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Sassou : la diagonale du vide

politique
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Aux procès de Brazzaville, il n’y a rien de nouveau sinon que la confirmation du caractère tyrannique du régime congolais qui sacralise l’arbitraire. Quarante ans après, le tribunal de Brazzaville n’a rien perdu de son ancêtre Cour Révolutionnaire de Justice. D’innombrables condamnations empreintes de couardises ont d’abord amusé les congolais. Puis, peu à peu, les exécutions extrajudiciaires ont fini par étaler, au grand jour, l’ampleur de l’arbitraire et ses ravages. Les libertés venaient d’être ligotées.

Dans la séquence actuelle, après avoir anéanti les forces de progrès du pays, il convient d’observer la manière dont le pouvoir de Brazzaville orchestre l’infanticide. Qu’il s’agisse de Ntsourou, Mokoko, Dabira ou Okombi Salissa, le règlement des dissensions internes liées à la succession de Sassou à l’hôtel de la république ne revêt, en réalité, aucun caractère salutaire pour le pays.

Nombreux sont ceux qui tentaient de vouloir conditionner la fin de la guerre dans le Pool à la libération des prisonniers politiques dont Mokoko et Okombi que l’on rangeait volontiers dans la liste des repentis. Sans confession ! Car, en eux, les congolais entrevoyaient surtout la possibilité d’éradiquer la dictature qui les étreint. Les partisans de cette conditionnalité sont actuellement dans leurs petits souliers.

En effet, ces oligarques passés à l’opposition, outre leurs velléités de vouloir se faire khalife à la place du khalife, n’ont que médiocrement convaincu les congolais dans leur capacité à porter les aspirations du peuple. Jamais, lors de ces procès, ils n’ont établi les liens existant entre les motivations de fond de leurs démarches avec le calvaire des populations et l’impérieuse nécessité d’y mettre fin. Au contraire, ils n’ont eu de cesse que de revendiquer leur appartenance à la nomenklatura allant jusqu’à rappeler leurs positions de dignitaires du régime qui devraient leur conférer une immunité.

Ainsi, ces pseudos procès lèvent une partie du voile sur les réserves que les populations nourrissent vis-à-vis des devanciers de l’opposition. Les occasions de défaire une dictature étant rares, ces anciens proches de Sassou, passés à l’opposition en mode caméléons, avaient en fait brillamment échoué à leur examen de passage au boulevard Alfred Raoul lors du mémorable meeting de l’opposition.

Géographiquement, cette manifestation se déroulait à quelques mètres des lieux du pouvoir (Ministères, Palais du peuple, Palais du parlement, Palais présidentiel, Universités, Collèges, Lycées, Ecole militaire, CHU, Stades, Camp militaire, …). Sassou se souviendra longtemps qu’il avait frôlé la correctionnelle ce jour-là.

Répondant à l’appel de l’opposition, la population, qui piaffait de briser ses chaines, venue pourtant en masse, avait été appelée bonnement à rentrer chez elle alors que toutes les conditions de la chute du pouvoir par soulèvement populaire semblaient être réunies. C’est l’une des principales raisons qui fait que la population leur tourne le dos.

C’est dans ce contexte que Sassou sanctionne ses traitres en les enfermant longtemps dans ses geôles à défaut de les expédier à l’abattoir comme eux-mêmes le faisaient. La radiotrottoir congolaise y voit une sorte de leçon de morale. Elle attend surtout le procès des chapeaux en plumes et des gros bonnets du clan.

La pratique de la violence au Congo par le régime de Sassou est un mouvement périodique. Dès qu’il s’agit de rendre les comptes ou de présenter tout simplement un quelconque bilan, le pouvoir se cabre et dresse son méchant regard vers le Pool qu’il exècre. C’est ainsi que cette région se trouve constamment confrontée à des situations de guerres artificielles où l’adversaire est tout aussi artificiel que l’ennemi préfabriqué.

Détenteur d’un bilan calamiteux, Sassou se vautre fréquemment dans le déni de la réalité avec une arrogance sans honte et proche de la désinvolture. Il masque son incapacité par les discours et conférences bidon, le tout dans un environnement hautement anxiogène.

Se battre pour rien, livrer des guerres intestines pour rien et s’encroûter à la tête du pays pendant près d’un demi-siècle pour rien s’inscrit dans l’absurde. Même les plus grands dictateurs mondialement répertoriés dans le dictionnaire des tyrans avaient un but. Souvent loufoques, mais ils en avaient un. En cela, le régime de Brazzaville détient un triste record ; celui du vide abyssal.

Comme en 2015, actuellement le Pool jouit d’un calme relatif et précaire en ce moment. Mais à l’approche des élections de 2021, les faucons du pouvoir chercheront à secouer à nouveau cette région pour conserver le pouvoir. Une recette de diversion bien rodée qui a toujours fonctionné. Les populations du Pool n’en peuvent plus de cette récurrente épouvantable mascarade.

Cette région devrait porter plainte contre les autorités congolaises pour Rupture d’Egalité Territoriale tant elle constitue désormais une diagonale du vide.

En déliquescence continue, le Congo-Brazzaville est loin d’être un pays pauvre. Mais il s’est appauvri en produisant ses propres pauvres par la cupidité et la pauvreté mentale de ses dirigeants. Accrochés au pouvoir uniquement pour s’enrichir, ces derniers ont fait de leur pays une prison pour les autochtones, un eldorado des chasseurs de scalps et un paradis des paresseux tout venant où règnent l’impunité et la corruption.

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