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Mer, Sep
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De la bananière à une république dynastique

politique
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Hier, c’était avec le colon. Aujourd’hui, la jeunesse africaine affronte paradoxalement ses propres congénères africains englués dans des tristes postures d’oppresseurs et de dictateurs.

La brutale « réforme » constitutionnelle engagée opportunément par le pouvoir n’est qu’une sorte de serpent de mer utilisé par ces mêmes dirigeants peu scrupuleux afin de s’exonérer des contraintes qu’impose une démocratie avérée. Sous une rhétorique aux accents démocratiques « référendum, élections, dialogue, … » se cache, en réalité, une froide imposture sur fond de corruption, d’affairisme et de gangstérisme.

Cette haute trahison, consistant à s’octroyer des mandats supplémentaires au-delà des limites réglementaires, se répand en Afrique telle une pandémie. Elle constitue la dernière perversion de la démocratie mise en œuvre par les dirigeants africains. L’hostilité des populations face à ces parjures appelle pourtant à d’autres mœurs politiques beaucoup plus exigeants et porteurs d’espoir.

Tout parait comme si une malédiction frappait l’Afrique depuis la nuit des temps. A chaque fois qu’une lueur d’avancée s’annonce, surgit toujours un accident de l’histoire venant compromettre le salut. N’y aurait-il pas un bon Dieu là-haut qui se chargerait, tant soit peu, de nous éviter ces déconvenues ? Peuple millénaire payant très cher son aventure humaine, les africains savent qu’il n’y a pas de fatalité, mais il faut savoir résister.

Il est évident que l’homme ne peut s’élever, ni s’épanouir, aussi longtemps que sa liberté s’avère constamment bridée. Une cruelle réalité qui bâillonne les populations africaines plongeant ainsi les pays dans une noyade sans dimension.

A la veille des scrutins aussi cruciaux qu’une élection présidentielle, il est du devoir du chef de l’Etat, de se concentrer sur la tenue des élections libres et transparentes conformément à la Constitution, « sa Constitution ». Il n’y a aucun caractère urgent quant à une réforme constitutionnelle clivant le pays et porteuse de divisions annonciatrices de violentes bourrasques, préludes d’un chaos.

Dans un contexte continental où l’on exhume le corps du feu Président Faso, Thomas Sankara, où le Nigéria expose aux yeux du monde une louable démonstration d’alternance tant souhaitée en Afrique et où le vaillant peuple burundais tentent courageusement d’emboiter le pas aux burkinabè, les contorsions des dirigeants congolais, angolais, rwandais, togolais, gabonais, camerounais, gambiens, soudanais, … s’apparentent à un refus d’aller de l’avant retardant ainsi l’avènement démocratique.

C’est en cela que les résistances africaines qu’on observe, ici ou là, prennent un sens et constituent un élan d’espoir réconfortant. Cependant, l’immensité du devoir à accomplir face à ce défi, impose à l’opposition officielle locale une solide cohésion en vue d’asseoir sa totale respectabilité. Mais la vraie opposition est, sans aucun doute, cette jeunesse sans perspective qui se résout à investir les rues pour se défaire des dents de la dictature. Elle mérite toutes nos faveurs.

Quoiqu’il en soit, ce dialogue politique biaisé, initié dans la panique et servant d’alibi pour perpétuer un système moribond par le pouvoir de Brazzaville est malheureusement repris en contagion dans d’autres pays africains.

Ces consultations relèvent d’un enfumage sou tendant la corruption. Elles visent essentiellement l’ébranlement des institutions en vue de l’introduction des dispositions iniques ayant pour objectif principal, la protection du futur ex-président et son clan au regard des nombreux crimes et malversations dont ils se sont rendus coupables tout au long de leur règne.

Quand sonne l’heure des comptes, il est vertueux pour le responsable premier de se hisser à la hauteur des enjeux en sachant prendre le contrepied des courtisans afin d’initier, même tardivement, les bonnes mœurs politiques.

Il convient de noter que, même si le successeur fait mieux, le mérite revient toujours à celui qui commence. Mais il est vain de penser que les manœuvres que l’on observe au Congo-Kinshasa, au Gabon, en Guinée, au Togo, au Burundi … soient en phase avec les aspirations des populations.

Le pouvoir de Brazzaville illustre bien les malaises qui révulsent les africains. L’avenir du Président congolais étant quasiment fléché, le musée ou l’univers carcéral, l’homme redoute la fin imminente de son mandat prévue constitutionnellement.

Après s’être accaparé de la machine étatique, après avoir fait main basse sur les richesses et l’économie du pays et après avoir ligoté les libertés fondamentales, se pose, pour le chef de l’Etat congolais, la question de survie après le pouvoir. D’où sa tentation de le confisquer à jamais ou de propulser le pays d’une république déjà bananière à « une république dynastique ».

Ainsi, à défaut du père, ce serait le fils Sassou qui prendrait la succession, comme au Gabon, comme au Togo, comme au Congo-Kinshasa, … Hors de question, point de pater familias ! Rétorquent les démocrates et défenseurs de l’ordre constitutionnel.

Avançant tête baissée vers son destin à travers une modification inopinée de la Constitution pour un nième mandat, le Président congolais qui totalise, à lui tout seul, près d’un demi-siècle de pouvoir, vient de lancer ex nihilo un étrange « dialogue » monolithique alors que le pays est stable et que les institutions fonctionnent « limpidement ». Le chef de l’Etat congolais, ne serait-il pas lui-même le fauteur de trouble en chef ? Pourrait-on se demander.

Dans sa volonté d’éradiquer la dictature, exiger le respect des textes en vigueur est d’une subtilité essentielle enfermant le pouvoir dans sa propre vérité. Evolution majeure d’une jeunesse connectée, longtemps infantilisée mais aujourd’hui prête à prendre ses responsabilités. Jamais, la jeunesse africaine ne s’était levée telle une ola lancée depuis le Maghreb et parcourant l’ensemble du continent africain.

Sortir des républiques bananières tout en refusant le folklore d’une dynastie poursuivant, pour l’essentiel, les mêmes objectifs de tristes mémoires notamment la confiscation des libertés, l’asservissement des populations et le siphonage des richesses du pays est une alternative qui se construira, hélas, dans la rue, dès lors que les dictateurs africains restent sourds aux cris venus des profondeurs du pays réclamant bien plus que le changement ; la rupture, en vue d’une société beaucoup plus juste.

 

Abraham Avellan WASSIAMA

Notre commentaire

Lu dans la presse

Christel Nguesso, responsable de l’association Perspective d’avenir " est allé lancé, ce dimanche 7 juin à Pointe-Noire, un programme de santé communautaire qui se traduit par une médecine mobile de soins de proximité et gratuits en faveur de 10 000 personnes. Le programme va, à terme, couvrir l'ensemble des douze régions que compte le Congo, selon son initiateur ".

Il est vraiment fort ce garçon ! Il fait des dons aux Congolais avec leur propre argent, l'argent qu'il leur vole. Un vrai tour de passe-passe. Mais comment fait-il ?

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