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Entretien avec Hervé Mahicka

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" A la veille du dialogue de Sibiti, après trois reports en une semaine de la réunion de prise de position du BEN sur le fond, il [le Conseil national] n’aura finalement jamais lieu. Hellot Mampouya a donc décidé d’aller à Sibiti défendre ce que nous ne savons pas, ce sur quoi nous ne nous sommes jamais exprimés, se contentant de répandre en petits comités qu’il optait pour le changement de la Constitution, et laissant proliférer une guerre d’intimidation envers ceux qui s’y opposent ouvertement ".

Hervé Mahicka était l'un des frondeurs du MCDDI qui, il y a quelques années avaient fait dissidence et créé, sous l'instigation d'Hellot Mampouya La Dynamique Républicaine (la DRD), un parti situé plutôt du côté de la Majorité présidentielle. Directeur de cabinet du président du parti et conseiller technique du ministre de l'Enseignement, il a perdu aujourd'hui l'un et l'autre poste. Il nous explique la crise que traverse ce parti et pose un regard avisé sur la situation politique que traverse le pays.

Vous avez été longtemps membre du MCDDI sous Bernard KOLELAS et sous KOLELAS fils. Puis vous vous êtes retrouvé à la DRD d’Hellot MAMPOUYA. Que s’est-il passé ?

En 2012 j’avais pris l’initiative de provoquer une fronde au MCDDI, pour inciter à plus de démocratie, plus d’ouverture, une meilleure organisation et une vision fédérant les centaines de milliers de sympathisants qui étaient désemparés. J’ai réuni cinq membres du BEN du MCDDI pour exiger officiellement un congrès, et Hellot MAMPOUYA a pris la tête du mouvement. La fronde s’étant soldée par une exclusion du parti de l’époque, nous avions alors décidé de créer notre parti sous les valeurs d’origine de nos pères consacrées à la Conférence Nationale Souveraine, en insistant sur la modernité, le dynamisme et l’universel. J’ai ainsi été porte-parole du courant des frondeurs, puis membre du BEN de la DRD et directeur de cabinet de son président.

Y aurait-il eu ces dernières semaines un congrès pour décider si ce parti était pour ou contre le changement de la Constitution et que par peur d’être mis en minorité, Hellot MAMPOUYA aurait mis fin aux travaux ? Est-ce bien cela ?  

Sur la question institutionnelle, le Bureau exécutif national du parti avait choisi d’en débattre d’abord en son sein, puis de convoquer le Conseil national (instance équivalent au comité central) pour trancher et donner la position. Mais le débat au Bureau exécutif national a été sans cesse évité, repoussé, presque interdit. Quant au Conseil national il était programmé pour le plus tard possible et fut trois fois ajourné, comme pour mettre les militants sur le fait accompli d’une décision du Chef de l’Etat ou du dialogue national qui s’annonçait, et que cela s’impose à tous, de fait. A la veille du dialogue de Sibiti, après trois reports en une semaine de la réunion de prise de position du BEN sur le fond, il n’aura finalement jamais lieu. Hellot MAMPOUYA a donc décidé d’aller à Sibiti défendre ce que nous ne savons pas, ce sur quoi nous ne nous sommes jamais exprimés, se contentant de répandre en petits comités qu’il optait pour le changement de la Constitution, et laissant proliférer une guerre d’intimidation envers ceux qui s’y opposent ouvertement.

Et c’est ce qui a conduit à votre démission ou éviction ?

J’ai mis fin à ma participation au BEN parce que le débat interne était refusé. La politique, disait Platon, c’est l’art de conduire les hommes avec leur consentement. Je peux admettre qu’un Président de parti puisse trancher sur la position de son parti sans tenir compte des majorités. Mais cela intervient après que les opinions soient entendues en plénière de l’instance dirigeante et que la délibération du président soit communiquée aux intéressés. Nous ne sommes pas des moutons pour suivre sans savoir, surtout sur un sujet aussi capital que celui-ci. La technique des rumeurs, de la fuite des débats et de l’intimidation ne correspond pas au parti moderne que nous nous étions engagés à créer. En politique on doit avoir des convictions et la sincérité de les dire. C’est le respect minimum qu’on doit aux compagnons et au peuple. Voici pour la forme.

