La lampe s’est éteinte car le jour se lève : hommage à André Milongo Envoyer cette page à un ami :
Retour| Contact| Forum
Journal de l'A.DE.CO.F

Le projet

  • Pour l'alternance
  • Infos du pays

  • Dépêches IZF
  • Dépêches IRIN
  •  

    Partenariat

     
     


       

     Envoyer à un ami: 
    Email du destinataire:
    Votre nom :
    Votre email:

    La lampe s’est éteinte car le jour se lève : hommage à André Milongo

    Jeudi 26 juillet 2007


    par Calixte Baniafouna

    J’emprunte à Julien Green les mots qui conviennent, parce que proches de ma passion, pour pouvoir supporter la nouvelle de votre disparition brutale : « Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul; nous sommes des personnages de roman qui ne comprenons pas bien ce que veut l’auteur. » Personnage de roman, vous l’avez été, M. André Milongo, dans la vie politique de notre cher et beau pays.

    Mais, avez-vous bien compris ce que veulent les Congolais, auteurs du roman ? Du Congolais que vous avez été vous-même, d’abord, sur la terre des hommes, pendant près de 72 ans. Sur la terre des hommes où vous laissez une veuve et sept enfants ; où vous avez été un Haut fonctionnaire du ministère des Finances pour avoir occupé successivement les fonctions de Premier Trésorier payeurs général du Congo (1964 à 1969), Directeur du Plan (1969 à 1973), Conseiller économique et financier des Premiers ministres Sylvain Goma et Henri Lopes ; où vous avez été Administrateur suppléant de la Banque africaine de développement (BAD), Administrateur suppléant de la Banque mondiale (1983-1986), Administrateur titulaire de la Banque mondiale (1986-1990) ; où vous avez exercé les fonctions politiques en qualité de Premier ministre de la Transition du mono au multipartisme (1991-1992), Membre du Conseil national de transition (CNT), Président de l’Union pour la démocratie et la République (UDR-Mwinda, un parti que vous avez créé), Président de l’Assemblée nationale (1992-1997), Député de la circonscription de Boko (région du Pool dans le Sud de Brazzaville).

    Du Congolais que vous demeurez, ensuite, et désormais, dans la terre de nos ancêtres, pour l’éternité. Pour l’éternité, aux côtés des nôtres qui, pour diverses raisons (vieillesse, maladie, assassinat, guerre civile, etc.) ont laissé la terre des hommes et dont, paradoxalement, l’absence est pour nous qui les avons aimés, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences.

    M. André Milongo, face au silence éternel qui vous anime désormais, nous ne pouvons avoir de réponse à la question qui vous est posée, de savoir si vous avez compris ce que veulent les Congolais, qu’au travers des souvenirs de joies et peines qui ont marqué votre existence.

    Les joies d’avoir accompli avec succès les devoirs techniques qui vous ont été confiés, succès que, de votre vivant, personne n’a eu à contester ; succès qui fait de vous un modèle de gestionnaire et de Haut fonctionnaire jusqu’ici inégalé au Congo Brazzaville. Pour ne me limiter qu’à un exemple fort : « le reversement, tout au long de vos responsabilités au Trésor public, du reste des frais de mission par tout fonctionnaire rentré d’une mission de l’État, à l’intérieur du pays ou à l’étranger. » Qui oserait aujourd’hui ordonner ou appliquer pareille décision ?

    Les peines de surmonter les épreuves de l’action politique. Que des épreuves, en effet, avez-vous traversées en réponse aux actes d’intérêt public, pour le bien du pays, qui n’avaient jamais cessé de hanter votre esprit !

    Je pense à cette affectation, alors Premier ministre, par votre ministre des Postes et Télécommunications, Guy Menga, dans les centres régionaux, d’un certain nombre de journalistes, griots du PCT mono partisan… une mesure qui a entraîné la rude protestation du leader du PCT avec les conséquences que l’on sait, quand bien même la décision fût abandonnée !

    Je pense à votre première visite en France (du 3 au 12 août 1991) en qualité de Premier ministre, quand toutes les portes vous furent fermées par le lobby pétrolier orphelin de leur enfant prodigue !

    Je pense à l’action de justice contre deux des voleurs de deniers publics, MM. Maurice Nguesso (9 millions de FCFA de son assureur) et Lekoundzou Itihi Ossetoumba (13 milliards de FCFA volatilisés du prêt accordé au gouvernement congolais par la Banque du Commerce et de l’Industrie).

    Je pense à la divergence d’interprétation de l’acte n° 018/91/CNS/P/S de la Conférence nationale souveraine entre votre Gouvernement et le Conseil supérieur de la République !

    Je pense à la catastrophe ferroviaire du 5 septembre 1991 (plusieurs morts, des dégâts matériels considérables, un tronçon de voie ferrée détruit, un demi milliard de FCFA de réparation) et qui, par la voix de votre ministre des Transports et de l’Aviation civile, Jacques Okoko, s’est révélée être un sabotage perpétué par ceux qui souhaitaient l’échec de l’action gouvernementale !

