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L’audit de la SNPC à pas de loup

Congo B
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Prétentieux, goguenard et sûr de lui, Denis Sassou Nguesso avait promis aux populations du Congo-Brazzaville la signature d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) courant quatrième trimestre 2017. Le pari n’a évidemment pas été tenu.

Lorsqu’une meute de loups cerne un gibier, ces canidés se livrent à une approche d’autant plus redoutable qu’elle est lente. D’où l’expression marcher à pas de loups. Il va de la stratégie des négociateurs FMI et gouvernement comme celle de ce cousin du chien. Les Congolais auront-ils assez de cran pour crier...au loup ?

Prétentieux, goguenard et sûr de lui, Denis Sassou Nguesso avait promis aux populations du Congo-Brazzaville la signature d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) courant quatrième trimestre 2017. Le pari n’a évidemment pas été tenu. Tout comme les engagements du Congo-Brazzaville auprès de l’Institution de Washington. Ce qui a eu pour conséquence la prolongation des négociations des autorités chargées de la conduite de la politique économique et financière de Brazzaville avec les experts du FMI. Les pourparlers avec les institutions de Bretton Woods s’éternisent comme un conte de mille et une nuits.

La conclusion de l’accord du Congo-Brazzaville avec le FMI s’apparente de plus en plus à l’horizon qui s’éloigne au fur et à mesure que l’on s’en approche. Tout le monde parle des négociations mais personne n’en voit les résultats. L’arlésienne d’Alphonse de Daudet est moins évanescente. Le versement de la première tranche de l’aide financière du FMI était assortie de conditionnalités et, la main sur le cœur, des engagements avaient été pris par le Congo-Brazzaville. Au nombre de ces conditions, figurait en bonne place l’audit du secteur pétrolier, un secteur névralgique, notamment l’audit de la société pétrolière nationale, la SNPC dirigée par ce loup aux longues dents, Denis Christel Sassou Nguesso. Que de temps perdu.

  Tamis

 Après moult tergiversations, Sassou Nguesso, Clément Mouamba et Calixte Ganongo se sont résolus à passer à la moulinette la gestion de Denis Christel Sassou de la SNPC. En sus de sa mise à l’écart et de son remplacement par Maixent Raoul Ominga, le député d’Oyo, la SNPC sera soumis au bistouris des fins limiers des finances. Sa gestion sera passée au peigne fin par des experts comptables.

Ainsi donc, la mort dans l’âme, au nombre des affaires inscrites à l’ordre du jour du Conseil des ministres tenu le jeudi 14 juin 2018, au Palais du peuple, sous l’autorité du Président de la République, Denis Sassou Nguesso, figurait le projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la loi créant la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Le nouveau texte adopté par les membres du gouvernement approuve, entre autres mesures, la poursuite de l’audit comptable et financier de cette société et de ses filiales. Le gouvernement va, pour ce faire, requérir l’expertise d’un cabinet de réputation internationale chargé d’auditer les comptes certifiés de la SNPC et promet de publier les résultats des études sur son portail officiel dans les meilleurs délais (Les Dépêches de Brazzaville, 14 juin 2018). Pourquoi avoir traîné les pieds ?

Après des années difficiles, la hausse des hydrocarbures constitue une bouffée d’oxygène pour une économie du Congo-Brazzaville en dépression qui ne cesse d’appeler la Chine au secours. Pour rappel, le prix du pétrole brut a baissé de 110 $/baril en 2013 à 30 $/baril fin 2015, avant de remonter régulièrement, malgré un repli courant 2017, pour atteindre depuis peu les 75 $. L’embellie a entrainé une hausse des recettes pétrolières. Cette hausse des recettes a provoqué auprès des autorités du Congo-Brazzaville une illusion de la richesse retrouvée au point d’occasionner les atermoiements dans l’application des mesures édictées par le FMI. Dotées d’un appétit insatiable, les autorités locales avancent comme des loups affamés vers la nouvelle proie(la manne pétrolière).

  Maudite huile

Au cours des dernières années, la baisse des rentrées pétrolières a été le résultat de la combinaison de trois reculs, celui de la bonne gouvernance, celui de la lutte contre la corruption et celui des prix du baril de pétrole. Représentant plus de la moitié des ressources budgétaires et 95 % des exportations, la baisse des cours a creusé le déficit budgétaire et diminué les réserves de changes du pays. A l’instar de la majorité des pays pourvus en hydrocarbures, le Congo-Brazzaville est victime de la malédiction du pétrole. Depuis la première découverte d’hydrocarbures, dans les années 1960, cette bénédiction du sous–sol ayant entrainé la facilité collective, n’a pas permis une véritable diversification de l’économie, un écher auquel il faille ajouter les prédations diverses et variées auxquelles se livre la meute (Cf. les panama papers, paradis papers) . Au lieu d’assurer un développement pérenne de l’économie, le pays a subi les évolutions du prix des hydrocarbures, à la hausse comme à la baisse.

Le FMI recommande au Congo-Brazzaville de profiter du regain des cours pétroliers pour remettre un peu d’ordre dans l’économie, La conduite de réformes structurelles, avec notamment une plus grande libéralisation de l’économie pour favoriser le développement du secteur privé, la réduction des instances politiques budgétivores… Malheureusement les faits nous ont démontré que le clan Sassou se comporte au sein de l’économie congolaise comme un loup dans la bergerie, se livrant à un carnage en règle.

Le Congo-Brazzaville sera-t-il victime du syndrome « mozambicain », un pays qui a bénéficié de la première tranche de l’aide financière et dont l’accord avec le FMI a été suspendu pour non application des conditionnalités ? Le risque est réel. Le dossier du Congo-Brazzaville n’étant pas soumis à l’examen du Conseil d’administration du FMI du mois de juin 2018 . Denis Sassou Nguesso s’en est aperçu et s’en est inquiété au cours du Conseil des Ministres du 6 juin 2018.

  Benjamin BILOMBOT BITADYS