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Pool : un champ de ruines oeuvre de Sassou et de son complice Ntumi

Congo B
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Lors du procès de Moscou de Dabira, ce dernier avait craché le morceau ! Ce général mbochi a  confirmé que c'est bien le pouvoir de Brazzaville qui alimente Ntumi en armes. Autrement dit, la fameuse "guerre du Pool " est une œuvre concertée de Sassou et de Ntumi de destruction du département du Pool.

Des images prises par les satellites montrent aujourd'hui l'étendue des dégâts. Villages bombardés, maisons incendiées.... L'accord  en trompe-l’œil de cessation des hostilités n'est qu'un intermède, un cessez le feu dicté par les difficultés économiques que traverse le régime de Sassou pour continuer l'objectif de toute une vie: la disparition d'une région.

Lu dans Irin

La forêt a progressé vers les champs non labourés. Elle a fait une incursion vers les maisons aux toitures de chaumes désormais en ruine; et elle s’étend sur les routes désertes autrefois utilisées pour le transport des bananes, des haricots, du manioc à partir de la région longtemps considérée comme le grenier du Congo-Brazzaville.

Pendant près de deux ans, les miliciens et des soldats opérant des barrages étaient les seuls signes de vie dans la région du Pool, située à 50 kilomètres à l’ouest de la capitale Brazzaville.

Maintenant, une partie des 108000 personnes qui ont fui leurs villages durant le conflit de 2016-17 qui a opposé l’armée congolaise et les rebelles Ninja, retournent dans leurs villages après la signature de l’accord de paix de Décembre.

Mais après la destruction des maisons et des villages par les militaires, les professionnels qui ont abandonné les écoles et les centres de santé, et la crainte que le conflit peut reprendre, beaucoup de résidents de la région du pool ont choisi le statut de déplacé et certains sont retournés à la pauvreté et à la misère.

Bombardement de Kindamba

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Yvonne Massembo, 70 ans, avait fui sa maison dans la ville de Goma Tsé-Tsé pendant le conflit. Alors que la vie dans le sud de Brazzaville en tant que personne déplacée, a été difficile, la mère de cinq enfants qui vit encore dans le sud de Brazzaville estime que retourner dans son village rendrait la vie encore  plus difficile.

Durant le conflit, sa petite maison en hutte de terre s’est effondrée après que le toit ait été volé.  L’équipement du dispensaire local a été pillé. La pirogue qu’elle utilisait autrefois pour traverser le fleuve Djoué pour atteindre son champ a été détruite.

« Si je repars [au village] qu’est-ce que je vais manger » a-t-elle dit? 

Troubles politiques, vies bouleversées

En décembre dernier, IRIN était la première organisation de presse internationale à accéder à la région du Pool pour répertorier les crimes commis contre les civils à la fois par l’armée congolaise et les rebelles Ninja.

La partie sud du pays a été bouclée pendant que les combats faisaient rage dans un conflit qui a commencé juste après l’élection présidentielle de mars 2016 ayant permis à Denis Sassou Nguesso de   retenir le poste qu’il occupe depuis 1979 avec une parenthèse de cinq ans.

Maintenant, la vie se normalise petit à petit. Les estimations du Programme Alimentaire Mondial indiquent que dans certains districts, tel que Kimba, presque tous les résidents déplacés sont retournés dans leurs villages. Hormis le chagrin de vivre loin de chez soi, les prix des denrées alimentaires de base comme le manioc et le riz ont dramatiquement augmenté pendant le conflit poussant ainsi plusieurs déplacés de retourner dans leurs champs.

L’accès humanitaire s’est aussi amélioré, particulièrement dans la partie nord du Pool où les villages subissaient un état de siège imposé par les militaires.

« Nous avons été en mesure de distribuer de la nourriture et faire des évaluations de la situation dans des endroits où nous ne pouvions pas le faire auparavant, a déclaré Jean-Martin Bauer, le directeur du Programme Alimentaire Mondial au Congo-Brazzaville.

Alain-Robert Moukouni, secrétaire général de Caritas-Congo, une ONG qui fournit de l’assistance humanitaire dans la zone du Pool a déclaré que les Ninjas ont désormais démantelé leurs barrières et que l’armée a cessé le harcèlement de populations pour l’extorsion d’argent. Dans les villes jusque-là inaccessibles les entreprises  ont maintenant repris de fonctionner.

Villages bombardés, maisons brûlées

Mais recommencer une nouvelle vie s’avère difficile dans des villages qui ont été sévèrement endommagés pendant le conflit. Dans le village de Soumouna, considéré par le gouvernement comme une base des milices Ninja, selon les images satellites obtenues par IRIN,86 structures ont été détruites entre fin février et mai 2016. Cette période coïncide avec les attaques de l’armée.

Les données satellitaires montrent que des maisons ont été aussi détruites à Kindamba Gouéni, Mayama et Malengo, pendant que des pans de villages ont été incendiés par les troupes au sol, selon plusieurs témoignages recueillis dans le Pool en décembre dernier par IRIN. Un travailleur humanitaire basé dans la région du Pool a décrit la campagne de l’armée comme une politique de « terre brûlée».

« Il ne reste plus rien » a dit Massembo de Goma Tsé Tsé, expliquant pourquoi elle ne peut plus retourner dans le village. « Toutes les maisons ont été brûlées ».

Les personnes déplacées sont aussi en train de retourner dans une situation de pénurie et de manque. Pendant le conflit, les champs étaient devenus très risqués, ce qui a empêché de pratiquer des plantations pendant deux saisons. Aujourd’hui, beaucoup de villageois sont incapables de se nourrir par eux-mêmes.

