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Sassou, les PPTE et les « fonds vautour »
Mardi 24 janvier, 6h30
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander. Eclairage.
Par la rédaction de Mwinda
Qu'est ce que l'Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) ?
C’est « un dispositif global de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » engagé par le FMI et la Banque mondiale dont le but est « d'assurer qu'aucun pays ne soit confronté à une charge d'endettement intolérable ».
Mais au fait, cette formidable dette congolaise – le Congo est le pays le plus endetté au monde par tête d’habitant - d’où vient-elle ? A quoi a servi l’argent qu’on nous demande de rembourser ?
En 1977, à la disparition du Président Marien N'Gouabi, le Congo n'était pratiquement pas endetté (sauf réalignement du CFCO dans lequel déjà Hubert Pendino avait oeuvré et l’affaire de la raffinerie de Pointe Noire vendue par Antoine Tabet et qui ne pouvait fonctionner... qu'avec du brut algérien).
C'est à partir de 1979, avec la concomitance de l'arrivée de Denis Sassou Nguesso au pouvoir à Brazzaville, de la hausse de la production de pétrole ainsi que des prix, qui à l'époque atteignaient 40 dollars par baril, et la mise en place du très fameux Plan Quinquennal que la dette a commencé à prendre la dimension que tout le monde connaît. Il serait long et fastidieux de revenir sur les décisions qui avaient été arrêtées par le grand visionnaire congolais, Denis Sassou Nguesso. Tous les projets qui ont été soumis à sa décision ont connu la faillite ou l'abandon. Seules les dettes sont restées. Avec intérêts. Il est vrai qu'à l'école du détournement et de la corruption, tolérée sinon encouragée par " l'homme de masses ", les congolais sous ses ordres ont été d'excellents élèves.
Durant la vingtaine d'années, au total, que Denis Sassou Nguesso a passé à la tête de l'Etat congolais aucun responsable de vol ou de détournement n'a été emprisonné, à l'exception d'un de ses proches alors à la tête d'une petite entreprise d'Etat, la SONACEM. Des montagnes d'argent empruntées pour des projets mal étudiés et toujours mal gérés. Des milliards de dollars ont été empruntés dont il ne reste aujourd'hui quasiment rien. Un énorme gâchis qualifié par la Conférence Nationale de crime économique !
Pourquoi la décision du FMI concernant le Congo ne cesse-t-elle pas d’être repoussée ?
Le discours de ceux qui ont milité contre l'effacement de la dette du Congo est le suivant : " Question : le Congo a-t-il bien géré les milliards qu'on lui avait prêtés ? La réponse est «
Non
! » C'est la même équipe qui a emprunté cet argent il y plus d'une vingtaine d'années maintenant, qui l'a géré et qui réclame l’effacement de sa dette ! Ces mêmes personnes, dès lors que la dette sera effacée, vont avoir de nouveau entre leurs mains les nouveaux emprunts. Vont-elles correctement gérer cet argent neuf ? La réponse est : «
Non
! » La preuve est qu'elles ont menti dans l'initiative de transparence et la cerise sur le gâteau est la décision qu'a obtenue Kensington dernièrement devant la Cour de Londres." Ces arguments ont le mérite d'être très facilement compris lorsqu'ils parviennent à différents niveaux du FMI, véhiculés par des ONG, par la presse internationale et par les lobbyistes qu'ont recrutés les créanciers.
Concrètement au FMI, qui décide ? Comment cela se passe-t-il ?
C'est le Conseil d'administration qui prend les décisions. Il est présidé par le Directeur général et se compose de 24 administrateurs. Les cinq principaux actionnaires -Etats-Unis, Japon, Allemagne, France et Royaume-Uni- ont chacun leur administrateur, tout comme la Chine, la Russie et l'Arabie Saoudite. Les 16 autres administrateurs sont élus pour deux ans par des groupes de pays. Les documents qui servent aux délibérations du Conseil d'administration sont établis principalement par les services du FMI et parfois par les administrateurs eux-mêmes.
