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Mar, Sep
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Sassou : au nom du père, du fils et du clan

politique
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Le fils de son père qui s’avance avec arrogance, tel un prince émirati, n’incarne point le renouveau, mais il se place dans une logique de filiation visant la conservation de pouvoir qui renvoie à l’expérience togolaise, gabonaise ou congolaise (RDC).

Tribune libre

La vitesse avec laquelle l’on nous fait ingurgiter les choses nous prédispose à gober des inepties dont le but demeure invariablement l’effacement de la conscience du monde qui nous entoure, le maintien dans l’obscurantisme et l’exploitation outrancière de nos ressources. Dans la jungle de la misère congolaise, tandis que tout est inaccessible, seul le prix de la bière baisse et considérablement. Il s’agit là d’un indicateur sérieux d’une politique d’abrutissement des populations.

Qu’il s’agisse de la RD-Congo ou du Congo-Brazzaville, l’instrumentalisation des Institutions et l’orchestration de la misère conduisent malheureusement les populations à applaudir leurs bourreaux. Cette bizarrerie étrangement autochtone dégage des senteurs d’un bassin du Congo tenu en laisse par des maitres étrangers.

Sur la rive gauche du fleuve Congo, avec ses près de dix millions d’habitants, Kinshasa s’étouffe. Tout le monde sait que Jean-Pierre Bemba n’affiche pas la classe de Nelson Mandéla. Pourtant, force est de reconnaitre que Kinshasa a réservé un accueil chaleureux à cet ancien guerrier libéré des geôles de la CPI. Les turpitudes de Kabila ont été d’une nullité sans nom que l’on en vient à donner presque le bon Dieu sans confession à J. P. Bemba.

A Brazzaville, sœur jumelle de Kinshasa, rive droite du fleuve Congo comptant moins de deux millions d’habitants, c’est au nom du père, du fils et du clan de l’oyocratie que certains congolais applaudissent sans conviction Denis K. Sassou, le prétendu successeur de son père Denis Sassou N.

A peine masqué, Kiki manipule les populations, au travers de sa fondation d’une philanthropie douteuse dont le financement relève vraisemblablement des « Biens Mal Acquis ». A Kinkala, il a installé un hôpital de campagne destiné à prendre en charge, paradoxalement victimes désemparées de la guerre du Pool.

Des gangsters et voyous en col mao hier, aujourd’hui en col blanc, structurés faussement en partis politiques, associations ou fondations, font passer leur incivisme et leurs odieux forfaits pour de la politique ou de la générosité.

Trainé comme un boulet par la population, le pouvoir de Brazzaville est un excellent cas d’école d’affolement d’un pouvoir politique prédateur. Qui peut s’hasarder à évaluer avec exactitude les dégâts d’une imposture d’Etat mené par des narco-profito-situationnistes ?

Dans nos pays où la médiocrité l’emporte sur le bon sens, rares sont ceux qui s’interrogent sur la morale publique que cela révèle. Chez les bantous, les choses ont une respiration et il est nécessaire de prendre le temps d’un souffle de vie afin que les mânes acquiescent et que règne l’harmonie entre le jour et la nuit.

Ni Kiki, qui a accentué les dérives du régime pour lesquels son père titube devant le FMI, ni lui-même Sassou n’ont médité sur nos traditions séculaires et sur l’impact de leur politique sur le malheureux peuple congolais. Ils devront tous répondre de leurs crimes, tôt ou tard, face aux congolais, en dépit de leur toute-puissance « goût du sang ».

Au sein d’une république, autre que bananière, nul ne peut se substituer à l’Etat dans ses fonctions régaliennes, quels que soient son intelligence, ses talents ou l’état de sa fortune, en offrant bourses d’étude, campagne de santé publique etc.

Les congolais ignorent-ils, à ce point, la nature du pouvoir qui les asphyxie depuis des décennies ? Sans doute pas. Ce régime a endeuillé la quasi-totalité des familles du Congo soit par manque de soin, soit par des salaires ou pensions impayés, soit au travers des guerres à répétions ou des exécutions extrajudiciaires sans suite.

Que faudrait-il pour qu’on prenne conscience que les jeunes de Diata, Bakongo, Makélékélé, Pointe-Noire, Mouyondzi ainsi que ceux du Pool sont, autant que ceux du commissariat de l’ex-chantier naval congolais (Chacona), des victimes d’une barbarie d’un pouvoir arrogant devenu fou ?

Alors que les populations aspirent à une ère nouvelle porteuse de paix, de justice et de liberté, Sassou égrène avec cynisme son agenda personnel et s’en prend aux piliers de l’Oyocratie. Cette extension de la répression qui touche désormais les rangs et le fief du pouvoir laisse les populations assoiffées du vrai vent du dégagisme.

Le fils de son père qui s’avance avec arrogance, tel un prince émirati, n’incarne point le renouveau, mais il se place dans une logique de filiation visant la conservation de pouvoir qui renvoie à l’expérience togolaise, gabonaise ou congolaise (RDC). Il revient aux masses populaires de faire l’histoire, leur histoire, en se réappropriant le pouvoir afin de prendre leur destin en mains et canaliser ce qui s’est possiblement tramé dans leur dos et vraisemblablement venu d’ailleurs.

Lassé de la violence et des diversions cadavériques de l’omnipotent Sassou, le peuple congolais n’attend qu’une chose : la chute du régime qu’il incarne. Les oyocrates l’ont comprise et veulent éviter le naufrage collectif au travers « l’avenir des mbochis » quitte à envisager abattre leur chef de clan dans son avion en plein vol. Comme pour Marien Ngouabi ou pour les disparus du Beach, les comploteurs n’auraient sans doute pas assumé leur forfait. Ils auraient encore désigné des boucs émissaires du sillage kongo et expédié des innocents à l’abattoir ! C’est ainsi, depuis quarante ans.

Alors, les déboires de Dabira et autres contorsions de Ntumi n’émeuvent plus personne. Les manœuvres dilatoires de Sassou et de son clan à leur sujet constituent un non évènement. Elles servent à endormir leurs alliés du Fonds monétaire International qui stigmatisent la mal gouvernance.

Le danger, c’est l’attentisme des congolais qui tend à renforcer l’acclimatation des populations à cet enfer. La liberté n’a guère de prix si ce n’est celui de sacrifice. La jeunesse congolaise se doit de transgresser les absurdes codes de ce vieux régime dépassé tenu par des arrivistes insatiables afin de retrouver les perspectives d’un avenir porteur et participer enfin au concert mondial. L’enjeu consiste à renverser la toute table et proscrire l’interchangeabilité des acteurs.

Gabriel Garcia Marquez, dans « Cent ans de solitude » écrit que « les choses ont une vie bien à elles ; il faut réveiller leur âme». Toute la question est là. Harmoniser nos vies, conformément à nos traditions, entre les morts et les vivants, nos blessures et nos maladies, nos deuils et nos disparus, nos sueurs et labeurs, nos joies et peines devrait figurer à la base de l’édification d’un Congo nouveau.

Abraham Avellan WASSIAMA