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Le clan familial célèbre la victoire de Kiki Nguesso aux législatives et aux locales

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La plupart des observateurs de la vie politique congolaise n’ont relevé qu’un seul fait suite aux législatives : la majorité absolue de 90 des 151 sièges de la future Assemblée nationale qui est revenue  au PCT. Or, de la même façon que Sassou a caché une grande partie de la dette congolaise jusqu’à ce qu’on découvre, ces derniers jours, le pot aux roses, celui d’un endettement colossal équivalent à 120 % du PIB au lieu des 77 % annoncés jusque-là, il y a une réalité cachée suite aux législatives et aux locales : celle d'une emprise aujourd'hui totale sur le pouvoir par le clan familial de Sassou, et en particulier par Willy Nguesso, l’héritier désigné de son père.

Vous avez dit 90 députés estampillés PCT dans la nouvelle assemblée croupion ? Ces nouveaux députés ont en réalité été nommés sur une liste confectionnée par Sassou lui-même en son palais, pour son fils. De cette liste avaient été écartés, par exemple Pierre Ngolo, premier secrétaire du PCT, soupçonné de tiédeur lors du changement de constitution, Thierry Moungalla, dont il est apparu qu'il ne représente que lui-même dans la Lekoumou, Hughues Ngouélondélé (qui a été privé de la conduite des listes du PCT aux municipales) dont l'incompétence a fini par se voir, et bien d’autres, convaincus de murmures contre l’ascension de Christel Nguesso.

En lieu et place de certains caciques du PCT, Sassou a nommé ses enfants (3 au total dans la nouvelle assemblée, excusez du peu ! ), en même temps que ceux de plusieurs obligés et adversaires du passé tels Thystère Tchicaya, Pascal Lisoouba ou Ganao,. Ici ne manquent à l'appel que les enfants de  Kolelas dont un, dit-on, pourrait hériter du fauteuil de maire de Brazzaville, en souvenir de papa.

Avec les enfants, quelques nouveaux venus dont la campagne électorale a été payée par Christel lui-même vont faire nombre à l'assemblée.

De fait, à côté des députés estampillés PCT,  Kiki Nguesso a fait nommer plusieurs députés indépendants, de sorte que le clan au pouvoir détient une majorité non pas de 90 députés mais d’au moins 130 députés sur 151. La prétendue opposition représentée par Tsaty Mabiala (et son UPDAS) et Kolelas (et son Yuki) ont été ravalés au rang de faire-valoir, avec moins de 20 députés dont l’élection a néanmoins été autorisée par Sassou lui-même.

La montée en puissance de Kiki Nguesso obéit à une stratégie élaborée de longue date par son père, la neutralisation des opposants les plus virulents tel Mokoko ou Okombi Salissa participant de cette démarche.

Aujourd'hui Kiki Nguesso contrôle d'ores et déjà les finances du pays, puisqu’il est le grand patron de l’aval pétrolier de la SNPC. Aucun contrat pétrolier ne lui échappe. Avec la maîtrise du nerf de la guerre, il lui fallait le contrôle politique du pays. C’est fait à présent avec une assemblée à sa botte, laquelle pourra à nouveau modifier la constitution si nécessaire. 

Le prochain étage de la fusée sera le contrôle de l’armée et de la police aujourd’hui en partie entre les mains de Jean Dominique Okemba,  le cousin de papa, et de son acolyte Ndengué, deux personnages qui pour l’instant font semblant de ne voir en l'héritier  désigné du dictateur, qu’un « enfant », à défaut de le considérer comme un rival pour la succession. La prise en main de la police a déjà été amorcée avec la nomination d’un directeur adjoint, un certain Itoua, en réalité un sous-marin de Christel. La récente passe d'armes entre JDO et le général Nianga Mbouala relève de cette lutte pour le contrôle de l’armée.

Lors d'une adresse de Sassou en langue mbochi aux villageois du district d'Oyo, ce dernier fanfaronnait " Le pouvoir est pris dans notre filet. A Nguélé (entendez Brazzaville), je ne vois personne capable de s'en emparer ".

Connaissant les Congolais, plus prompts à bavarder, à tenir des réunions et colloques sans lendemain qu'à s'organiser ou à agir, c'est fort de cette assurance que Sassou continue, depuis plus trente ans, à bien les sodomiser. 

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Le Point (3/8)

 Congo : le PCT, une victoire et après ?

En obtenant la majorité absolue de 90 des 151 sièges de la future Assemblée nationale, le parti du président Denis Sassou Nguesso confirme sa domination sans partage sur le pays.