Contrairement à certaines organisations internationales où chaque pays membre dispose d'une voix, le FMI applique un système de vote pondéré : plus la quote-part d'un pays au FMI - déterminée généralement par son poids économique- est importante, et plus le nombre de voix qui lui sont attribuées est élevé. Mais le Conseil d'administration procède rarement à un vote formel et préfère adopter la plupart des décisions par voie de consensus et à l'unanimité, ce qui laisse une large place à des " arrangements diplomatiques " lorsqu'ils ne sont pas trop voyants comme dans le cas du Congo. En pourcentage du total des quotes-parts les USA ont 17,5%, Japon 6,3%, Allemagne 6,1 %, France 5 %, Royaume Uni 5 %, Italie 3,3%, Arabie Saoudite 3,3%, Canada 3%, Chine 3%, Russie 2,8%.
On explique que c’est Paul Wolfowitz, le patron de la Banque mondiale qui a pris la décision de reporter le cas du Congo qui est défendu bec et ongles par Chirac. Quels sont les intérêts en jeu ? Pourquoi Chirac se démène-t-il ?
Comme nous venons de le voir plus haut, les Etats Unis ont une quote-part importante. Ce qui veut dire qu'une compagnie américaine a de grandes chances d'être entendue lorsqu'elle demande que l'argent du contribuable américain ne fasse pas l'objet d'une donation à une dictature corrompue. On ne peut pas parler d'un veto américain proprement dit.
La campagne ouverte à Washington contre l'effacement de la dette indispose trop de monde et elle aura beaucoup de mal à passer. D'autant plus qu'il y a des rumeurs sur la corruption de certains fonctionnaires du Fonds (1). Il y est à noter qu'il est un rare domaine dans lequel le Congo, sous la haute présidence de Monsieur Sassou Nguesso, a enregistré un progrès. C'est celui de la corruption : le pays est passé du statut de " corrompu " à celui de " corrupteur ". Partant de cela, il est très délicat de répondre totalement à la question. Nous aimerions pouvoir dire, comme l'écrit à longueur de journée son cireur de pompes patenté importé et journaliste vautour, accrédité au palais de Mpila, que le soutien dont bénéficie Monsieur Sassou Nguesso est dû à son prestige, à son aura, à son grand esprit, à sa personnalité immense et au très haut niveau de développement et de progrès que le Congo a atteint grâce à lui !
L’exemple : face au peuple des mangoustes le cobra a beau se dresser il n’a aucune chance… Yiwiri !
Dans l’hypothèse où la dette du Congo est effacée, cela aura-t-il vraiment un impact pour les Congolais ? Ces derniers seront-ils progressivement moins pauvres dans leur vie quotidienne ?
Le Congo a depuis longtemps suspendu ses remboursements, mis à part ceux qui concernaient la " dette gagée ". Total a également rééchelonné la dette gagée qu'il détenait lors du règlement du dernier contentieux qui avait donné naissance à Likouala SA. Dès que la dette du Congo sera effacée, le pays verra immédiatement sa capacité d'emprunter renouvelée. C'est-à-dire que le pouvoir actuel pourra lancer des projets comme il l'avait fait au début des années 80, ou presque, avec le succès dont on vient de parler.
Quant au niveau de vie de la population, l'effacement de la dette aura sûrement le même effet que la multiplication par 3 des prix du pétrole c'est à dire :
Aucun !
En revanche l'entourage du président congolais (Willy Nguesso et les autres), si rien n'est fait, deviendra lui plus riche, cela est sûr !
Rappel : quel est le problème qui se pose finalement entre un « fond vautour » comme Kensington et le Congo ?
Il n'y a aucun problème entre les " fonds vautours " et le Congo ou Monsieur Sassou Nguesso. Sans se faire l’avocat du diable il est à constater que ces créanciers ne font usage que du Droit existant. Ils ont des créances parfaitement reconnues, des décisions de justice qui les confirment. Ils ne font que les appliquer où ils le peuvent : à Paris, New York, Londres.
Cependant il semble bien (ils ne sont pas les seuls) qu'ils ne nourrissent aucune sympathie pour Monsieur Sassou Nguesso et son entourage.
Les méthodes des « fonds vautours » s’apparentent à une extorsion de fonds sur les économies pauvres. Comment « investir » 1 million d’euros et vouloir en réclamer plus de 100 millions ?