Pour ce qui est du fond, ma position est que l’alternance imposée par les textes est une garantie démocratique fondamentale. Elle fut instituée par la Conférence nationale souveraine, notre cadre de référence. C’était cela l’esprit qui a patronné à la création de la DRD, et le sens du mot républicain dans le nom du parti auquel on a adhéré, signifiant l’attachement au cadre légal et institutionnel de la République, seule garantie de paix durable, de justice et d’équité. Vouloir négocier avec ces principes à la DRD, c’est renoncer à notre essence même, c’est renier la Conférence Nationale Souveraine, c’est tuer Bernard KOLELAS deux fois. C’est purement et simplement une trahison.

Finalement, Hellot MAMPOUYA n’a pas fait autre chose que ce qu’il dénonçait…

C’est fort dommage. Cela doit nous servir à tous de leçon surtout dans les moments de lutte comme ceux que le pays traverse actuellement.  Tout le monde vient se dire démocrate et nous vendre du rêve. Mais lorsqu’il s’agit de l’appliquer et surtout de se l’appliquer, les vrais se comptent du bout des doigts. Mais en même temps, si la démocratie reste l’argument qui fait le plus recette auprès du peuple congolais, j’ai bon espoir qu’on y arrivera un jour. Il faudra du courage et de la détermination.

En tant que directeur de cabinet du chef du parti, pourrez-vous nous dire la nature réelle des rapports entre le PCT et la DRD car, pour les Congolais, ce parti n’était qu’une création du pouvoir pour affaiblir le MCDDI ?

Je vous ai relaté plus haut mon rôle d’initiateur dans la démarche qui a conduit à la création de la DRD. Mes motivations de l’époque sont toujours celles que je poursuis aujourd’hui. Si d’aventure d’autres engagements ont été pris, je n’y ai pas été associé et je n’en ai jamais été informé. Quant à l’opinion congolaise, elle s’est forgée face au comportement que la DRD a elle-même affiché. En effet, n’apportant rien au débat politique national sauf un griotisme exacerbé comme pour être plus pécétiste que Marien lui-même, la rue congolaise a tiré la conclusion que le seul effet de ce parti est d’avoir sorti de nombreux militants du MCDDI, pour les emmener servir de caisse de résonnance au PCT. La débauche des moyens a complété les arguments.

Finalement, la DRD n’a jamais pris véritablement racine. Problème de leadership ?

On ne peut pas dire ça d’un parti qui a eu le succès électoral que l’on connait, suite aux dernières élections tenues un an seulement après sa création. On aurait encore mieux fait si le message était plus clair, épousant les aspirations du peuple et les engagements plus courageux. Mais un courant du parti s’est persuadé que ce n’est pas le peuple qu’on écoute, mais les dirigeants qui doivent imposer leur vue.  

Vous êtes un observateur attentif de la réalité Congolaise. Le pouvoir vient de réussir à travers son dialogue, le début d’un coup d’Etat constitutionnel. Comment voyez-vous la suite des choses ?

Le dialogue est une bonne initiative mais celui de Sibiti n’était pas assez bien préparé et n’a pas pu connaitre la participation de tous. Ses conclusions sont donc partiales et ne peuvent représenter la société congolaise. Je pense aussi que l’autre camp devrait accepter de discuter sur les deux points proposés par le Chef de l’Etat parce qu’on ne peut pas dire qu’autant de partis qui veulent parler des institutions n’y ont pas droit. J’ai beau être républicain, je reconnais tout de même aux autres le droit d’être royalistes. Discutons-en face à face. Si on a un consensus comme à la Conférence nationale, on change. S’il n’y en a pas, on garde le statu quo. Quant au référendum, la loi ne l’autorise que dans le cadre d’une révision. Aussi, il n’y a pas d’assemblée constituante au Congo pour proposer un nouveau texte à soumettre à l’appréciation du peuple. Sans oublier les délais qui seront dépassés si l’on procède à la mise à jour du système électoral avant tout scrutin. Le camp opposé au changement de la constitution aura bien fait de tenir son dialogue alternatif. Il conviendra désormais aux deux ailes de trouver un médiateur international de référence pour dégager un compromis. Mais il faudrait s’abstenir de tenter le passage en force comme l’a conseillé le rapport du bureau politique du PCT en décembre 2014.

