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La France a vieilli, à l’Afrique de se rajeunir
Samedi 4 mars, 6h00
Point de vue
Par
Calixte Baniafouna
Alors que le président François Mitterrand a tenté une transformation sinon dans la gouvernance des ex-colonies françaises, du moins dans le respect des principes élémentaires de la démocratie, M. Jacques Chirac est venu tout remettre en cause au point de favoriser les incendies un peu partout en Afrique francophone.
Aussi paradoxal que cela paraît, les pays qui ont sombré dans une dictature des généraux, des maréchaux ou militaro marxiste-léniniste particulièrement terrifiante entre les années 1970 et 1990 comme le Congo Brazzaville, la République centrafricaine et le Bénin, sont ceux-là mêmes qui, sous M. Mitterrand, sont parvenus à des élections transparentes et réellement démocratiques. Si le Bénin doit sa paix sociale grâce au retour du chef au pouvoir fantomal qui ne dérange aucun « néo-colon », ce n’est pas le cas du Congo Brazzaville et de la Centrafrique où le décollage politique tendait à un réel enterrement du système des combines françaises. Le Gabon, le Togo (père ou fils : bonnet blanc, blanc bonnet), le Cameroun… pour n’avoir pas connu ces transformations démocratiques ont conservé au pouvoir leurs dictateurs d’avant 1990.
En revanche, tous les pays qui, démocratiquement (République du Congo, République centrafricaine…) ou par la force (République Démocratique du Congo) ont réussi à chasser les dictateurs, ont été décapités par M. Jacques Chirac. Ayant pris goût à la facilité avec laquelle il a déstabilisé le Congo Brazzaville, où le peuple fut muet, et en voulant continuer à jouer avec le sac de nœuds au milieu des éléphants longtemps endormis le long de la Côte d’Ivoire, puis au Togo (gros remords pour le décès naturel de l’« ami personnel »), M. Chirac a fini par se tirer une balle dans le pied. Le but était atteint au Togo mais l’honneur du peuple majoritaire lui y est totalement compromis.
Une preuve que le néocolonialisme, le négoce, les relations personnelles et le flou qui les caractérisent deviennent complexes dès lors que le peuple s’y mêle en direct et oblige les grandes lignes de la politique française en Afrique d’être réécrites avec des traits transparents et clairs. Car au refus de la France de le considérer comme un peuple mûr, ce peuple, longtemps bafoué et copieusement humilié, devenu un cabri mort qui n’a plus peur du couteau, il faut craindre que l’instabilité de leurs conditions traverse les frontières pour toucher directement le cœur du territoire français.
Les tristes images durement condamnables par ailleurs, en 2005, sur les flammes des banlieues parisiennes et des nombreuses villes de provinces françaises ne devraient pas être exemptes de sagesse : si celui qui fait ses condoléances reçoit une gifle, c’est qu’il a voulu prendre une part de la succession. Et, ce ne sont ni l’intimidation, ni les rapatriements massifs qui infléchiraient la détermination d’un peuple soumis à l’exclusion sur le territoire français alors que leurs pays d’origine sont barricadés d’un rideau de fer par la même France.
Le pillage des ressources naturelles du plus faible par le plus fort, l’hypocrisie du discours face à la réalité, la brutalité néocoloniale et l’arrogance qui l’accompagne comme politique de partenariat ou de coopération à la française ayant atteint leur limite, le cercle de la logique marchande se referme par la même incapacité des autorités françaises de diriger leur propre État. Le même endettement de l’État, la même détresse humaine, le même chômage des jeunes, les mêmes violences des villes et banlieues… en France comme dans les ex-colonies sont autant de signes d’un avenir qui – si la politique française de l’Afrique ne sort pas de l’archaïsme et du mépris de l’être humain sur son sol, dans sa chair et sa peau, à l’endroit et à l’air du temps -, n’est plus assuré.
La cruauté des dictateurs et l’hypocrisie de leurs souteneurs prétendument « démocrates » dans leur souci consensuel de barricader leur territoire, chacun sur le périmètre de son pouvoir, et d’en expulser les non solvables, n’y changeront absolument rien.
Plus grave, la décennie du régime Chirac qui en est le déclic, n’a pas éveillé que la conscience des seuls Africains.
Le débat est lancé à une période où seule l’Afrique noire francophone conserve de la France les attributs d’une puissance mondiale, celle-ci étant de plus en plus contestée dans le monde.
