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Sassou : valeurs ou antivaleurs

politique
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Désormais victime de ses propres contradictions, Sassou sombre dans les abimes de son régime sans la moindre perspective de sortie. Ses gesticulations sur la scène africaine, visent essentiellement à sauver les apparences alors que le pays agonise. Ses tergiversations avec le FMI ne sont qu’une des manifestations d’une incapacité à gérer le pays de façon moderne. Economiquement, il y a très longtemps que la messe est dite pour le pouvoir de Brazzaville.

Politiquement, il avait, d’entrée de jeu, laminé l’opposition en la neutralisant avec son épée. L’actuelle opposition intérieure qui essuie les plâtres, n’est qu’une frange du même pouvoir ayant osé s’affranchir de sa tutelle. D’où la méfiance de plus en plus grande des populations longtemps asphyxiées par les uns et les autres dans l’exercice de ce même pouvoir. Au fond, la population leur a tous tourné le dos et attend béatement la chute du régime.

En ce début d’année, Sassou tente une pirouette en se plaçant sur le plan du combat contre les antivaleurs. Faut-il en rire ? Ce réveil tardif exige une réelle introspection et une conscience proche du sabordement du fait que son clan chéri et ses barbouzes en sont devenus une parfaite incarnation. Les congolais, eux, rient (jaune) tant la racine de ce mot (valeur) devenu refrain au cœur du pouvoir résonne plus qu’un impératif. Par-delà des valeurs morales, il a manqué à ce pouvoir le sens des choses, leurs significations ainsi que la dite notion de valeur, tant quantitative que qualitative.

En effet, pour saisir ici ce qu’est une antivaleur, il convient d’abord d’en énumérer quelques-unes d’entre-elles que l’on répugne sur le monde sportif. La fraude, la corruption, le chauvinisme, le crime organisé, le racisme, la manipulation des compétitions, le tribalisme, le banditisme etc. Avec tout cela, on croirait lire la carte de visite du pouvoir de Brazzaville.

Longtemps, ce dernier avait méprisé les codes moraux qui régulent la cité en s’affranchissant allègrement des règles et cadres qu’il se fixait lui-même. Or, un Etat est une communauté des citoyens, lesquels tissent des liens sociaux par-delà leur diversité d’intérêts. C’est le défi d’un peuple et l’espoir d’une nation. 

Au crépuscule de sa vie, le Congo de Sassou n’est plus qu’une coquille vide. Après près d’un demi-siècle de pouvoir, les effets de son règne sont comparables à ceux d’un ouragan ayant dévasté et tout détruit sur son passage.

Le désastre est aussi social. Des pans entiers de nos traditions régis par nos valeurs séculaires ont été malmenés par le régime, depuis une quarantaine d’années. Le dernier fil de ce maillage sociétal fondé sur de la solidarité familiale ancestrale résiste, tant bien que mal, aux assauts des imposteurs. Mais combien de temps va-t-elle encore tenir avant de rompre définitivement, laissant ainsi libre cours à l’individualisme, cousin de l’égoïsme ?

La désorganisation de notre société par des bombardements lors des guerres successives, a accéléré la perte des valeurs au travers l’exode rural jadis justifié par des motivations économiques. La violence et le gangstérisme d’Etat ont achevé l’abandon des villages au profit des grandes villes comme Brazzaville et Pointe-Noire et avec lui l’amenuisement de nos traditions.

En négligeant la valeur et le pouvoir de l’eau, le régime de Sassou s’était disqualifié puis acculturé. Loin de la sagesse bantoue qui veut qu’elle soit la première chose que l’on offre à ses hôtes, l’eau vient à manquer constamment dans le pays alors qu’elle coule abondamment aux abords de nos villes et villages. C’est le comble de cet émirat pétrolier, membre de l’OPEP, qui se vautre dans l’incapacité à offrir à ses habitants ce qu’il possède à foison : l’eau.

Le fondement naturel de l’existence des congolais au pays des panthères Congo a pour socle de base l’eau. Nos aïeux avaient tellement saisi l’importance de cette durée sans laquelle la vie serait tout simplement impossible qu’il l’avait placée au cœur de nos traditions. Ainsi démarra l’aventure humaine dans le bassin du Congo, dès l’aube de l’humanité.

Qu’elle soit celle coule dans nos fleuves et rivières ou celle qui tombe sous forme de pluie et qui ruisselle irrigant nos sols, nos ancêtres les vénéraient. Les bénédictions, l’évocation des mânes, les incantations et autres rituels s’articulaient autour de l’eau. Plus qu’ailleurs, la valeur de l’eau est inestimable.

A Ewo, à Sibiti ou à Dolisie, on a vu des personnages, la bouche enfarinée, prétendre conduire des dialogues sans se « laver les mains ». Difficile d’obtenir des résultats probants aussi longtemps que ces pseudos sages ne se plieraient pas, à l’unisson avec l’ensemble du pays, aux rituels traditionnels, à l’instar de celui du lavement des mains, laissés par nos ancêtres.

La symbolique de lavement des mains et du versement du vin de palme aux quatre coins de l’enclos requièrent une réelle et profonde abstraction culturelle. Car, il s’agit là, au fond, du nettoyage par la vérité de cœur d’une personne qui, de fait,  libère d’autres cœurs.

La paix, et non le silence des armes, étant subséquente à la justice et vérité, le message du pouvoir de Brazzaville sur les antivaleurs ne sera véritablement entendu que lorsqu’il sera pur. Pour cela, il faut avoir la force d’avouer, l’humilité d’ouvrir son cœur et l’élégance de se laver les mains … à défaut de laver le pays. Paparipapa !

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Brève

Indigents

Fin du mois dernier à Brazza, 370 indigents ont été enterrés. Des corps souvent abandonnés, parfois depuis plus d’un an, par des familles sans le sou, et souvent dans un état de conservation qu’on ne trouve qu’au Congo.

Direction fosse commune, ou empilés par quatre dans des caisses ressemblant à des cercueils. Parmi ces corps, des sujets originaires de la RDC mais aussi, curieusement, des Congolais décédés à l’étranger dont les familles restées au pays ont dû perdre la trace...

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