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Quand Sassou cultive la haine : Bienvenue chez lui

politique
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Tribune libre

On dit souvent que la bêtise est humaine. Mais quand celle-ci est perpétuée de façon récurrente et systématique par un groupuscule d’individus bien identifiés à la solde d’un tyran, on ne saurait parler de bêtise, mais plutôt d’actes délibérés.

C’est devenu presqu’un jeu banal…un rituel toute somme sordide auquel Sassou et ses hommes s’adonnent à cœur joie et pour lequel ils éprouvent un réel plaisir. Quiconque ose lever le doigt contre les dérives de cette dictature, n’y échappe pas : la torture. On se souvient bien encore  de ces images d’Augustin Kalla-kalla qui ont fait le tour du monde. Battu, torturé et laissé pour mort devant le CHU-mouroir, Augustin Kalla-Kalla s’en est certes sorti. Mais à quel prix ? Il portera les séquelles de la monstruosité de ce pouvoir inique toute sa vie. Pour un engagement politique, c’est trop cher payé.

La barbarie du régime Sassou n’a plus de limites. Aussi longtemps que j’ai pu remonter dans le temps, même dans mes souvenirs les plus enfouis sous l’occupation coloniale, jamais, de mémoire de Congolais, je n’ai vu une telle bestialité. Le cas Nelson Apanga est symptomatique de la folie de Sassou et ses hommes. Voici un étudiant, conduit sans ménagement dans les locaux de la police politique de Sassou (DGST), pour avoir réclamé le versement de sa bourse. Un sacré péché au pays du vieux dictateur, qui vaut à ce jeune quelques jours de tortures pendant lesquels il se retrouve avec la vessie bousillée. Transporté  à l’hôpital, il en ressort avec une sonde urinaire. Le voilà désormais condamné à vie. Il en portera lui aussi les séquelles.

Sassou et ses hommes cultivent la haine. Qu’est ce qui peut réellement justifier de tels actes de maltraitance à l’encontre de compatriotes ? Comme pour pousser un cran plus loin le vice, après avoir violé la constitution, opéré le hold-up électoral, tué et s’être livrés à des actes de torture, c’est à ces mêmes compatriotes et à toutes leurs familles que le vieux dictateur et ses hommes appellent au « vivre ensemble ». C’est comme si un serial killer qui, après s’être introduit chez vous, après avoir violé votre femme, vos enfants et tué vos parents, vous appelle à cohabiter avec lui sous le même toit.  Question : Sont-ils devenus si fous pour ne pas se rendre compte qu’un tel appel n’a absolument aucune chance d’aboutir ? 

Je le dis comme je pense, ces images de torture à l’endroit de compatriotes me sont insupportables, m’inspirent du dégout et sont de nature à susciter de la haine. Même du temps de l’esclavage où les noirs étaient envoyés comme du bétail par convois entiers, ceux-ci étaient mieux traités. Le silence et l’indifférence de certains compatriotes qui, si je ne m’abuse, semblent s’accommoder de cet état de fait, me sidèrent. Quid de ces images qu’on ne voit pas, de nombreux anonymes, de Jacques Banangazala et tous les autres, victimes de ces mêmes sévices

Qu’est ce qui peut réellement pousser ces hommes de Sassou à commettre de telles horreurs ? C’est comme si le brin d’humanité les avait déjà quittés. Nous sommes tous des Nelson Apanga, Kalla-kalla, Paulin Makaya, Mokoko, Okombi, les morts du Pool et j’en passe… Quoi que ces gens aient fait et quoi qu’ils aient dit, rien, absolument rien ne peut justifier que l’on inflige de tels traitements inhumains à des compatriotes. Sassou et ses hommes ont-ils conscience que ceux-là que qu’ils traitent ainsi, sont des pères, des frères, des cousins, des oncles… bref, les parents des autres ?

Que ressentiraient les auteurs de ces sévices, si jamais un des leurs était traité de la sorte ? On peut être inhumain, mais à ce point ? Les mots me manquent et les bras m’en tombent. Sassou a-t-il oublié la douleur qui était la sienne, lorsqu’il y a quelques années, il pleurait sa fille à chaudes larmes ?

Comment expliquer en effet cette barbarie que le régime de Sassou s’est appropriée comme méthode pour mettre aux pas tous ceux qui leur disent NON ? Non seulement ils ont tout volé, tout pillé et tué (comme dans le Pool), en plus, ils veulent qu’on se taise. Et puis quoi encore ? Mais, on vous emmerde ! On ne se taira pas. On ne se rendra pas. On ne capitulera pas.

J’ai récemment vu les images de Gys Fortuné Ndombé, amaigri, visage émacié, défiguré, complètement méconnaissable, me rappelant les images d’un autre temps, celles des déportés d’Auschwitz dans les camps de concentration. Que reproche-t-on à ce journaliste ? Officiellement, c’est pour avoir publié dans les colonnes de son journal les déclarations du Pasteur Ntumi avec lequel Gys Fortuné Ndombé serait resté en contact. Soit. Aujourd’hui, qu’observe-t-on ? C’est ce même pouvoir depuis un certain temps, qui a pris langue, via des émissaires avec ce même Ntumi, que l’on traitait encore naguère de terroriste, pour des pourparlers et des négociations de paix. Annoncé avec fracas par le pouvoir illégal de Brazzaville, l’accord dûment signé en décembre dernier battrait de l’aile au motif que Sassou et ses partisans en violeraient déjà les termes sur le terrain des hostilités (Pool). Et comme par hasard, c’est Ntumi et ses émissaires qui crient au diable. Ah ! ces Congolais, mais qu’est ce qu’ils sont d’une naïveté effarante ! Un tyran qui les enfarine depuis près de 40 ans, jamais ils n’en ont toujours pas tiré les leçons ?

Depuis quand Sassou respecte-il sa parole ? La main sur le cœur, il avait juré respecter ses constitutions successives, il n’a jamais cessé de les violer. 2015, c’est à peine hier, la date de son dernier parjure. Et c’est ce même Sassou, cosignataire le 10 Avril 1999 d’un accord tripartite avec le HCR et la RDC garantissant le retour des Congolais réfugiés au Congo voisin, qui lançait un vibrant appel radiotélévisé en rassurant la communauté internationale que rien de mal n’arriverait à ces Congolais qui avaient fui la furie et les exactions de ses hommes en armes. L’histoire sait ce qu’il en est advenu : fusillés comme des petits lapins au Beach par les hommes de Sassou, ces réfugiés furent ainsi arrachés à la vie. C’est l’affaire « des disparus du Beach ». 

Enfin, je voudrais ici m’adresser aux donneurs d’ordre de ces actes odieux de torture et leurs exécutants cachés à la DGST et autres commissariats ou officines de torture. Le Congo est un tout petit pays, tout le monde connait tout le monde. Comme toute chose a toujours un début et une fin, c’est la loi de la nature et ça, on n’y peut rien, le moment venu, ils auront à répondre de leurs actes devant une vraie justice, celle d’un Congo ressuscité, débarrassé des 40 années de dictature et ses vieux démons.

Jean Jacques MORAWA

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