La dégénérescence de la politique française enlève à la France la possibilité de faire entendre sa « différence » et de contrebalancer l’hégémonie américaine. Elle est tenue à l’écart du processus de paix israélo-arabe parrainé par les États-unis.
La France est aussi absente des négociations du désarmement de la Corée du Nord et se fait effaroucher par l’Iran à propos de la construction de l’arme atomique.
La revendication de l’Allemagne unifiée et du Japon qui aspirent à devenir membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU contribue à y affaiblir la position de la France. Elle s’interroge sur l’avenir de sa coûteuse force de dissuasion nucléaire qu’il faut sans cesse moderniser. Face à une opinion très divisée, elle ne joue plus le rôle moteur qui fut le sien dans la construction européenne confrontée aujourd’hui au double défi de son approfondissement et/ou de son élargissement, mais aussi à la montée en puissance d’une Allemagne réunifiée qui a cessé d’être un « nain politique ». Une Allemagne qui a montré à l’occasion de la guerre en Afghanistan qu’elle pouvait prendre des initiatives au niveau de la diplomatie mondiale. En 2003, M. Jacques Chirac n’a pu empêcher plusieurs de ses partenaires européens, dont le Royaume-Uni et l’Espagne, de s’engager aux côtés des États-unis dans une guerre contre l’Irak menée sans mandat des Nations unies.
En 2005, pour la première fois depuis la fin de la Guerre mondiale, l’archaïsme d’un système qui oblige à la majorité paresseuse de manger le foin de la minorité travailleuse incendie la maison ; réponse de l’État : violences et couvre-feu, des méthodes à l’ancienne dans la république qui se dit moderne. Du double langage qui, face aux puissants, est un discours de paix tout en alimentant la violence face aux faibles (la France sous le mandat de M. Jacques Chirac est le deuxième vendeur d’armes dans le monde), découle le soutien public du mauvais côté à l’origine du malheur de la majorité de la population africaine francophone.
La République française est ainsi devenue coutumière de ces grandes messes contre l’intolérance, le racisme et l’antisémitisme. Abusés par des medias conditionnés, fiers d’avoir élu à l’africaine, à plus de 80%, un Président absolument vierge de tout calcul électoral, les Français ont bu aux paroles homériques de M. Jacques Chirac. Ils ont participé à cette communion nationale que les caméras de la France entière retransmirent dans chaque foyer, arrachant une larme d’approbation aux yeux de chaque homme et femme de ce pays. S’il est vrai que la majorité des Français n’a que ses medias locaux pour s’informer, il est d’autant vrai que tous les Français qui savent tout du double langage de leur président de la République sont soumis à la loi qui n’est pas publiée au Journal officiel, mais qui est rigoureusement appliquée : la loi du silence et de l’hypocrisie.
Calixte Baniafouna
(Extrait du livre de C. Baniafouna,
Congo Brazzaville : du putsch au rideau de fer
, éditions L’Harmattan, Paris, 2006, p. 84).
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Brèves
Mpila-Paris, carnet
La rumeur parisienne signale le mariage de Denis à Paris. Denis, en visite d’une semaine à Paris, va assister au mariage de Denis. Denis ? Oui, un certain Denis Ambendet. Après Tonton Maurice et avant... tantine Denise.
Vous, de la plèbe, même si c'est encore votre argent qui risque d'être dépensé, vous n’êtes pas invités. C'est comme ça !
Choquant
La conférence de presse de « l’homme de masses » qui a eu lieu ce jeudi 2 mars à l'hôtel Meurice, à Paris, est diffusée plusieurs fois cette semaine par la télévision par satellite 3A Telesud. Une image fixe pendant plus d’une heure, c’est vraiment boring. On s’ennuie ferme, on bâille tant il est vrai que le camarade président tarde à se transformer en une bête médiatique.
On s'apprête à zapper quand, répondant à une question sur la position de l’Union africaine qui a refusé de livrer Hisseine Habré à justice belge il affirme : «
La presse doit savoir qu’on a déjà jugé en Afrique d’anciens présidents, comme au Congo, mon pays, ou au Mali. L’Afrique n’a pas de leçon à recevoir d’ailleurs
».
Mais à quel ancien président du Congo « l’homme des masses » pensait-il ? Par qui et pourquoi a-t-il été jugé ? Vraiment choquant !
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