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Sassou : « Et le chef de l’opposition est ….. »

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Depuis l’avènement de Sassou au pouvoir et particulièrement depuis son coup d’Etat de 1997 aucune élection n’a jamais été libre et sincère au Congo. Les dernières élections législatives et locales ne feront pas exception à cette règle connue de l’ensemble des Congolais. Quatre jours après le premier tour d’ailleurs, alors qu’il n’y a que 151 circonscriptions et un corps électoral de 2 221 596 électeurs, aucun résultat officiel n’est encore disponible.

La raison est que sous ces latitudes, les députés sont nommés au lieu d’être élus par la population.  Chacun sait qu’après chaque élection, une officine tribale se réunit du côté de Talangaï pour décider qui doit être proclamé élu et qui doit être écarté. Ainsi, le PCT, parti au pouvoir, s’assure une majorité à l’Assemblée croupion.

Cette année, l’officine de Talangaï devra le plus souvent arbitrer entre candidats de la mouvance présidentielle, seuls à se disputer les sièges à pourvoir. On retrouve en effet dans plusieurs circonscriptions des candidats du PCT opposés à des « indépendants » se réclamant eux aussi du pouvoir,  ou à des candidats appartenant à l’opposition dite « républicaine », tels Nicéphore Fylla, par ailleurs ministre du gouvernement.

L’explication : il s’agit là d’une entourloupe du clan d’Oyo au pouvoir. Les candidats « indépendants » sont dans leur grande majorité soutenus par Denis Christel Nguesso, successeur désigné de son père, dont l’objectif sera de s’assurer  la majorité au sein du l’Assemblée croupion, histoire de préparer l’avenir. Dans la perspective de son arrivée au pouvoir, il conviendra donc de scruter le nombre de députés de Christel Nguesso qui seront nommés par l’officine de Talangaï, une indication du rapport de force entre le fils désigné et  ceux qui lui disputent la succession, notamment Jean Dominique Okemba et son homme de main, Jean François Ndengué.

L’autre enjeu de ces législatives, c’est la désignation du chef de l’opposition lequel, dans la nouvelle Constitution, aura un statut officiel. En effet ce dernier sera le porte-parole officiel de l’opposition avec tous les privilèges qui y sont attachés (véhicule 4X4 rutilant avec chauffeur, rémunération et budget conséquents, consultation par le pouvoir…).

On le sait, la plateforme Fédération de l’opposition dirigée par les anciens ministres Munari et Bowao a refusé catégoriquement de cautionner la mascarade électorale, en la boycottant.

Le Collectif des partis de l’opposition du Congo (CPOC) dirigé par l’ancien ministre Mathias Dzon, dont l’action politique se limite surtout à la tenue régulière de conférences de presse, a également adopté la politique de la chaise vide.

Seuls l’UDH-YUKI de Brice Parfait Kolelas et l’UPADS dirigé par Tsaty Mabiala ont participé à l’élection et se disputent donc la désignation par Sassou du statut de premier parti de l’opposition.

De ce point de vue, Tsaty Mabiala dispose d’une longueur d’avance sur Kolelas. Un signe qui ne trompe pas, l’UPADS a décidé de ne pas présenter des candidats face au PCT dans certaines circonscriptions dans son fief électoral du Nibolek (le Niari, la Bouenza et la Lékoumou), se contenant de n’investir, au total, que 43 candidats sur 151.

Y aurait-il un accord secret entre Tsaty Mabiala et le palais présidentiel ou est-ce le coût élevé de la caution électorale (1 500 000 F CFA, soit plus 2 200 euros) qui aurait refroidi certaines ambitions ? En tout cas les rumeurs vont bon train. Certaines sources avancent que l’ancien ministre de la Défense de Lissouba ayant réalisé un piètre score dans son fief lors de la dernière élection présidentielle (il y aurait été devancé notamment par Jean-Marie Mokoko), seul un sauvetage par le PCT pouvait lui permettre de sauver les apparences. L’homme n'a-t-il pas déjà occupé officieusement le poste de chef de l’opposition parlementaire, à la grande satisfaction de Sassou qui n’a jamais eu à s’en plaindre ?

Un individu accommodant donc, qui a ses partisans au sein de l'officine de Talangaï, à l’inverse de Brice Parfait Kolelas, un homme politique imprévisible qui, de son propre aveu attend parfois, pour se décider, de voir « dans quel sens le vent tourne ».

Sassou aurait d’autant moins de raison de nommer Kolelas comme chef de l’opposition qu’il l’a expulsé de son propre parti, le MCDDI fondé de son père Bernard Kolelas pour le confier à son frère, Eugène Landry Kolelas, aujourd’hui ministre du gouvernement. Nommer Kolelas comme chef de l’opposition serait pour Sassou mettre en porte-à-faux Eugène Landry Kolelas...

Mais on le sait, les relations entre les enfants Kolelas et Sassou (qu’ils appellent « papa »), tout comme avec leur père, sont complexes. S’il est difficile de douter des ambitions présidentielles de Parfait Kolelas et de sa popularité dans l’électorat du Pool, notamment, son positionnement politique à l’égard de Sassou et du reste de l’opposition  a souvent été illisible et ambigu. Par le passé, par exemple, on l’a vu, contre le reste de l’opposition, « prendre acte » du hold-up électoral de Sassou à la présidentielle, tout en promettant de saisir, par la voie d’un recours contentieux, un organisme spécialisé de l’Union africaine pour contester les résultats… Inconséquence politique, amateurisme ou peur de ces guerres au cours desquelles le Pool paie souvent le plus lourd tribut ? Allez savoir.

Pour l’heure, l’officine de Talangaï pèse le pour et le contre avant la proclamation par Sassou du chef de l’opposition qu’il va se donner pendant cinq ans. On l’a dit : Tsaty Mabiala est pour Sassou un homme lisse, fiable, avec lequel il peut discuter et qui aurait pour avantage de représenter des départements ayant un poids électoral certain. A la décharge du chef de l’UPADS, Clément Mouamba, le Premier ministre, est originaire des mêmes contrées.

Nommer Kolelas serait en revanche un signal donné à un département, le Pool, contre lequel Sassou et son clan vouent certes une haine atavique, mais ce serait aussi une façon de le neutraliser, en l'accueillant au sein de la mangeoire nationale. Sans compter que le dictateur prendra la décision qui arrangera le mieux son successeur désigné, à savoir son fils.

Kolelas ou Tsaty Mabiala ? Les débats font rage au sein de l'officine de Talangaï. Tous deux ont leurs partisans, la solution d'un troisième larron ne recueillant, à ce jour, que peu de soutien. Quel choix privilégiera Sassou ? Réponse dans les prochains jours.

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