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Où est passé le projet de la convertibilité Yuan/FCFA ?

politique
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Du 4 au 8 juillet 2016, quelques mois après sa victoire frauduleuse à l’élection présidentielle, le sieur Sassou, étranglé par les difficultés financières, effectuait en Chine, une visite aux objectifs assez flous, comme il en a l’habitude. A la fin de la visite, toute une cohorte de propagandistes chargés de donner un contenu aux inutiles et coûteux voyages présidentiels s’était mis au travail pour souligner les points forts de ce déplacement. Très spécialisée pour mettre du vernis sur des meubles endommagés, cette armée de propagandistes, les uns se prenant pour des économistes chevronnés, les autres pour des spécialistes hors pair dans les questions de relations internationales, défilaient tour à tour à la télévision nationale pour expliquer que leur champion avait réussi la prouesse de signer des accords monétaires avec le président chinois Xi Jinping. Ces accords tournaient principalement autour de la convertibilité entre la monnaie chinoise et le franc CFA de la zone Cemac. Voilà donc le grand homme Sassou, homme des actions concrètes dans des œuvres grandioses, du moins dans les rêves de ses fanatiques.

Les propagandistes ont même poussé le bouchon très loin jusqu’à suggérer que le Yuan allait désormais circuler au Congo, ignorant toutes les règles en matière de circulation monétaire et surtout les implications de la circulation simultanée de deux monnaies dans une même économie et dans ce cas hypothétique, le yuan émis par la deuxième puissance économique mondiale en train de concurrencer un franc CFA en perte de vitesse car décriée comme un outil de néocolonialisme par des panafricains ayant le vent en poupe.  

Selon les cireurs de pompes de Sassou, l’objectif de cette prouesse était de sortir de la tutelle monétaire étouffante de la France et d’émanciper les pays africains tout au moins ceux de la zone franc Cemac. Le projet présentait tellement des mérites que la supercherie a fini par flatter mêmes les nombreux détracteurs de Sassou qui se battent pour une vraie indépendance des anciennes colonies françaises et par conséquent contre l’outil de servitude qu’est le franc CFA.

Nombre des détracteurs de Sassou qui le prennent pour un homme très porté sur des choses futiles, pour un champion de la violence en politique et le vol des deniers publics se sont dits : enfin, l’homme était sur le point de réaliser un projet de nature à le faire entrer dans l’histoire de l’Afrique francophone, comme celui qui aurait parachevé l’indépendance de son pays un demi- siècle environ après les fausses indépendances accordées par De Gaulle.

Mais, une année plus tard, il ne restait plus rien du projet grandiose de la souveraineté monétaire et de la convertibilité Yuan/Franc CFA. Les rumeurs colportées par les congolais indiquent même qu’il n’avait jamais été question de convertibilité du franc CFA dans les discussions entre Sassou et son homologue chinois et que les discussions auraient plutôt porté sur la restructuration de la colossale dette du Congo envers la Chine, laquelle dette a permis la réalisation de quelques ouvrages éphémères, comme les routes et autres infrastructures.  

Depuis l’été 2017, on ne parle plus que de la dette que le Congo et l’homme de la convertibilité imaginaire Yuan/FCFA, ont caché au FMI qui vient dans le pays pour une deuxième fois en moins de dix ans après des efforts infructueux dans l’initiative de PPTE, pour sortir le Congo de la débâcle socioéconomique engendré il est vrai en partie par la chute du prix du baril du pétrole mais surtout d’une gouvernance basée sur le vol effréné des deniers publics. Initialement estimée à 77% du PIB en mars 2017, la dette du Congo a été réévaluée à environ 120% du PIB à la fin du mois de juillet 2017. Ce chiffre n’incluait ni les dettes litigieuses, ni les arriérés intérieurs accumulés depuis 2014. Cette dette colossale et les raisons qui ont conduit à son accumulation en un temps records après l’effacement de la dette dans le cadre de l’initiative PPTE - corruption et détournement des deniers publics- compliquent énormément la signature d’un programme de soutien financier avec le FMI. 

Désormais la marge de manœuvre des propagandistes pour divertir les congolais sur les objectifs des déplacements présidentiels est devenue réduite. Ces voyages sont pour la plupart considérés comme des efforts infructueux tournés vers la recherche de l’argent frais pour renflouer les caisses vides d’un Etat ayant gagé sa production pétrolière sur plusieurs années.   

Fini donc l’enfumage sur le grand projet de la souveraineté monétaire.  La convertibilité Yuan/FCFA n’est plus sur les lèvres de nos économistes locaux, elle peut rejoindre les autres grands projets non réalisés de l’homme des actions concrètes comme la « santé pour tous d’ici à l’an 2000 » ou « l’autosuffisance alimentaire ».  Toutefois ne sous-estimons pas les capacités d’un pouvoir qui ne prospère que sur le mensonge et la violence. Le projet de ce pouvoir de faire du Congo un membre de l’OPEP en comptant sur l’Arabie Saoudite pour s’acquitter de ses cotisations statutaires de membre, pourrait bien jouer le rôle de divertir les congolais. Wait and see !   

Morawa

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