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Des relations entre les leaders politiques au Congo

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Des relations entre les leaders politiques au Congo pendant la période coloniale et post indépendance
(1940-1963)

Communication au Forum de l’Association Désir d’Unité


Emile OPANGAULT
Brazzaville ce 16 Mai 2019

Sommaire

  1. - Genèse : De   l’entité   Moyen  Congo  à  la  République   du  Congo ;
  1. Des  relations entre les  leaders politiques durant la  période avant  l’indépendance ;
  • III. L’avènement de  la  République  et  la  proclamation de  l’indépendance
  1. Des enseignements  à  tirer  pour  le «   vivre ensemble »

I - Genèse : de  l’entité Moyen-Congo  à  la  République  du  Congo

Créé à partir de 1903, le moyen Congo ou Congo français était  à l’origine, un territoire comprenant l’actuel Gabon et la République du Congo de 1882 à 1906. Il avait été créé suite  au traité conclu  entre le  Roi Makoko et Pierre Savorgnan de Brazza.

La capitale  en  était  d’abord Libreville jusqu’en 1906, puis Brazzaville.

Le Premier commissaire général en était  Pierre Savorgnan de Brazza

En 1906, le territoire du Gabon est détaché du Moyen Congo et devient une colonie distincte.

Le 1er  mars 1910, il est mis en place un gouvernement  général de l’Afrique Equatoriale Française comprenant  le Moyen Congo, le Gabon, le Tchad et l’Oubangui - Chari.

 Le Moyen Congo constituait  désormais une  entité administrative et  territoriale où étaient regroupées les populations qui formeront  en 1958 la République du Congo dont l’accession à l’indépendance aura lieu le 15 août 1960.Ces populations auront désormais le même destin et apprendront à vivre ensemble car elles étaient sur le même territoire.

Quoique essentiellement bantoues, ces populations sont issues de différents royaumes ou entités (Tékés,  et Kongos par exemple), dont une partie demeura  au sein des autres pays comme  la RDC, l’Angola, ou le Gabon.

En 1930, le mouvement nationaliste congolais naquit sous l’impulsion d’André Grenard  MATSOUA, sous l’appellation d’Amicale.

Le Moyen Congo sera exploité par des compagnies concessionnaires, qui y imposeront le travail forcé aux  populations. Pendant les deux  guerres mondiales, le Moyen Congo à l’instar des autres colonies   envoya ses fils contribuer  à la défaite de l’Allemagne.

L’ensemble des peuples qui vivaient au sein du territoire du Moyen Congo commença ainsi sa cohabitation sous la férule des autorités coloniales et des compagnies concessionnaires ;  un impôt de capitation dit  des 3 francs  leur fut imposé.

Dans la région du pool, cette pratique fut mise à mal par les  populations et  leurs chefferies  car le Préfet de cette région brillait  par  une  brutalité  excessive envers elles.

Il  s’appelait Pierre DE  BUTTAFOCO  et était administrateur de colonies,  chef du département du Pool. Il avait fait fusiller le Chef MBIEMO  et son frère  MILONGO, originaires de  la terre  de  Mpangala, après un procès expéditif en décembre 1940. Il soumit l’ensemble des populations à un traitement proche  de l’esclavage.

En 1943, non contents des supplices que connaissaient les populations indigènes en général, et celle du Pool en particulier, cinq personnalités originaires de la partie septentrionale   du Moyen Congo : Jacques OPANGAULT , Charles KIBA, Moise ECKOMBAND , Jacques MOUENEKOLO et  Pamphile ADADA, adressent une pétition de protestation au gouverneur général Félix EBOUE .Ce fut un acte de loyauté et surtout d’unité nationale, qui leur valut la déportation après un  procès politique.