Les Nations Unies ont dépensé 13 millions de dollars pour fournir de l’assistance aux personnes déplacées pour la nourriture, de l’argent et des besoins de première nécessité. M. Bauer du PAM a déclaré que son équipe a pu atteindre un « nombre considérable de personnes ».

Mais les besoins restent considérables. Bauer a rencontré une femme dans un centre hospitalier près de la capitale, Brazzaville, qui est repartie dans son village dans le Pool mais s’est vite retrouvée dans le besoin de quitter parce qu’elle ne pouvait pas trouver de nourriture.

« Quand elle est revenue, elle a dit qu’il n’y avait rien là bas.» a expliqué Bauer. « son enfant est devenu malnutri, par conséquent elle devait retourner à Brazzaville ».

Le manque d’installations de base dans les villages aggrave le problème. La plupart des centres de santé ont été fermés pendant le conflit. La moitié des écoles primaires dans le Pool ont fermé et 65 ont été complètement détruites, selon l’ONU. Dans les districts comme Vindza, toutes les écoles sont fermées. 

« La vie doit être reconstruite » a déclaré Bauer. 

La Paix et les promesses

Les accords de paix antérieurs entre les Ninjas et le gouvernement ont tous échoué, jetant ainsi le doute si la possibilité d’un cessez-le-feu durable.

Dans l’accord signé en décembre, les Ninjas  ont accepter d’être démobilisés, de démanteler leurs barrières et de remettre leurs armes. En échange, le gouvernement

a promis la libre circulation pour le leader des Ninjas Frédéric Bintsamou, plus connu par  Pasteur Ntumi- ce qui veut dire qu’il ne pourra pas être arrêté.

Alors qu’il n’y a pas eu d’affrontements depuis décembre, Ntumi se cache toujours dans les forets du Pool, et beaucoup de ses combattants n’ont pas rendu leurs armes.

Un porte-parole des Ninjas qui a requis l’anonymat, a déclaré que Ntumi est toujours sous la crainte d’un mandat d’arrêt qui pèse sur lui. La demande de IRIN de parler directement avec lui a été rejetée.

« Il n’y a pas de  libre circulation comme promis dans l’accord de paix, a déclare le porte-parole des Ninjas car « jusqu’à présent, beaucoup de ceux qui ont été arrêtés sont toujours en prison ».

Le porte-parole a ajouté que les populations locales sont sceptiques sur cet accord de paix « car il y a encore des militaires dans les villages ».

« Il y a plus de soldats dans le village qu’il n’y a de locaux » a-t-il déclaré.  Cette perception empêche les gens de retourner dans les villages.

Bauer a confirmé que dans certains cas seuls les hommes sont retournés au village pour s’occuper de leurs cultures, laissant leurs familles en des endroits plus surs.

La répression continue

Plutôt que de chercher une fin sincère au conflit, la motivation de Sassou Nguesso à signer l’accord a été influencée par des facteurs économiques, a déclaré Brett Carter, professeur adjoint à l’Université de Californie du Sud.

L’un des plus grands producteurs de petrole dans la region, le Congo-Brazzaville a durement frappé par la baisse des prix du pétrole brut. La dette publique galopante, les salaires et les retraites impayés des fonctionnaires ont poussé le président de chercher un renflouement financier auprès du FMI.

Mais les négociations avec le FMI ont traîné en longueur, avec des activités militaires dans le Pool qui ébranlent les déclarations de transparence et de bonne gouvernance de la part de Sassou Nguesso, des déclarations auxquelles de toutes les façons le FMI ne croit à juste titre a déclaré Carter.

Depuis qu’il a changé la constitution pour rester au pouvoir, Sassou Nguesso a aussi fait face à une opposition croissante pour la reconnaissance de son pouvoir. Des piliers de son parti, le PCT, y compris Charles Zacharie Bowao et Andre Okombi Salissa se sont retournés contre lui. Même son propre fils Denis Christel Sassou Nguesso caresse l’idée de se présenter aux prochaines élections prévues en 2021. 

En réaction à ces multiples menaces, Sassou Nguesso a opté pour un « régime totalement autoritaire », a déclaré  Fonteh Akum, chercheur à l’institut pour les études de sécurité à l’université de Pretoria. Au mois de mai, Jean-Marie Michel Mokoko, un ancien chef d’état-major qui s’est présenté contre Sassou Nguesso aux élections présidentielles de 2016, a été condamné à 20 ans de prison pour « atteinte de la sécurité intérieure de l’État ». Okombi Salissa attend lui aussi son procès au courant de ce mois pour les mêmes charges

Ne sachant pas à qui faire confiance, Sassou Nguesso va probablement rester prudent de la frondeuse région du Pool qui représente selon Akum, « le seul endroit à partir duquel pourrait se émaner une contestation militaire contre le gouvernement de Sassou »

Plutôt que de se contenter d’un accord de paix « artificiel », Akum pense qu’il faut mettre en place une commission de vérité qui peut établir les causes profondes des dernières violences dans la région du  Pool et ses conséquences sur les populations civiles.

« Ces faits pourraient aider d’établir une sorte de compréhension à propos de qui doit être tenu pour responsable et qui doit payer des repartions pour les crimes commis » a déclaré Akum.

En ce moment, les résidents du Pool ont reçu que très peu d’assistance de la part du gouvernement.

«  Je n’ai pas d’abri et mon village a été ravagé » a dit un homme de 69 ans vivant actuellement à Brazzaville et qui s’est présenté comme portant le nom de Makoudou. Il a dit que sa maison, dans un village près de Vindza, a été partiellement détruite par les bombes durant le conflit, et les outils indispensables pour son travail ont été emportés.

« C’est ce qui m’empêche de retourner au village » a-t-il dit.  

.Source

https://www.irinnews.org/analysis/2018/06/18/razed-villages-and-empty-fields-await-congo-brazzaville-s-displaced

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