" Extorsion de fonds " ? Mais alors comment qualifier un fonctionnaire d'un Etat qui se hisse à sa tête et qui, en quelques années, devient un des hommes les plus riches du Continent, si ce n'est le plus riche ? Sérieusement, ce qui ce passe au Congo depuis l'ère Sassou c'est un problème de compétence ou, plus exactement, d'incompétence. Pourquoi les autorités en place depuis le ministre Dzon, en passant par le ministre Andely, n'ont-elles pas raflé ces créances alors qu'elles ne valaient rien sur le marché ? La dette du Congo était vendue sur le marché à bas prix ? Pourquoi ne l’avoir pas racheté à ce moment là ? Incompétence ! La règle était le mépris envers ceux à qui le Congo devait de l'argent. Quel génie congolais (ou importé) de la finance avait recommandé cette stratégie ? C’est curieux de se prévaloir de ses propres turpitudes !
Comment de petites sociétés comme Kensington peuvent-elles mettre en difficulté un Etat ?
Comme nous l'avons vu ce n'est que l'utilisation du Droit et de la faiblesse de l'Etat que poursuivent les créanciers. L'image du Congo devant les différentes juridictions est lamentable. Tout le déballage de la corruption, des montagnes d'argent détournées font que les Juges ne sont plus tentés par la moindre indulgence envers le Congo. Les avocats des créanciers ont beau jeu de produire devant la Cour les preuves de détournements et les articles de journaux, dont ceux du « Canard Enchaîné », qui décrivent le garage particulier de Willy Nguesso. Chacun le sait : les vautours, au contraire des prédateurs, ne s’attaquent qu’aux charognes, un état dans lequel le Congo a été plongé par le sieur Sassou. Et puis c’est bien connu les peuples après tout n’ont que les dirigeants qu’ils méritent !
Les autorités congolaises avaient eu raison de créer des sociétés écran comme Sphynx pour éviter que l’argent du pétrole congolais ne tombe entre les mains des « fonds vautours ». Sphynx et les autres sociétés écran n’appartiennent pas en fait à Gokana. C’est bien des sociétés appartenant au Congo donc on ne peut rien reprocher à Gokana qui ne fait que couvrir l’Etat pour la bonne cause.
Gokana le bon samaritain, le cadre exemplaire et désintéressé ! Cette version est surprenante. Pour son intervention lors du règlement du contentieux avec Total, Denis Gokana avait perçu 5 millions de dollars d'honoraires. Les décotes dont bénéficiait Sphynx n'avaient rien à voir avec les montants qui devaient être reversés au Trésor Public congolais. Tout cela est flou et très difficile à croire. La bonne cause ? Mais nous voyons bien que la production du pétrole a augmenté et son prix de vente a été multiplié par 3 et qu’aucune amélioration de la vie quotidienne des congolais n'a pu être enregistrée. Alors où est passé, où passe l’argent ?
En tant que congolais, nous avons intérêt à ce que notre dette soit effacée, même si nous nous opposons à la politique de Sassou car de toute façon même plus tard quand il ne sera pas là nos enfants auront à payer cette dette.
Imaginons que le Congo soit un paquebot et que le Commandant en soit Monsieur Sassou Nguesso. Nous avons vu qu'il n'a pas su le diriger. Le beau navire, qu'on lui a confié pendant 20 ans et pour lequel une importante dette a été constituée, est maintenant une épave échouée qui a raté son voyage vers le progrès. Le FMI intervient. Il va permettre l'effacement de la dette pour remettre le bateau à neuf. Tout sera refait, sauf la coque qui restera percée : " par la corruption " ! Point important : on gardera le même Commandant ! Est-ce que cela est bien sérieux ? Non cela est parfaitement choquant ! Que la dette soit effacée c'est une bonne chose mais pas n'importe comment. En tout cas pas comme cela en remettant les compteurs à zéro et en faisant repartir ce pouvoir arrogant comme à son point de départ en 1979 !
Mais si les « fonds vautour » gagnent on ne pourra plus payer les salaires des fonctionnaires, les pensions de retraite etc. ?
Les Congolais sont depuis longtemps otages d'un pouvoir qui les maltraite et nous pourrions les voir succomber au syndrome de Stockolm. Ils pourraient bientôt prendre fait et cause pour leur geôlier. Les créanciers, dans leur ensemble, ont réussi à révéler l’ampleur des détournements du clan au pouvoir qui représente une bonne dizaine de fois ce qu’ils réclament. Il arrivera bientôt le moment où les détournements dépasseront la dette dans sa totalité. Alors est-ce que les laveurs de cerveaux, employés par le pouvoir, vont réussir à retourner l’opinion congolaise ?