 Ils  furent d’abord emprisonnés  à  Kinkala. Puis  Jacques OPANGAULT fut envoyé à Bangui,  Jacques  MOUENEKOLO au Tchad, Charles  KIBA au Gabon, EKOMBAND  Moise dans le Mayombe et Pamphile ADADA dans la Sangha. Ce dernier y perdit la vie quelques mois plus tard. Le  doyen  Edouard  BABACKAS  m’a  raconté  comment  pendant  cette   période, étant  allé  en  excursion  à  Kinkala avec  la  chorale  de  Sainte Anne,  il  croisa  monsieur Jacques Opangault, dans son  lieu de  détention, au  détour d’une  maison  alors  qu’il  cherchait  à  se  soulager.

Cet acte  prouve  à suffisance la  capacité de  ces  cinq  personnalités à  se  projeter dès  cette  époque dans  une  vision  nationaliste en  prenant  fait  et cause du  combat  mené  par  leurs  compatriotes de  la  partie  sud  du  pays. Il fallait  en ce  moment organiser la  résistance face  à un  ennemi  commun, car  ce  qui  était valable  pour  les  populations  du  sud, l’était  aussi  pour  celles  de  partie  nord du  pays.

II Des relations entre les leaders politiques dans la période avant  l’indépendance.

Le premier homme politique du Moyen Congo est  Felix Tchicaya.

 Dès 1949  il siège au palais Bourbon (assemblée nationale) où il représentait le Congo et le Gabon. Il créa le parti progressiste congolais (PPC) proche du parti communiste  français avec Monsieur LOUNDA Aubert. Il est aussi  cofondateur du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) avec Félix Houphouët BOIGNY.

Né en 1903 à Libreville, Il fait ses études primaires à Loango puis à Libreville avant d’être admis à l’école William Ponty  au Sénégal ; il fut instituteur, secrétaire, comptable, et a travaillé également au Ministère d’outre-mer.

Le PPC de Felix TCHICAYA remporta toutes les consultations à l’assemblée territoriale en 1947, 1951, 1956.

Mais en  1957, il subit un revers aux élections municipales à Pointe Noire, car son ancien lieutenant Stéphane TCHITCHELLE, passé à l’UDDIA de Fulbert YOULOU  y  est élu maire.

Cette défaite sonne comme un avertissement pour le parti de Felix THICAYA, qui connait une usure du pouvoir, et des démissions d’autres cadres comme Emmanuel Dadet Damonghot, Pierre GOURA et Simon Pierre KIKHOUNGA NGOT s’en  suivront.

Le second leader politique est Jacques OPANGAULT né en 1907 à Ikagna près de Boundji dans la partie septentrionale du Congo. Après des études chez les missionnaires, il choisit la carrière judiciaire et deviendra greffier.

Il crée un parti politique, le Mouvement Socialiste Africain (MSA) émanation locale de la SFIO.

Homme  d’une certaine  droiture, il joue pleinement son rôle d’opposant à THICAYA  entre 1946 et 1957, date à laquelle son parti obtient 23 sièges sur 45 à l’assemblée territoriale, les 22 autres revenants à l’UDDIA de l’Abbé Fulbert YOULOU.

C’est lui qui est chargé de former  le premier gouvernement congolais issu de la loi cadre .On y retrouve  l’Abbé Youlou comme Ministre de l’Agriculture, Stéphane TCHITCHELE Ministre des affaires Sociales, Simon Pierre KIKHONGA NGOT etc…..

Mais en novembre 1958, il est victime du débauchage  d’un de ses députés Georges Yambo, faisant  ainsi basculer sa fragile majorité. Il s’ensuit des émeutes à Brazzaville et Pointe Noire   au  début  de  1959.

Ce sont là les premiers incidents qu’ont connus les populations du Moyen Congo, territoire  qui  était sur le point d’obtenir son indépendance, c’est à dire la gestion  de ses propres affaires et de prendre son destin en mains.

Le troisième leader, l’Abbé Fulbert YOULOU est né en 1917 à Madibou, non loin de Brazzaville ; il fut notre premier Président de la République de 1959 au 15 août 1963.

