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1er trimestre 2016 : aurore ou crépuscule ?

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En actionnant la manette de la présidentielle de manière anticipée, Sassou veut se garantir la maitrise des évènements afin de mieux les contrôler et les orienter selon ses visées personnelles relatives à la conservation du pouvoir. Cependant, le pseudo débat sur la réforme constitutionnelle qui a failli emporter le pouvoir avec lui, cet été, était aussi sa propre initiative. Il n’est donc pas gagné que cette accélération du calendrier politique tourne forcément à son avantage.

Les congolais vivent-ils mieux aujourd’hui qu’il y a une quarantaine d’années ? Que peut encore réaliser le régime de Brazzaville qu’il n’ait pu faire en quarante ans de pouvoir ? Quel que soit le secteur considéré, il convient d’admettre que l’échec est patent tant le délabrement du pays est criard. D’autres pays ont accompli des progrès considérables en moins de temps.

En actionnant la manette de la présidentielle de manière anticipée, Sassou veut se garantir la maitrise des évènements afin de mieux les contrôler et les orienter selon ses visées personnelles relatives à la conservation du pouvoir. Cependant, le pseudo débat sur la réforme constitutionnelle qui a failli emporter le pouvoir avec lui, cet été, était aussi sa propre initiative. Il n’est donc pas gagné que cette accélération du calendrier politique tourne forcément à son avantage.

L’annonce de la présidentielle ne constitue pas une surprise, en soi. Elle était prévue et préprogrammée dans la Constitution, contrairement aux manœuvres et violences qui ont jalonné le pseudo débat sur la loi fondamentale. La relative préparation du pouvoir fera donc face à la probable improvisation de l’opposition, dans les prochains jours.

Cependant, les grandes conquêtes, notamment celles liées à la liberté, ont rarement été préréglées depuis les officines. Les mouvements populaires se nourrissent généralement de l’agitation de la rue. Par conséquent, le risque de voir le pouvoir de Brazzaville chanceler puis s’écrouler ensuite, et ce durant ce premier trimestre 2016, est bien réel. Conscient du péril, le pouvoir tente de contenir la rue en opérant des rafles et intimidations « préventives ».

Politiquement, le champ est libre pour une vraie opposition qui incarnerait la liberté et l’ordre juste contrebalançant avec la gestion clanique et moyenâgeuse du pouvoir en place. Le pays entier aspire à une rupture totale afin d’en finir avec ce gribouillage incessant qui retarde son envol.

Il appartient donc à l’opposition congolaise de se débarrasser de ses tares et de se hisser à la hauteur des aspirations d’une population lassée de la corruption, du népotisme et du tribalisme afin de bénéficier du soutien populaire disponible. Mais sonner le gong de liberté n’est pas une opération aisée dans un contexte dictatorial.

Un jour peut-être, les historiens décrypteront les raisons de la superficialité et de la désinvolture du dirigeant congolais face aux intérêts supérieurs du pays. Il aura inventé un jeu, celui d’un dictateur jouant à la démocratie dans son pays. Sauf qu’ici, le terrain de jeu n’est pas fictif et les congolais sont des humains méritant mieux qu’une chosification.

Quand le régime de Brazzaville se sera effondré, le Congo sera méconnaissable. Miné par la corruption et étranglé par un quotidien exsangue, le pays agonise au gré des errements de ses dirigeants insatiables, toujours mal inspirés.

L’homme qui prétend avoir vaincu le chômage de masse, éradiqué la pauvreté dans son pays, réduit les inégalités, établi l’unité nationale, modernisé les institutions, démocratisé le Congo, cloué le bec à François Hollande, se considère comme étant un patriote avant-gardiste éclairé dégageant l’odeur de sainteté proche de la canonisation. Que nenni.

Sa rhétorique de circonstance aux accents démocratiques dissimule mal ses intentions réelles. Mais il y a belle lurette que les congolais sont édifiés sur la nature du pouvoir qui les régit et en ont perdu la foi. Ils savent que ce « chemin d’avenir » qui leur a été imposé n’est qu’un chemin de croix et que les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions.

Dans ce pays empêtré dans des bizarreries institutionnelles où l’action créatrice est réduite aux slogans, où l’avenir est relégué à l’accessoire et où la volonté du prince l’emporte, il est vital que les citoyens se prennent véritablement en charge afin de réajuster la trajectoire de ce pays à la dérive. 32 ans de pouvoir sans partage se confondent malheureusement à 32 ans d’arbitraire et de crimes en tout genre.

Mais au-delà du calcul de l’évitement du spectre judiciaire rodant autour du pouvoir de Brazzaville, figure, à valeur égale sinon plus, une notion tout à fait étrange que le régime a intériorisée dès sa victoire militaire sur Pascal Lissouba.

En effet, pour avoir conquis le pouvoir par les armes, le régime de Brazza s’y est installé en possesseur qui ne cesse de se conduire publiquement en propriétaire. Avoir fait la guerre fut, d’entrée de jeu, le critère tranchant de qualification ou de recrutement à un poste, en lieu et place des compétences requises. Dès lors, le clan au pouvoir s’est octroyé le droit de jouir de manière exclusive et outrancière, d’utiliser, de céder voire de vendre ou de détruire les biens publiques et même d’abréger les vies humaines.

De fait, le Congo est devenu une propriété privée. Ainsi le clan au pouvoir n’hésite plus à intensifier le siphonage des richesses du pays et particulièrement les ressources pétrolières situées au large de Pointe-Noire. C’est d’ailleurs à l’aide de ces pétro CFA que le pouvoir achète le silence et les consciences tant à l’intérieure qu’à l’extérieure du pays.

On relève un nombre impressionnant d’organismes et de personnalités de la haute sphère internationale qui émargent au comptoir congolais à des occasions diverses, sur fond de gabegie et de corruption.

Non, le « Congo n’est pas une propriété des Nguesso » pouvait-on lire sur les pancartes cet été, lors des manifestations monstres organisées par l’opposition.

Mais face à un pouvoir autiste et lourdement armée dont la capacité à faire basculer une lutte de pouvoir en conflit armé n’est plus à démontrer, les craintes sont légitimes. Par conséquent, l’opposition doit consentir à la mise en avant d’une personnalité d’envergure ayant également une culture militaire.

L’armée du Congo serait-elle si inféodée qu’elle ne compterait plus aucun républicain dans ses rangs, au point de ne contenir que des pantouflards à la solde du pouvoir ? Une esquisse de réponse se trouve inscrite sur l’une des pancartes du méga meeting de Pointe-Noire.

 Abraham Avellan WASSIAMA

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