    Je pense à ce « tribunal » auquel vous étiez soumis, le 12 octobre 1991, par les « notables régionaux » consultés pour donner leur avis sur la manière de consolider la démocratie occidentale avec les réalités africaines !

    Je pense à ce putsch militaire auquel vous avez échappé, le 19 janvier 1992, lorsque, à l’aéroport Maya-Maya, vous étiez empêché de vous rendre à Pointe-Noire pour l’inauguration du gisement « Yombo » mis en exploitation par la société pétrolière américaine (parce que américaine !) Amoco !

    Je pense à tous les machiavéliques traquenards tendus par la main noire du pouvoir politique pour vous empêcher à tout prix de gouverner au seul motif de contrarier leur gestion lamentablement chaotique, en vous imposant des remaniements ministériels au gré des caprices de vos détracteurs (réduction du gouvernement de 18 à 10 ministres, changement du ministre de l’Intérieur par un autre jugé plus à même de satisfaire les volontés des empêcheurs du gouvernement à réaliser son programme) !

    Etc.…

    Mais, vous avez réussi à écarter, un à un, ces différents pièges tendus contre vous tout au long de votre chemin pour tenir le pari de la démocratie. Vous avez réussi à tenir des élections libres, transparentes et incontestées, et, bien que les ayant perdues, vous vous êtes placé au même rang de dignité que le gagnant. La guerre du 5 juin 1997 aurait pu éclater le 15 mai 1992 si, par malheur, ceux-là qui réclamaient la paternité de la démocratie étaient les organisateurs d’élections présidentielles. La honte et le fiasco suscités par le non-sens de toutes celles qu’eux organisent depuis, sont pavés de conséquences douloureuses pour notre peuple et de la perte de toute crédibilité du Congo Brazzaville au sein de la communauté internationale.

    L'une des dernières apparitions publiques de Ya Milos
    Plus extraordinaire, robinets fermés de partout par la main noire du pouvoir politique, vous avez réussi à payer régulièrement les salaires des fonctionnaires tout en honorant le remboursement d’une dette stupide laissée par ceux-là mêmes qui vous ont légué l’héritage d’un pays bancal qui, s’il était une entreprise, n’aurait opté pour autre forme de gestion qu’un dépôt de bilan.

    M. André Milongo, vous venez de quitter avec inquiétude la terre des hommes : l’inquiétude du travail inachevé. Deux anecdotes me viennent à l’esprit pour traduire votre inquiétude et toute la crainte qui vous animait quant à l’avenir du Congo.

    La première, au Congo. Quand vous m’avez reçu à votre domicile de Mafouta (proche de Brazzaville) en été 1995, alors, n’était témoin dans le salon que votre chère épouse, vous m’avez dit ceci : « Tata Baniafouna tala ka lu zibudia meso ko, Kongo di dia lu karisa ha moko ma mindélé (si vous ne prenez garde, le Congo sera remis entre les mains de l’ancien colonisateur) ». Moins de deux ans seulement après, le sort du Congo était remis entre les mains de l’ancien colonisateur qui, avec la complicité des propres fils du Congo, a aidé à l’introduction de mercenaires venus de tous les horizons et de l’armée angolaise pour tuer les Congolais en masses, traquer l’opposition et les mécontents, envoyer en exil les cadres valables du pays, envoyer en forêts les misérables populations, s’approprier le pouvoir et les richesses nationales, et laisser le pays dans le noir absolu (sans eau potable ni électricité)…

    La deuxième anecdote se passe à Paris. Au hasard de rencontre à la Porte d’Orléans à Paris, alors que vous sortiez seul du métro, vous cherchiez en vain à retrouver le coiffeur qui, et pourtant, s’était occupé de vous le mois d’avant. La fameuse coiffure se trouvait juste devant nous. Rigolant tous deux, je vous avez demandé comment quelqu’un qui porte partout sa lampe (Mwinda) pour s’éclairer ne pouvait-il pas voir la maison de coiffure située juste devant lui ? Vous m’avez répondu avec humour que votre lampe servait à éclairer des nuits spéciales que la France ne connaîtrait peut-être plus jamais.

    Ces nuits spéciales sont celles dans lesquelles vous venez de laisser le Congo et qui, dans les circonstances actuelles, se passent de commentaire.

    C’est dans ces nuits profondes que la maladie vous a terrassé ; qu’après une hospitalisation d’un mois durant à l’hôpital Georges Pompidou de Paris, elle a fini par avoir raison de votre vie ; qu’à la levée de votre corps depuis le funérarium de la Porte de Clichy à Paris pour regagner le Congo, notre Dieu le Père vous accompagne en éclairant le chemin jusqu’à votre dernière demeure.

    Que la terre de nos ancêtres vous soit légère, et reposez-vous en Paix !

    Calixte Baniafouna


    Copyright © Mwinda Janvier 2005   Tous droits réservés.
    Conception et Réalisation de Marcel Bikouta