Après des études au séminaire de Mbamou, et au grand séminaire au Cameroun, il sera ordonné prêtre en 1946.

Ayant eu des problèmes avec sa hiérarchie, particulièrement avec Monseigneur Michel Bernard, il est suspendu puis envoyé à Mindouli par mesure disciplinaire en 1954. De là il décide de se  lancer ouvertement  en politique, en se présentant comme une victime de la hiérarchie européenne de l’Eglise catholique ; il connait alors une ascension fulgurante et en 1956, son parti l’UDDIA remporte les élections municipales à Brazzaville, Pointe Noire et Dolisie. Il accède  ensuite à la magistrature suprême de manière controversée après avoir débauché un député MSA, et renversé ainsi le gouvernement de Jacques OPANGAULT.

Il conduit le pays à l’indépendance en août 1960, mais sera renversé trois ans plus tard le 15 août 1963 par un soulèvement populaire.

Aussi, en analysant cette période, l’on peut relever que  de 1946 à 1957, la scène politique était  dominée par le PPC  et le MSA. Aucune  émeute ni même un affrontement  à connotation ethnique n’a  marqué  cette  période. L’ensemble du pouvoir politique et surtout administratif était le  fait de la puissance coloniale. Si des manipulations ont  pu  être observées, elles ne se sont jamais traduites en animosités ethniques ou  régionales.

III- L’avènement de la République et la proclamation de l’indépendance

Les premières tensions politiques ont apparu  à l’approche de l’indépendance, car il se posait désormais le problème de la  gestion de  notre pays par les nationaux.

 Les émeutes de 1959  suite au  renversement  de  la  majorité  MSA  au  profit  de  l’UDDIA  de  l’Abbé  YOULOU, ont duré environ trois jours et des négociations sérieuses ont eu lieu entre les parties pour ramener la concorde nationale.

 Le Président YOULOU et son  challenger OPANGAULT firent ensuite une tournée dans le pays pour le faire comprendre aux populations. Le message était clair : la victoire d’un parti politique  ne devrait pas être comprise comme la mise à l’écart d’un groupe  ethnique par un autre dans la gestion de la  chose publique et partant dans la répartition de la richesse nationale.

C’était  là un  acte d’une  haute portée politique ; il  révèle la  capacité des  dirigeants à  transcender leurs querelles pour  affirmer la primauté  de  l’intérêt  national.

Des membres du MSA entrèrent au gouvernement car les négociations avaient amené chaque parti à faire des concessions pour sauver la République naissante.

Cependant, la  mise  en place d’un  gouvernement d’union nationale ne signifiait pas la fin totale de leurs divergences, mais désormais  les problèmes devraient être réglés autrement que par des affrontements violents. La nation étant naissante, les populations peu  scolarisées, qui ne se connaissaient pas encore bien, étaient tentées de s’aligner derrière un leader politique sur la base du terroir ou du groupement ethnique.

Entre temps  au  sein  de  la  classe politique, des passerelles s’étaient créées entre les leaders de différents partis, ainsi que des personnalités civiles de divers horizons.

Si le MSA comprenait  des dirigeants de la partie méridionale du pays, comme Simon Pierre KIKHOUNGA NGOT, THEOUSSE Bernard, ou Germain BICOUMAT, et disposait d’un électorat important dans le Niari,  Jacques OPANGAULT avait également  comme ami,  un  homme  d’affaires originaire de la région de Boko, le Commerçant André BIKOUMOU. Ils s’étaient connus en fréquentant un ami commun de  nationalité française et s’appréciaient  mutuellement et sincèrement.

 André BIKOUMOU paiera chèrement cette amitié car cet homme d’affaires prospère verra ses menuiseries et autres biens détruits dans le  quartier de Bacongo où  il  résidait, pendant les émeutes de 1959. Il s’exilera alors à Bangui.

Mais au sein même du gouvernement, Jacques  OPANGAULT avait des relations particulières avec le Ministre NZALANKANDA Dominique et le Maire Joseph SENSO de l’UDDIA.

