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    Condamnés à la mort en exil ?

    Lundi 3 octobre


    M. Ange Edouard Poungui, dans une lettre ouverte datée du 15 février 2005 interpellait M. Sassou en ces termes :

    « A la question lancinante de la réconciliation, vous avez coutume de répondre " qu'il faut laisser le temps au temps "… avant de conclure " je suis persuadé que le temps fera son œuvre ". Me référant à l'exemple du Président Fulbert Youlou, j'en déduis que vous attendez la disparition des leaders en exil notamment Pascal Lissouba et Bernard Kolélas pour autoriser le rapatriement de leurs dépouilles mortelles, afin d'organiser des obsèques nationales en leur mémoire !

    J'espère que vous mesurez les conséquences politiques d'une telle hypothèse qui ne relève pas de la politique fiction. Voilà pourquoi, je souhaite que vous preniez une initiative politique et humaine propre à aboutir au règlement politique global de ce conflit car, la paix, l'unité nationale et la crédibilité extérieure du pays vous le commandent
    ».

    Prémonitoire. Décidément l’ancien Premier ministre connaît bien son sujet : avec la disparition en exil de Mme Kolélas nous nous trouvons presque dans le cas de figure décrit. En l’occurrence celle-ci pose, en ces circonstances particulières, la question du retour au pays maintes fois refusé d’un des opposants que M. Sassou a fait condamner en justice (1).

    Sur cette question du « dialogue national derrière les cercueils » cher au pouvoir en place, sur cette condamnation à mort en exil prononcée implicitement par le régime de Brazzaville à l'encontre de certains de ses opposants, un de nos fidèles lecteurs, M. Letsombo, a son opinion. Réagissant à l’article de notre collaborateur, Nzumba Matassa, pour qui « Il sera en tout cas difficile aux autorités congolaises, placées en l’occurrence au pied du mur, de refuser un tel geste [celui d’autoriser le retour de Kolélas], sauf à apparaître aux yeux de l’opinion comme des monstres insensibles confondant les choses de la politique et ce qui relèverait de la simple humanité », ce dernier nous livre ici son point de vue. Sans esprit polémique.


    Libres propos

    Par Letsombo

    Je viens de lire le petit papier de N. M. annonçant la mort de l'épouse de M. Bernard Kolélas. Je suis frappé par la légèreté des propos tenus dans la deuxième partie de ce papier. L'on veut absolument faire croire qu'il y a une différence entre les « choses de la politique » et les « choses humanitaires ».

    On parle de manière à obtenir de Sassou un peu de magnanimité, un peu d'humanisme (mot à la mode), une façon de reconnaître à Sassou la justesse de ses agissements, son comportement. Il est le propriétaire du Congo : les autres doivent, même dans les moments les plus durs comme ceux que connaît M. Kolélas, de lui demander un geste humain, un tout petit geste.

    Tout ce qui se passe et s'est passé dans notre pays n'est pas trop grave pour que les opposants de paille tournent tous leurs regards vers Brazzaville pour demander à Sassou d'être large, accepter le retour au Congo de la dépouille de Mme Kolélas et du coup de M. Kolélas lui-même. Sassou sait ce qu'il fait.

    En refusant à Kolélas le retour au pays au moment où beaucoup de choses pouvaient être rattrapées, il savait qu'un jour il pourra arriver quelque chose de ce genre (la mort de Kolélas, de Lissouba, Yhombi, Kolélas, Bongho Nouarra, Nguila, Ondongo, okemba, Taty, Tsiba, d'un exilé de la basse classe etc.; sans oublier leurs épouses respectives) et qu'il faudra nécessairement penser à ramener le corps au bercail. Mort, dans ces conditions, tout corps d'exilé de haute gamme ou de basse gamme sera au moins accepté. L'interdiction s'impose lorsqu’on veut repartir au pays en vie.

    Dans ces conditions, ce sera à Sassou de se donner tout le plaisir de faire preuve de sa magnanimité (entreprendre les évacuations, les ramener morts, en organiser les veillées). Tout cela relève de la légèreté des hommes et les actes qu'ils posent et leurs conséquences ne valent pas d'être soutenus. Faire la demande à Sassou de prendre en charge ce genre de choses c’est lui faire un cadeau, lui reconnaître le droit de tenir dans la misère tous ces congolais qui traînent à travers le monde alors que leur pays regorge de richesses qui servent à d'autres. Moi, je n'aurais pas demandé cette faveur. A la place de M. Kolélas, je retournerais avec la dépouille de mon épouse à Bamako, là où des amis nous ont accueillis et nous donné leur hospitalité.

