaux, et oui je le redis encore, le " petit juge gauchiste de Meaux " verra qu’un procès sera organisé ici à
Brazzaville. Et qu’il démontrera que la manipulation aura sa fin ».
Tout a été mis en oeuvre pour que toute la lumière et toute la vérité ne jaillise pas
Les dénégations concertées des prévenus, le défaut de preuves matérielles, l’absence de toute instruction digne de foi,
de toute reconstruction et de la kyrielle d’irrégularités observées lors de ce procès … Tout ceci était prévu dans la
trame d’un procès tenu dans “ les règles de l’art ” et dont le dessein ne visait que l’acquittement des présumés coupables
des massacres des réfugiés rentrant de Kinshasa. Et à présent le pouvoir est sauf, libéré du boulet de l’affaire des
“ disparus du Beach ”; laquelle d’ailleurs n’est que l’arbre qui cache la forêt. On ne va être amnésique au point d’oublier
que les professionnels de la politique ont pris en otage un peuple innocent et sans défense et lui ont fait subir des
guerres anachroniques. Donc un jour ou l’autre ils devront tous répondre devant l’histoire du sang des milliers de nos
concitoyens versé.
Quoi qu’on en dise, il ne fait l’ombre d’aucun doute, la tragédie des “ disparus du Beach ” est une machination savamment
ourdie par le pouvoir. On est ici dans le cas de figure d’un massacre planifié et organisé. S’il n’y a pas eu de massacre
au Beach, comment alors expliquer le fait que l’Etat congolais soit condamné à dédommager les ayants droit de chacun des
victimes à hauteur de 10 000 000 de francs CFA ? De tout évidence il y a un paradoxe à relever; car en dépit des
dénégations systématiques et de la mauvaise foi des juges de n’avoir pas diligenté une enquête aux fins de produire des
pièces à conviction, il y a tout de même un grain de sable qui vient enrayer la mécanique. Le serpent se mord la queue ! Il
convient cependant de noter que la non reconnaissance explicite d’un crime n’honore pas le bourreau. Les hommes dignes de
ce nom sont ceux qui ont le courage de leurs convictions et assument leurs actes. On retiendra aussi que la vraie gloire
ne réside que dans les actions nobles. C’est ainsi qu’il y a lieu de faire mention de la déclaration de René Rouquet,
parlementaire français, à ses collègues le 26 mai 1998 :
“ Reconnaître l’existence d’un génocide s’impose à tous, car un tel forfait interpelle l’humanité dans son ensemble. Nier
son existence atteint directement les survivants, insulte la mémoire des victimes et les assassine une seconde fois. Nier
l’existence
d’un génocide banalise l’horreur… Le devoir de mémoire et la lutte contre l’oubli s’impose donc à chacun, aux survivants
de la tragédie comme à ceux qui les côtoient, afin que ces actes barbares ne soient pas ignorés ou niés. On sait
aujourd’hui qu’il est impossible d’entamer un travail de deuil sans que justice soit rendue et que les coupables soient
punis. ”
Une organisation criminelle ou du moins un syndicat du crime; véritable ramassis “ d’hommes de la nuit ” aux agissements des plus crapuleux et nuisibles
Il ne saurait être exagéré d’inférer que le système pernicieux mis en place par les professionnels de la politique
ressemble à une pègre devant laquelle rien ne subsiste : les hommes subissent sa loi ainsi que l’ostracisme et périssent,
les finances publiques sont perpétuellement saignées à blanc tout ceci ponctué de l’ignoble et implacable omerta. Ici on peut entrevoir en filigrane réunis tous les critères d’une organisation criminelle ou du moins un syndicat du
crime; véritable ramassis “ d’hommes de la nuit ” aux agissements des plus crapuleux et nuisibles. Il est donc inutile
d’espérer que des loups se transforment en agneaux, alors qu’ils n’ont jamais cessé de mordre. Non seulement qu’ils ont la
conscience encrassée, souillée par autant de crimes crapuleux, mais faudrait-il encore qu’ils fassent ostentation d’un
cynisme et d’une arrogance en se taillant un procès sur mesure. Et dans tout ceci la partie civile est une fois de plus le
dindon de la farce !
Mon intime conviction est telle que si de simples mortels, imbus de puissance dans ce monde temporel, peuvent se
permettre en toute impunité de commettre des crimes aussi absurdes qu’exécrables, qu’ils ne se fassent pas d’illusion
quant au jugement dernier. C’est ainsi que quand bien même on aura échappé à la justice à géométrie variable des hommes
dans ce bas monde, nul n’échappera à celle implacable de Dieu. Que l’on ne se méprenne pas à ce sujet car: “l’Eternel
rendra à chacun selon sa justice…” C’est ici justement qu’il convient de rappeler à ceux qui n’ont de foi que l’intérêt
bassement matériel et de loi que la violence; ceux notamment qui oppriment, dépouillent l’innocent et l’écrasent que : la
justice divine est foncièrement immanente, donc incorruptible. En somme, il faudra un jour répondre de nos actes ou de nos
lâchetés devant Dieu. “ Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le
bien ou le mal qu’il aura fait. ” 2 corinthiens 5:10
Quand je réalise que la justice est le fondement même d’une nation, alors il sied d’inférer que le Congo vient manquer
une opportunité inespérée d’établir la tranquillité des esprits et la paix des coeurs. A cet effet Martin Luther King ne
déclare-t-il pas que: “ la véritable paix n’est pas forcément une absence de tension; c’est la présence de la justice ? ”
Zing Zong Keb’Nitu
Les intertitres sont de " Mwinda "
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