Le Ministre  NZALANKANDA avait l’habitude de passer le dimanche, une fois tous les trois ou quatre mois en compagnie de son ami Jacques OPANGAULT. A la fin de sa vie, ce dernier avait exigé  que Monsieur NZALANKANDA assiste à ses obsèques à  Boundji.

La droiture et le respect  de la parole donnée chez  Monsieur Jacques OPANGAULT inspirait de la confiance auprès de ses interlocuteurs.

Cependant, le  premier évènement douloureux qui marqua la  jeune  République   après l’indépendance fut la  déportation  des  matsouanistes. Ces  citoyens originaires  de  la  région  du  Pool  comme  le  président  de  la   République,= contestaient  son  autorité  et  se  revendiquaient  de  l’obédience   de  MATSOUA  André  Grenard,  dirigeant   de  l’Amicale pourtant  déjà  mort  en  prison. Le  président   de  la  république prendra  la  décision  de  les  expulser  de  la  région  du  Pool essentiellement   vers  la  partie  septentrionale  de  République où  ils  s’établirent  pendant  longtemps  dans  des  conditions  précaires.

Entre temps, comme les divergences avec le Président YOULOU  persistaient, Monsieur Jacques OPANGAULT décida  de  quitter  le  gouvernement et  se  retira  à  Boundji en  1962. Mais    le  mécontentement  social  s’amplifiait,  le  Président Youlou   entrepris  de  convaincre   son  collègue  de  revenir  au  gouvernement. Il  initia  une  correspondance   que  nous   mettons  à  votre  disposition, où non  seulement se traduit  un  respect mutuel , mais  également  leur  profond patriotisme.

Après  son  retour  au  gouvernement en  mars  1963, ils  seront  renversés  quelques mois plus  tard par  le  mouvement  populaire  des  13/14 /15  août.

 Se  trouvant   à  Rome  en  cette  période,  Jacques  Opangault regagna  Brazzaville et  après  avoir  refusé  les  propositions  qui  lui  étaient  faites,  il  exigea  de  rejoindre  le  Président  Youlou  en  prison. Il  ne tolérait  aucun  coup  bas.

Pendant  près  de  trois  ans, son  compagnon  de  détention était  le ministre  Stéphane  Tchitchelle,  pourtant  issu   de  l’UDDIA. Leur  détention  n’a  fait  que renforcer  leur  amitié  et  leur  patriotisme.

IV- Des  Enseignements  à  tirer pour  le «  vivre  ensemble ».

En procédant  à  l’analyse  du  Moyen  Congo  à  la  République  du  Congo, l’on  peut considérer  que  nous  sommes   encore  une   nation  en  formation  dont  le  processus  de  maturation  qui  a  été  parfois  douloureux, reste  encore  long  et  parsemé  d’embûches. 

Ce  processus  n’ a pas été  facile à  bien  des  égards  et à ce  sujet  l’on  peut  citer  quelques  évènements qui  surviendront  après  la  révolution  de  1963 :

  • L’assassinat des hauts   fonctionnaires  Lazare Lin  MATSOCOTA ,  joseph POUABOU  et  Anselme  MASSOUEME en  1965 ;
  • Les évènements  du  camp  Biafra avec  la  défense  civile ;
  • Lae coup d’état  manqué  de KIGANGA ;
  • Le coup du M22 suivi  de  la  mort  d’ange  Diawara ,  IKOKO et  leurs  compagnons ;
  • La fin tragique   des  Présidents  Alphonse Massamba-Débat   et   Marien  Ngouabi ;
  • L’assassinat du Cardinal  Emile  BIAYENDA ;
  • Les évènements de 1997 ;
  • Les guerres successives dans  le  Pool  depuis 1998.

Malgré ce  chapelet d’ évènements  tragiques, rien  ne  doit  empêcher  notre  pays  à  devenir  une  véritable  nation  où  il  ferait  bon  de  vivre  ensemble.