Qu’adviendra-t-il si la décision du FMI est favorable au Congo ? Par rapport aux « fonds vautour » ? Mvouba le Premier ministre a dit que ces derniers pèsent afin que le FMI sanctionne le Congo. Ces « fonds vautour » auront-ils, dans ce cas, moins de chance d’être remboursés ?
Les créanciers qui sont impliqués dans les poursuites actuelles ont des décisions de justice qu'aucun gouvernement ne pourra annuler, sauf à les payer en lieu et place du Congo. Les interventions des créanciers auprès des institutions internationales avaient pour ambition de contraindre le Congo de Monsieur Sassou Nguesso à les régler. Si effectivement le Congo obtenait une décision favorable, ce désendettement octroyé par le FMI permettrait, normalement, de dégager suffisamment de ressources pour régler ces contentieux.
Au cas où le Congo serait dirigé par une équipe plus imaginative et aussi plus honnête que celle aux affaires actuellement, il est évident que l'on pourra trouver aisément des solutions qui feront faire à l'Etat congolais d'importantes économies sur ces remboursements.
La procédure RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations), concrètement qu'est ce qu’elle entraînerait pour les dirigeants congolais ?
Dernièrement, nous avons appris qu'un nouvel avocat, Cacheris, venait d'être engagé par le Congo pour défendre Monsieur Bruno Itoua et la SNPC. Cet avocat a été celui de Bill Clinton dans l'affaire Lewinski. C'est un spécialiste de droit criminel, un Maître Vergès américain. Nous sommes loin d'affaires économiques et une action RICO est une procédure criminelle : la spécialité de Me Cacheris. Cette première action RICO vise Bruno Itoua, la SNPC et la banque BNP Paribas comme " défendant " mais elle n'est nullement limitée à ces personnes physiques et morales. D'autres pourront être citées, par exemple des membres de la famille de Monsieur Sassou Nguesso ou, pourquoi pas, lui-même si un jour il ne bénéficiait plus de l'immunité que lui confère sa fonction actuelle de président. Alors ces éléments justifient sûrement l’embauche de ce nouvel avocat !
(1) c’est aujourd’hui plus que des rumeurs puisque dans le " Financial Times " de ce lundi 23 janvier, Paul Wolfowitz vient de déclarer qu’il y avait des problèmes à la Banque mondiale. Le président de cette institution a précisé que «
par problèmes, j'entends très précisément des cas précis de pots-de-vin, dessous-de-table, manipulations du processus [d'élaboration] des contrats, d'acquisition frauduleuse
». Paul Wolfowitz a désigné une équipe pour lutter contre ce phénomène de corruption.
Ndlr
- "
A la suite de la décision de la justice britannique, le Congo n'a pu accéder en décembre dernier au point de décision de l'initiative du Fonds monétaire international (FMI) en faveur des pays pauvres très endettés
(PPTE) ", devant lui permettre une nouvelle réduction de sa dette publique, a révélé M. Isidore Mvouba, Premier ministre du Congo, dimanche 23 janvier lors d’un déjeuner de presse.
Une déclaration à mettre en parallèle avec celle de Moussa Yaya, représentant du Fonds monétaire international (FMI) au Congo lequel affirmait à Brazzaville le 20 janvier que «
le délai du 21 décembre 2005 n'a pas été tenu pour des raisons techniques. Nous attendions des informations essentiellement sur l'exécution du budget en fin septembre 2005 qui nous sont parvenues avec un léger retard
», ajoutant par ailleurs que «
le FMI a ses propres procédures internes, ses propres délais d'administratifs, des délais de circulations de nos documents. Donc tout retard dans la mobilisation des documents par l'institution entraîne automatiquement des retards sur la réunion du Conseil d'administration qui doit les discuter
». Cherchez l’erreur !
Pour revenir à M. Mvouba, très en verve dimanche matin (l’air frais du fleuve Congo peut-être) et qui semblait répondre au jugement de Londres, ce dernier a du reste précisé : «
notre pays est actuellement harcelé par les " fonds vautours " qui font tout pour que le Congo n'atteigne pas le point de décision. Pour ce faire, ils n'hésitent pas à organiser aux Etats-Unis des campagnes de désinformation sur le Congo
(…)
Face à ces gens sans foi, nous sommes obligés de protéger l'argent du Congo
(…)
Toutefois, ce tribunal qui condamne le Congo, a eu le mérite d'attirer l'attention sur ces prédateurs de la finance internationale qui ruinent impunément les pays en développement
».
On se console comme on peut...
La rédaction de Mwinda
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