J’ai beaucoup d’amis et de frères dans le camp qui veut changer la Constitution dans tous les partis et je refuse de les voir en ennemis. Je leur dis simplement que le Congo a déjà trop souffert. Epargnons-lui des frictions inutiles, et laissez tomber cette histoire.

Vous êtes l’un des rares congolais diplômés de l’ENA de France. On a l’impression que vous avez été mis au placard. Comment l’expliquez-vous ?

Lors de la remise des diplômes de fin d’études de l’ENA (promotion Emile Zola) au Quai d’Orsay, pour les étrangers de la promo chaque ambassade avait envoyé un représentant. Il y avait là, entre autres, l’ambassadeur du Japon, de Turquie, les conseillers et attachés d’ambassades du Cameroun, de Colombie, du Gabon, d’Arménie, d’Allemagne etc. Le Congo n’avait pas daigné répondre à l’invitation. Pas même une simple secrétaire. A mon retour au pays, l’ostracisme s’est précisé. Alors que formé au prix fort (plus de 100.000 euros en 2 ans) pour diriger les grands corps d’Etat, ils ne sont pas gênés à m’affecter en complément d’effectifs (c’est-à-dire sans fonction précise et sans rang) dans une localité de province. Lorsque je m’en suis plaint en haut lieu, on m’a dit répondu : « il faut tropicaliser tes ambitions ».  

C’est pour tout cela qu’on se bat en politique, parce que nous avons un pays qui va vraiment mal. L’arbitraire, le clanisme, les pistons, le clientélisme sont en train de ruiner notre pays. Tenez, je viens de me faire remercier du poste de conseiller technique du ministère de l’Enseignement pour ne pas avoir partagé la même vue politique que le ministre, comme pour affirmer que pour eux les postes de l’Etat sont des gratifications accordées selon l’allégeance. C’est malheureux. Il faut changer tout ça.    

Pour l’instant vous êtes le seul cadre qui a démissionné. Etiez-vous seul dans votre position ou il y’en a-t-il d’autres sur la sellette ?

Je suis parti en premier parce que j’étais à la conception. Ne pouvant pas concevoir ce en quoi je ne croyais pas, notamment aller représenter à Sibiti un parti qu’on refuse d’écouter, et plaider une position que je récuse, j’ai rendu mon tablier. Les autres attendent leurs moments. Il ne faut pas oublier que jusqu’à ce jour, ni le BEN ni les militants ne sont officiellement informés de ce que leur parti a défendu à Sibiti. Sommes-nous trop idiots pour comprendre ? Pas concernés ? Juste une monnaie d’échange ? Passez-moi l’expression, mais c’est du foutage de gueule.  

Si le bureau politique plaidait en faveur du changement de la constitution comme cela semble se dessiner, comment croyez-vous que réagiront les militants ?

Ce sera la fin de la DRD. C’est bien pour cela que cette décision tarde puisque la démocratie va apparemment à l’encontre de certains intérêts. Même si l’argent pourra continuer à entretenir une illusion de parti, il n’en restera plus rien. Nos militants ont foi en la démocratie et s’impatientent du développement. Or changer la constitution viole la démocratie et prolonge un modèle de gouvernance dans lequel ils sont pour la plupart laissés pour compte.  

Et si le bureau politique plaidait pour le non changement de la Constitution ?

Je serai ravi. Que demande le peuple ?

Pour finir, quel va être votre avenir sur le plan politique ? Révolutionner la DRD, réintégrer le MCDDI ou créer votre propre parti ?

Le combat de l’heure n’est plus cloisonné au sein des partis. Il s’agit d’abord de réussir à repousser le projet macabre de changement de la Constitution puis d’obtenir un système électoral fiable. Pour ce faire nous devons maintenir l’unité de tous les démocrates au sein de nos partis et bien sûr au-delà. Mais soyez en sûr, la lutte continue.

Ndlr - Hervé Mahicka a été le porte-parole de l'intiative fédéraliste qui avait élaboré, il y a plusieurs années déjà, un manifeste fédéraliste et une constitution du Congo, Etat fédéral, que votre site avait à l'époque publiés. Pour en savoir plus, lire ici.

{jacomment on}

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