Mais  qu’est-ce  qu’une   nation en  réalité ?

C’est avant  tout  une communauté déterminée  d’individus.  Elle  n’est  pas une  communauté  de  races  ni  de  tribus, mais une  communauté d’hommes  historiquement  constituée.

Ce  n’est  pas  un  conglomérat  accidentel, mais  une  communauté stable d’hommes partageant  le  même  destin.  Certes , ce  critère  seul ne  suffit  pas car  il  faut  y  ajouter  la  communauté  de  territoire  administrativement  parlant, ainsi  que  la  communauté  de  langue.

A  cela  il  faut également  ajouter la  vie  économique  commune  car  cette  cohésion  économique est  à  l’origine du  processus de  création  de  la  richesse  nationale, des  échanges  entre  agents économiques et  du  mouvement  des  populations  à  la  recherche  du  travail  dans  des bassins d’emplois.

Un  autre  critère  peut y être joint : c’est  la  formation  psychique appelée  caractère national qui  se  manifeste à  travers  la  culture ou  plutôt l’exception  culturelle  d’une  nation.

Pour  nous   résumer, la nation est  une  communauté d’hommes  stables, historiquement  constituée, de  langue, de  territoire, de  vie  économique et  de  formation  psychique  qui  se  traduit par  la  communauté  de  culture.

Le  caractère  national  c’est  la  somme des indices distinguant les  hommes  d’une  nationalité de  ceux  d’une  autre, un  complexe de  qualités  physiques et  morales qui  distingue une  nation d’une  autre. Par  exemple,  un  Kongo   de  RDC, devient  différent  de  celui  de  l’Angola ou  de  la  République   du  Congo,  même  s’ils  ont une  communauté   de  langue.

Les  critères   ci-dessus  cités sont-ils  vérifiables  pour  notre  pays ? A mon humble  avis, cela  est  vrai   même  si  beaucoup  de  choses  restent  à parfaire. Si  nous  nous  retrouvons  ici  pour  échanger sur  « le  vivre  ensemble »,  c’est  à  dire sur  la  cohésion  de  la  nation,  c’est  qu’il  existe  encore  des frustrations  profondes voire des déchirures  au  sein  de  notre  peuple.

Ainsi  la  question  reste  posée  au sujet du futur de  la  communauté  d’hommes  qui  forment  notre  Etat-nation. Que  restera-t-il  de  cette  communauté dans dix, vingt  ou  cinquante  années ? quel  héritage laisserons  nous  à  nos  descendants   car  une communauté  divisée  restera  la  proie  des  voisins  plus  puissants.

Exceptés  quelques  cassandres, l’ensemble des  congolais, particulièrement  ses  élites émargeant dans  les  différents  partis  politiques ou  de  la  société  civile, semble  déterminé  à  construire une  nation  cohérente et  moderne où  il  ferait bon  de  vivre  ensemble, malgré les  écueils  ou autres  divergences.

L’on  retiendra  d’abord  que la  fragilité  de  la  cohésion  nationale se  manifeste particulièrement lors  du  passage  au «  révélateur »  des  élections, qui  demeure  un  moment  fatidique pour  le  choix des  mandataires  politiques  ou  sociaux.

 Si  dans des  pays  comme  le  Cap  vert, l’Ile  Maurice,  le  Sénégal, et  d’autres  cela  semble  être  résolu, dans  beaucoup  d’autres  pays  africains , ce  problème  demeure  une  pomme  de  discorde  permanente. Notre  pays n’y  échappe  pas  encore  totalement., car ce  processus  reste  à  parfaire en  partant des    programmes des  partis où les entrepreneurs  politiques   cachent  mal  une  mobilisation   ethnique ou  clientéliste, puis  en  examinant un  fichier  électoral loin  d’être  consensuel,  jusqu’aux  décomptes  des  résultats qui, pour  la  majorité de la  population,  ne  portent  pas véritablement une  marque  de  sincérité   au sein  de  l’opinion  publique.