    Retirer à Sassou le plaisir de se faire passer pour un bienfaiteur qu'il n'a jamais été


    Les amis maliens méritent qu'on leur reconnaisse leur hospitalité, leur humanité. Les congolais qui luttent devraient plutôt rendre aux amis maliens, le corps de leur amie, soeur, maman, leur exilée pour que son inhumation se fasse dans le respect, la dignité, en conformité avec le sens de la lutte qu'elle a menée auprès de son époux.

    C'est, là, la seule façon de retirer à Sassou le plaisir de se faire passer pour un bienfaiteur qu'il n'a jamais été. Plus tard, après que Sassou soit passé, car il passera un jour, M. Kolélas, si ce n’est pas lui-même, mais sa famille, ses amis, ses sympathisants, les libérateurs du Congo libre, pourront réserver aux restes de Mme Kolélas des obsèques dignes d'une opposante de taille contre la barbarie de Mpila.

    Mais, puisque vous êtes tous déjà à pied d'oeuvre pour demander à Sassou de revenir aux bons sentiments, comme s'il en avait déjà manifestés de toute son existence, alors, continuez à le supplier. Il vous écoutera, puisque cela lui sert. Semble-t-il qu'il a déjà commencé à s'occuper de cette triste situation, pourquoi vous inquiétez qu'il n'achèvera pas ce qu'il a commencé (de l'évacuation de Bamako à Paris, de Paris à Brazzaville) ?

    Kolélas sera rentré de cette façon, la réconciliation sera consommée telle que Sassou l'a souhaitée. Du coup, le sens de l'exil, de la lutte de l'opposition de ceux qui sont en exil est sabordé. Continuez à exhiber son statut d'exilé sera une pure imposture, une vraie escroquerie. Si l'état malien a accepté les Kolélas, il est à mesure de leur accorder un lopin de terre à la dépouille de la première opposante du Congo. Pourquoi lui laminer à cette brave congolaise tout son travail de combattant pour la liberté et la démocratie ?

    Ma douleur, ma tristesse est grande, mon indignation face à la manière de Sassou de gérer le Congo et de traiter les autres congolais sont à la hauteur de la nature dont j'aurais bien voulu voir les congolais s'aimer, aimer leur pays partager ses richesses avec équité; partager le pouvoir dans le respect des règles démocratiques, faire circuler les élites pour que chacun donne le meilleur de lui-même dans la construction du pays.

    Mais hélas ! le rêve est à la taille de la barbarie qui semble encore être la seule valeur qui anime nombreux d'entre nous.

    Letsombo


    NDLR - (1) Au jour d’aujourd’hui et selon nos informations, la question du retour de M. Kolélas au Congo est prudemment laissée à la discrétion de M. Sassou qui rentre ce dimanche d'un voyage en Chine via Dubaï.

    Mais on sait d’ores et déjà qu’un membre du gouvernement - dont le portefeuille sera garni de sorte que l'Etat ou le pouvoir prenne en charge tous les frais - et une personnalité du Mcddi (le parti de M. Kolélas) devraient se rendre très prochainement à Paris pour venir s'incliner devant la dépouille de la défunte.

    Par ailleurs des informations qui nous sont parvenues laissent entendre qu'on s'activerait aussi bien à Pointe-Noire qu'à Kinshasa pour imprimer des tee-shirts qui circuleraient déjà et ceux-ci porteraient comme message « Ma Ngoudi Symbole de Paix et d'Unité nationale ».

    La rumeur dans la capitale voudrait également que le pasteur Bintsamou alias Ntumi se prépare à descendre sur Brazzaville pour prendre part aux obsèques. De source proche de M. Kolélas, on dit ce dernier déterminé à accompagner le corps de son épouse vers la terre natale.

    On a appris en outre qu'une veillée est organisée à Paris en mémoire de la défunte à l'adresse suivante :

    RER A - Station : Nanterre ville

    salle située au 5, bis rue des anciennes mairies

    Bus: 159 ou 160 - Descendre à la station : rue des anciennes mairies


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