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    Pierre Boungou-Boungou : " le tribalisme est devenu l'apartheid du Cong

    Dimanche/Lundi 3-4 avril


    Colonel des Forces Armées Congolaises, ancien Chef de guerre et fondateur du Conseil National de la Résistance (CNR) Pierre Boungou-Boungou, (Mokili Mobimba, Paul Mouleri pendant les guerres de 1998-1999), est un maillon important pour la compréhension de l'histoire récente du Congo. Dans cette interview, l'homme qui a porté tous ces pseudonymes fait une lecture critique de la situation politique du Congo.


    Mwinda : Devant vous, mon colonel, on est en présence d'une page de l'histoire du Congo. Pourquoi malgré tout gardez-vous le silence en dépit de l'actualité brûlante de ces derniers jours ?

    P. Boungou-Boungou : Merci monsieur pour l'opportunité que vous m'offrez de m'adresser à vos lecteurs. Je réponds à vos questions parce que j'aime bien le Congo, mon pays. Chrétien, je place notre conversation sous le signe de la paix et de l'amour, car Dieu est paix et amour.

    Il y a un an, j'ai accordé une interview à un journal de Brazzaville et cela a fait délier des langues : certains estiment que j'ai manqué d'être avancé au grade de général à cause de cela, d'autres disent que je n'ai pas observé le silence exigé au militaire. Aux uns et aux autres, je rappelle que dans ce pays, si tu ne fais pas la politique, la politique s'occupe de toi. Par ailleurs, quel statut peut-on accorder à un militaire qui a fait la guerre, a accepté de faire la paix et participe au maintien de cette paix ? Je croyais avoir joué un rôle politique en défendant les populations contre des mercenaires étrangers, non ! Pour expliquer mon silence, je vous renvoie lire la Bible dans Ecclésiaste 1 : 12-17. Je suis tellement étonné par ce qui se passe dans mon pays que j'aime tant !

    Depuis 1999, date de signature des Accords de cessez-le-feu, le Congo est engagé dans un processus irréversible de paix. Pourtant, de temps à autre, quelques coups de feu retentissent. Quel commentaire faites-vous à propos de cette paix que d'aucuns qualifient d'imposée ?

    Référez-vous à la fin de la 2ème guerre mondiale. Officiellement elle s'était arrêtée en mai 1945. Mais, jusqu'en septembre de la même année, les combats se poursuivaient dans certaines zones. D'énormes efforts ont été réalisés pour le cas de notre pays. Les coups de feu dont vous parlez ont des causes diverses : cela peut être dû soit à une opération de police soit encore du fait d'un '' cuitard '' zélé. Le plus souvent ce sont des éléments de la force publique qui sont mis en cause. Ici, je ne peux que déplorer le fait que des jeunes gens aient été recrutés dans les FAC sans convictions et surtout sans formation adéquate pouvant leur inculquer l'éthique militaire.

    Je comprends aussi que vous faites allusion aux incidents des 4-5 mars 2005 à Bacongo et à Makélékélé, mais ça, c'est la conséquence du mauvais règlement des conflits.

    Vous parlez de paix imposée, non, je pense plutôt que la paix doit s'imposer à tous d'autant plus que personne n'en a le monopole. Voyons, qu'entendons-nous par paix ? On pense que la paix, c'est l'absence de guerre, non !

    Aujourd'hui, au Congo, il y a un phénomène qui ôte la paix aux ¾ des congolais, c'est le tribalisme. Il trouble les élèves, les étudiants, les parents, les fonctionnaires, etc. Le tribalisme fait beaucoup de victimes et j'en suis inquiet car plus de la moitié des citoyens souffrent actuellement d'hypertension. Cette maladie se développe plus chez les citoyens de la partie sud du pays qui ont beaucoup de soucis à se faire sur l'emploi, l'obtention des diplômes de leurs enfants, les bourses, les pensions de retraite, etc. A l'opposé, ceux de la partie nord et particulièrement le clan présidentiel peut parler de paix véritable puisque le plein emploi chez eux est garanti, tout comme les bourses d'études, etc. Remarquez que je ne parle pas de l'origine du tribalisme, mais de son développement, alors que tous se vantent, qui d'avoir grandi à Nkayi, à Dolisie, Pointe-Noire ou Kingoué, qui d'autre d'avoir étudié à Mouyondzi ou à Mabombo.

    Hier, on a taxé Youlou, Massamba-Débat ou Lissouba de tribalistes, mais ceux qui les ont remplacés à la tête de ce pays ne font pas mieux, oubliant qu'on ne copie que le bon exemple. Faut-il attendre que les enfants des deuxième ou troisième bureaux de ces cadres, dits du nord, qui sont souvent du sud, viennent dans 10 ou 15 ans enrayer ce phénomène ? En tout cas, le tribalisme est aujourd'hui l'apartheid du Congo. Peut-être faut-il que les frères et sœurs en Christ observent une neuvaine pour que Dieu enraye ce phénomène dans notre pays. C'est un appel que je leur lance.

    Il y a un autre fait qui me met mal à l'aise, c'est celui de la fuite de la main habile. Devant l'accentuation de la crise sociale, plusieurs jeunes sont obligés de s'exiler pour trouver un mieux-être ailleurs. Conséquence : le pays va avoir une carence de cadres dans 5 ou 10 ans. J'ai appris qu'une loi est sur la table des députés pour relever l'âge de la retraite à 60 ans, bravo ! mais notre administration court le risque de manquer de dynamisme avec des citoyens qui seront incapables de gravir les marches des escaliers de leurs lieux de travail. Pire ! on refuse là de donner la chance à d'autres compatriotes dont l'espérance de vie est de 48 ans, de pouvoir véritablement travailler dans la fonction publique.

    Vol d'armes à Bifouiti, arrestations massives dans les rangs des FAC parmi les anciens rebelles, le colonel que vous êtes, êtes-vous inquiet, indifférent ou tout de même sensible à toute cette actualité ?

    Je ne suis ni inquiet ni indifférent puisque ceci touche directement ma profession. Pour ce cas précis, je pense que l'application du règlement militaire s'impose : lorsqu'une arme disparaît, son propriétaire doit aussi disparaître, lorsqu'une cartouche est utilisée sans l'ordre d'un chef, l'intéressé mérite le renvoi de l'armée. Aujourd'hui, le règlement militaire n'est plus respecté. Cette impunité fait que la médiocrité soit érigée en vertu. Quelle sanction est déjà tombée contre ces éléments de la force publique coupables de plusieurs fautes graves ? On voit ici et là des militaires sans ordre de mission ni autorisation de port d'arme se balader les armes à la main et en faisant usage même dans les bars. C'est bien dommage. Toutefois, le cas de Bifouiti mérite une enquête sérieuse.

    Propos recueillis par Paul-Marie Mpouélé

    (pour Mwinda)



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