Aussi, les  élites  intellectuelles et  politiques congolaises doivent-elles   être  constituées d’hommes  sincères, hommes  de  parole, afin d’instaurer  un  climat  de  confiance indispensable  à  la  gestion  de  la  chose  publique. Outre les outils  traditionnels  nécessaires  à  la  bonne  marche d’un  Etat  moderne  comme  la  séparation  des  pouvoirs, les  leaders doivent trouver  le  moyen  de faire  comprendre au  peuple  que  l’accession d’un  citoyen  à  la  magistrature  suprême ne  pourrait  se  faire au  détriment  des  autres  ethnies ou  groupes  sociaux. Une  telle  pratique ne  pourrait engendrer que  des  frustrations sociales  nocives  et  destructrices, voire  un  recul  dans  le  développement  de  la  nation.

Par  ailleurs,  d’autres  pistes  peuvent  être  explorées  afin de  raffermir la  cohésion  nationale  et  instaurer   un  vivre  ensemble sincère. Il  s’agit  de :

  • La création  d’autres  instruments  juridiques ayant vocation à rassurer l’ensemble  des  ethnies ou  groupes sociaux et  à proscrire  la  violence ;
  • L’amélioration du système  éducatif ;
  • L’amélioration de la  gestion  de  la  chose  publique ;
  • Une  lutte  résolue  contre  l’impunité ;
  • Le choix  des  cadres  dirigeants sur  la  base  de  la  compétence  et non  du  clientélisme ;
  • Le développement   accéléré  du  monde    rural ;

Il  faut  cependant   relever que  le  processus  de formation  de  toutes  les nations  modernes  n’a  jamais  été  un  long  fleuve  tranquille. Mais à  chaque  écueil  ou  crise, les  dirigeants et  les  populations doivent  trouver  des  solutions idoines pour avancer  dans  la  construction  de  leur nation.  Cela  implique des  efforts  et  des  concessions  de  chaque partie  pour  la  mise  en  œuvre  d’un  Etat  de  droit.

A ce  propos, il  me  souvient que le  1er  Novembre  2018, à  Oyo  le  président  de  la  république en  recevant  une  délégation   des  sages  du Niari qui lui posaient  les  problèmes  de  développement  de  leur  département, avait  déclaré à  ses  hôtes : «   quoiqu’il  en  soit, le  Congo  devra  connaître  son  développement  pourvu  que  les  fils  de  ce  pays  arrivent  réellement  à  s’entendre et  rester  unis ».

Les  élites  de  notre  pays doivent  comprendre la  mission noble  et  sacrée  qui  est la  leur, car  le  niveau  de  frustration  et  de  déchirures  au  sein  de  notre  peuple  reste  réellement  préoccupant. Plus cette fracture  s’accroit, plus  la  perspective de  construire une nation  unie  et  prospère s’éloigne. Il  faut  donc  de  l’audace. Cela  commence toujours  par  une  élite qui  au  départ   peut  être  minoritaire dans  le  pays, mais  qui  au  fil  du  temps finira  par  emporter  l’adhésion  d’une  majorité  de  la  population.

 Chaque   congolais  sur  n’importe  quelle  partie  de  notre  territoire  doit  se  sentir  chez lui et  ne  manifester  aucune  inquiétude.

Notre  pays   ne  pourra  connaitre aucun  développement  si ses  filles  et  ses  fils  ne  peuvent pas  vivre  ensemble. Aussi, les  frustrations  des  uns  et  des  autres doivent-elles  être  réglées  par  l’Etat  de  droit  et  la  sagesse  de  nos  ancêtres.  Tous  les  Congolais  sont  condamnés   pour  longtemps  à  vivre  ensemble beaucoup plus  pour  le  meilleur  que  pour  le  pire.  Avec  beaucoup  de  volonté  et  de  bonne  foi,  nous  atteindrons  cet  objectif  le  plus tôt  possible.

