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Quand le Congo renoue avec ses vieux démons

politique
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Tribune libre

En lisant ici même, sur " Mwinda ", la tribune de notre compatriote Gisèle Patricia Goulou, j’ai eu comme un sentiment de malaise, pas sur la forme dont je n’ai absolument rien à redire, mais sur le fond, essentiellement sur deux points que je ne pouvais laisser passer sous silence et dont je parlerai un peu plus loin.

Réveillons-nous. Nous avons en face de nous, un monstre froid. Comme toujours on y va avec le dos d’une cuillère en lui trouvant des circonstances atténuantes.  Jamais nous n’avons su tirer des leçons de nos erreurs du passé. C’est tout notre drame. Car  Sassou, à lui tout seul, c’est  45 années de l’histoire triste de notre pays,  faite de violences et  de crimes odieux en tous genres. Je l’ai toujours dit, nous aurions dû nous en débarrasser une bonne fois pour toute  à la conférence nationale. Hélas. Mille fois hélas.

Nous avons cru à tort, qu’accorder un pardon à un criminel et lui laver les mains suffiraient à faire de lui, un homme neuf, lavé de tous crimes et qu’il ne commettrait plus jamais ce qu’il sait faire de mieux dans sa vie, c'est-à-dire : des crimes.   C’était une connerie, car un criminel reste un criminel. Point barre. Le problème, c’est qu’en faisant cela, nous avons donné un blanc-seing à Sassou, en lui disant explicitement qu’il pouvait continuer à tuer les Congolais et voler en toute impunité maintenant qu’il s’est purifié. Et c’est ce qu’il a fait. Nous en payons aujourd’hui le prix fort malheureusement et nous ne devons nous en prendre qu’à nous-mêmes.

Ceux là même qui crient aujourd’hui à la trahison, ce sont les mêmes qui ont combattu auprès de Sassou pour le faire revenir au pouvoir, croyant naïvement, mais surtout bêtement, qu’un dictateur pouvait se muer en démocrate. Aujourd’hui, groggys, ils n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent. Si aujourd’hui, nous en sommes là avec Sassou, c’est parce que, involontairement et aussi inconsciemment, nous le méritons. Sinon, comment expliquer, malgré toutes les crasses que l’on sait de Sassou,  qu’il y ait encore aujourd’hui des Congolais prêts à lui servir de strapontin, quand d’autres, eux, sont prêts à passer l’éponge et à lui pardonner. Je ne comprends pas.

Venons-en  aux faits :

De la nécessité d’absoudre Sassou

Non madame. Ce serait  faire offense à la mémoire de nos victimes. Souvenons-nous, il a été pardonné  à la conférence nationale mais cela ne  l’a  pas empêché de déclencher une guerre contre Lissouba  au seul motif que Lissouba n’aurait pas respecté la constitution. Et aujourd’hui, c’est ce même Sassou  qui fait exactement ce qu’il a reproché à Lissouba. Comme il sait qu’il sera  encore et toujours pardonné, alors il se permet toutes les folies, quitte à nous faire accepter l’inacceptable au point de nous priver même de l’essentiel.

Avec un passé aussi chargé qui est le sien  et le pardon que lui ont accordé les Congolais, si Sassou avait un brin de scrupule,  un minimum de reconnaissance ou tout simplement le bon sens, la décence aurait été qu’il prenne paisiblement sa retraite au terme de son dernier mandat. Au lieu de cela, tout porte à croire qu’il veut absolument changer la constitution dont il sait très bien que c’est la pierre d’achoppement qui risquerait d’embraser le pays. Constitution ou pas, Sassou s’en fout royalement. Le pouvoir, c’est sa seule raison de vivre. Jusqu’à quand accepterons-nous qu’un seul homme impose la paix quand il est au pouvoir et la guerre quand il l’a perdu ou se sent menacé ? Jusqu’à quand devons-nous accepter qu’un seul homme fasse la pluie et le beau temps ?

De la nécessité d’imposer son fils à la tête du PCT pour concourir en 2016

Encore, non Madame. Sauf s’il gagne les primaires ouvertes de son parti réclamées à cor et à cri par les dinosaures de ce parti. L’imposer, ce serait implicitement accepter une monarchie. Cela me fait penser à la Russie lorsque Poutine, ne pouvant briguer un 3ème mandat, a imposé Medvedev pour devenir président, alors que le vrai pouvoir, c’est Poutine qui l’avait en sa qualité de Premier ministre. Donc pour le cas du Congo, Sassou fils président, c’est Sassou papa qui va tirer les ficelles en coulisse.

Et puis sur le principe même, il ya quelque chose de choquant. Parce qu’on est fils de, on aurait plus de droit qu’un autre Congolais ? C’est exactement ce que l’on observe à la tête de certains partis où des fils se sont arrogés le droit d’être chef au seul motif que le fondateur serait le père. C’est une monarchie à la tête des partis que nous devons absolument combattre si nous ne voulons pas non plus d’une monarchie imposée à la tête du Congo.

Pour pousser encore plus loin ma réflexion, il ya une débilité que je voudrais ici dénoncer et qui est une pure aberration risible, mais complètement ridicule du système Sassou qui, sous prétexte qu’on est fils de ou fille de, on serait le propriétaire naturel d’une région et donc le porte-parole. Même dans une fratrie, il arrive que frères et sœurs aient des avis différents sur un sujet. Ça en dit long du Congo de Sassou. Nous sommes vraiment tombés très très bas. C’est pitoyable.

La plume libre !

Diaz Mahindou

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