Réaction à la lettre de Herbert Pongi Massamba Envoyer cette page à un ami :
Retour| Contact| Forum
Journal de l'A.DE.CO.F

Le projet

  • Pour l'alternance
  • Infos du pays

  • Dépêches IZF
  • Dépêches IRIN
  •  

    Partenariat

     
     


       

     Envoyer à un ami: 
    Email du destinataire:
    Votre nom :
    Votre email:

    Réaction à la lettre de Herbert Pongi Massamba

    Mardi 5 juin 2007




    M. Philippe Bikinkita, ancien ministre de l'Intérieur, colonel (et cousin de M. Kolelas) réagit à la lettre que Herbert Pongi Massamba, fils de Herbert Massamba a adressée à M. Kolelas


    Cher fils Herbert Pongi Massamba,

    Ta lettre me va droit au cœur. Tu as posé là un terrible acte de bravoure. Félicitations ! Tu as le droit de savoir et moi le devoir de dire la vérité.

    J’avais de très bons rapports avec ton père. Commandant (14/02/1994-22/01/1995) des " Forces d’interposition " je dus faire face aux nombreux actes délictueux posés par des miliciens de tout aloi, poussés par des instigateurs politiques puissants, et donc assurés de l’impunité. Ils s’étaient superposés et substitués á l’armée avec pour objectif de prendre par les armes le pouvoir sorti des urnes.

    Ils savaient compter sur la passivité d’un État dénervé et la complicité ou naïveté des partis politiques. Voleurs criant " Au voleur " les conspirateurs me présentèrent à la vindicte populaire comme le " chef des Ninjas ". Le vrai chef des Ninjas ils ne le connaissaient que trop bien. Leurs ordres passaient chez lui comme des lettres à la poste. Les Ninjas ? Ce sont eux qui les avaient levés/équipés/surnommés parmi leurs hommes de paille originaires du Pool et membres des milices de la défunte (?) Armée populaire nationale en fait toujours vivante. Un temps ils purent créer la confusion sur mon nom. In fine le coup d’État ne pouvait plus avoir lieu. Ils durent recourir á une véritable guerre et donc opérer au grand jour.

    Herbert Massamba
    Herbert fut (avec Camille +) seul dans " l’entourage " du président du MCDDI à ne pas me faire la guerre, au propre comme au figuré. Il m’appelait " Yaya " (Grand Frère). Herbert avait un brillant passé militaire. Preux freedom fighter ayant en 1975 combattu au côté du MPLA pour la libération de l’Angola, Herbert participa à la prise de Cabinda-Tchiowa par les FAPLA (1). Herbert m’avait exprimé en privé courant 1996 le désir de (re) faire carrière dans l’armée. Voilà pourquoi en juin 1997 je lui confiai la tête du contingent résiduel de la police nationale chargé de la sécurité civile (maintien de l’ordre et de la sécurité publique, garde des édifices et établissements publics, la station radio, le barrage du Djoué, le chemin de fer). Dès le 5 juin 1997, 90% des officiers en activité de service (99% pour la région du Pool) choisirent de déserter ou/et servir ailleurs. Herbert s’acquitta de sa mission cum laude (avec mérite), sans montrer ni haine ni crainte à l’endroit de ceux qui avaient choisi le camp des forces opposées. Après la parodie de " négociations de Libreville " (14-15/09/1997) il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que les insurgés poursuivaient un seul but : une victoire militaire totale à n’importe quel prix… Je décidai donc de retirer Herbert Massamba du contingent de la police encore fidèle au gouvernement pour le remplacer par un officier de carrière, le colonel parachutiste " Fred " Fréderic Nkounkou +. Celui-ci prit ses fonctions le 15/9/1997 et resta à son poste jusqu’à mon départ du Congo le 15 octobre 1997.

    J’appris à Abidjan que dans " l’entourage " du président du MCDDI, pillards de 1993 et fuyards de 1997 (planqués á Pointe-Noire dès le 15/9/1997, montés á Abidjan en octobre 1997, tous retournés au Congo depuis longtemps), dans les coulisses disaient que j’étais responsable de la mort d’Herbert... L’opération Mont Barnier, montée après Libreville1997, avait été décidée et exécutée hors Gouvernement par " l’entourage " exclusif du président du MCDDI, nommé Premier ministre le 8 septembre 1997.

    L’entourage avait planifié la prise du mont Barnier au lendemain du 8/9/97. L’opération avait chaque fois été reportée, de sorte que l’effet de surprise n’existait plus. Contrairement aux tentatives précédentes, je fus appelé un après-midi au quartier général du MCDDI. J’y trouvais le PM en conférence avec Herbert et le colonel chef d’état-major Gaspard Loundou +. Consulté sur l’opération je donnais une réponse motivée catégorique : NON. Personne n’osa sur-le-champ me contredire. Je partis convaincu que l’opération était reportée. On connaît la suite : triomphe la nuit, fuite le jour. Herbert, blessé (par qui ?) avait été abandonné, fait prisonnier par un ex-membre du MCDDI, transfuge bien connu. Humilié, le héros de la guerre d’Angola mourut brûlé vif, un pneu de voiture autour du cou. Brûlé où ? A la place du marché, comme Jeanne d’Arc. Herbert était mort courageusement, rappelant calmement au transfuge ses origines. Derniers mots et râles d’Herbert méticuleusement enregistrés furent macabrement diffusés sur les antennes de la radio d’État passée aux mains des insurgés.

    Où sont ses restes mortels ? Les cendres s’éparpillèrent au Mont Tsaba selon la prophétie du chanteur Ntounta Mamadou dans les années 70 :

    ‘’ Ba mbulu ba ku nzika, mignangui mi ku nzika… ku mongo wa Tsaba ’’ (2)

    Herbert Massamba est-il sans sépulture ? NON, NON ET NON :

    ‘’ Le tombeau des Héros est le Cœur des Vivants ’’

    Mon Fils, pardonne á tous ceux qui de près ou de loin, par action ou par omission sont responsables de la mort d’Herbert. Dieu Seul fera Justice. Courage. Supporte et porte-toi bien.

    (1) Fait confirmé de vive voix par les autorités angolaises lors de notre rencontre en juillet 1997 á la cité de Cabinda,au palais (ancien fort portugais) de Simalumbucu

    (2) En Kikongo-Lari : « Par chacals et par corbeaux Je serai inhumé, au Mont Tsaba » [Mont Barnier ].

    Philippe Bikinkita

    Ndlr - La transparence nous oblige à signaler que nous ne connaissons pas spécialement M. Philippe Bikinkita. Les vérifications d'usage que nous effectuons nous permettent néanmoins de croire qu'il n'y a guère lieu de douter en l'occurrence, sauf erreur de notre part, de l'authenticité de ce texte.


    Copyright © Mwinda Janvier 2005   Tous droits réservés.
    Conception et Réalisation de Marcel Bikouta