Emile  OPANGAULT

XXXXXXXXX

LETTRE DU PRESIDENT FULBERT YOULOU
A SON AMI JACQUES OPANGAULT
( 20 mars 1963)

 

TRANSCRIPTION
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Présidence de la République
à Monsieur jacques OPANGAULT
PR/320

Mon cher AMI,

Il ne peut vous échapper qu'avant de m'entretenir avec vous, il me serait particulièrement agréable d'être tenu informé avec précision et sans ambiguïté de vos intentions présentes et futures.

Connaissant l'amour passionné que vous avez pour notre patrie, je vous ai demandé d'apporter votre aide constructive à l'édification de notre beau pays ; C'est dans ce sens que je vous demande maintenant de me dire , et ce avec franchise et sans équivoque, quel est votre point de vue sur ces sujets particuliers.
Je sais combien vous êtes attaché à notre CONGO, et nul ne peut ignorer et n'ignore ce que vous avez fait dans le passé pour le développement harmonieux de notre nation et pour son épanouissement actuel.

En toute sincérité , je dois vous le dire et, je vous le dis, car cela est la vérité, votre lutte acharnée pour la liberté et votre combat valeureux pour l'émancipation de notre jeune République, font de vous un grand congolais.

C'est dans cette optique que je prendrai toutes les mesures , aux fins de vous permettre de tenir le rang auquel vous pouvez prétendre.

Je vous demande donc, avant d'avoir le plaisir de vous recevoir, de bien vouloir répondre à cette lettre , ce qui me permettra de prévoir le thème du 2éme entretien que j'aurai à ce moment-là, la joie de vous accorder.

Je vous prie d'agréer, mon bien cher ami, l'expression de nos sentiments les meilleurs et ma plus haute considération.

ABBE FULBERT YOULOU
Président de la République
Source : DAM : direction des affaires africaines et malgaches du quai d’Orsay, ministère des affaires étrangères FRANCE

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

Réponse de Monsieur JACQUES OPANGAULT
au Président FULBERT YOULOU,
suite à sa lettre no 320 de mars 1963
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TRANSCRIPTION
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Monsieur le Président de la République
Chef du gouvernement
Abbé FULBERT YOULOU
BRAZZAVILLE
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Monsieur le Président,

C'est avec un vif plaisir que j'ai lu votre lettre no 320 du mois de mars courant .

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier franchement de vos exaltantes appréciations à mon égard.
Malgré les médisances et les rumeurs absurdes, je pense que vous aurez toujours un bon souvenir de notre collaboration au sein du Gouvernement de la République.

La seule condition est d'être utile à notre cher Papa (le CONGO) .

Vous êtes sans ignorer les souffrances que j'ai endurées sous le régime colonial pour atteindre mon idéal qui est toujours de servir notre CONGO.
A cet effet, j'emploierai toute mon énergie qui me reste encore et, je la mettrai à votre disposition en toute dignité et en toute considération attachée à mon tempérament.

Je vous prie Monsieur le Président, de croire à l'expression de ma haute considération.

JACQUES OPANGAULT
Vice-président démissionnaire
28 mars 1963
Par louis aimé MPASSI
ADDCF
Association pour la Défense des Droits des Congolais en FRANCE
Source : DAM
Direction des affaires Africaines et Malgaches
Ministère des affaires étrangères FRANCE QUAI D'ORSAY
REF/ 323 QONT 11

NB : au cours de nos précédents TRANSCRIPTIONS et actes sous seing privés, nous n'avons cessé de rendre hommage à cet illustre personnage, que nous n'avons guère connu mais que nous avons découvert à travers des témoignages et des actes indélébiles qu'il a posé en sa qualité de gouvernant . Encore une fois, nous souscrivons à nos écrits antérieures, aux fins de mettre en relief JACQUES OPANGAULT et sa noble vision pour le CONGO car, comme disait CICERON, « s’il ne se passe rien, écrit pour le dire ». Merci de nous croire.

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