Des résultats publiés en retard (5 jours pour le premier tour), aucun chiffre sur la participation ni le nombre d'électeurs, pas un mot sur les fraudes recensées lors des deux tours de ces législatives, rien non plus sur des possibles recours... Rien de bien surprenant, nous sommes au Congo-Brazzaville et ici les scrutins se suivent et se ressemblent. Depuis le vote en novembre 2015 de la nouvelle Constitution, qui a donné les pleins pouvoirs au président Sassou plus rien ne peut l'empêcher de diriger le pays à sa guise. Le Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) a obtenu la majorité absolue avec 90 des 151 sièges de la future Assemblée nationale, selon les résultats officiels du second tour des élections législatives publiés mercredi soir. L'opposition morcelée doit se départager le reste des sièges. Sa voix reste inaudible au lendemain de l'annonce des résultats

Les résultats officiels du second tour, qui a eu lieu le 30 juillet, ont été communiqués dans la nuit à la télévision publique par le ministre de l'Intérieur, Raymond Zéphirin Mboulou. Déjà vainqueur du premier tour le 16 juillet avec 72 élus, le PCT en a obtenu 18 autres au second tour, marqué par des fraudes et des incidents, notamment dans deux circonscriptions de Brazzaville. Mais le PCT a au moins trois autres députés qui n'ont pas pu remettre leur mandat en jeu dans le Pool (sud) où le vote a été reporté sine die dans neuf des quatorze circonscriptions. Leur mandat devra être automatiquement reconduit, selon la loi.

Dans ce renouvellement, le président Sassou a placé trois de ses enfants à l'Assemblée nationale. Denis Christel Sassou Nguesso réélu à Oyo (nord) avec plus de 99 % des voix. Claudia Sassou, fille et communicante en chef du président, a conservé son siège à Talangai, dans le sixième arrondissement de Brazzaville, la capitale congolaise. Sans oublier la nouvelle élue de la famille, sa sœur Stella Sassou Nguesso, peu connue sur la scène politique avant ce scrutin et qui rafle la mise dans la nouvelle circonscription de Kintélé, dans le département du Pool (sud).

Une mascarade de plus ?

Pour Le Pays, au Burkina Faso, «  faut-il s'étonner de cette confiture à la congolaise », pourrait-on se demander ? Sans ambages, la réponse est non. On pourrait même dire que c'est le contraire qui aurait étonné. Et pour cause. D'abord les élections opaques au Congo Brazzaville de Denis Sassou Nguesso, sont une tradition et comme le dit l'adage, le chien ne change jamais sa manière de s'asseoir. Le dictateur a beaucoup appris du passé. Si fait que depuis sa défaite en 1992 face à Pascal Lissouba, l'homme a pris conscience du mépris que lui portent les Congolais. Et depuis son retour au pouvoir, il s'est mis à l'abri de toute surprise en piégeant son peuple dans un immense rets dont la trame est faite de fraudes et de violences électorales. La dernière illustration de ce scénario a été l'élection présidentielle passée. Ensuite, cette mascarade électorale était aussi des plus prévisibles, parce que le peuple congolais semble s'être résigné, laissant le champ libre au dictateur. »

Il est rejoint dans cette analyse par Trésor Nzila, qui confie à l'AFP : « On dénonce des fraudes électorales par-ci, par-là. C'est une farce électorale. Les conditions de transparence n'étaient pas là. Ce ne sont pas des élections de nature à cimenter notre démocratie », a réagi le directeur exécutif de l'Observatoire congolais des droits de l'homme (OCDH).

Très peu de place pour l'opposition

L'Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads, première formation d'opposition) et l'Union des démocrates et humanistes (UDH-Yuki) de Guy-Brice Parfait Kolélas, arrivé au deuxième rang lors de l'élection présidentielle de 2016, ont obtenu chacune huit députés.

e ministre de l'Intérieur n'a fourni aucun chiffre sur le taux de participation. Dans l'Assemblée nationale sortante, qui a siégé de 2012 à 2017, le PCT comptait 92 députés sur 139, contre seulement sept pour l'Upads.

Les législatives ont été reportées dans le Pool (sud), région voisine de Brazzaville qui a replongé dans la violence depuis la présidentielle contestée de mars 2016. Le gouvernement y accuse l'ancien chef rebelle Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, et ses ex-combattants Ninjas de commettre des exactions sur les populations, dont 138 000 personnes sont « en détresse », selon le gouvernement et l'ONU. Les ONG dénoncent une « répression à huis clos ».

Même scénario pour les sénatoriales du 31 août

Mardi, les observateurs de l'Union africaine (UA) ont exhorté les autorités congolaises « à prendre des mesures nécessaires dans les meilleurs délais pour l'organisation des élections dans les circonscriptions du Pool en vue de garantir une représentation nationale exclusive ». La France avait appelé Brazzaville à « rétablir rapidement les conditions qui permettront la tenue des élections dans toutes les circonscriptions concernées ».

« L'objectif est de tenir les élections dans ces circonscriptions du Pool dans les délais raisonnables, mais pour y arriver il faut un niveau de sécurité suffisant », avait répondu cette semaine le ministre de la Communication, Thierry Moungalla. Le Congo organise le 31 août des élections sénatoriales destinées à renouveler la chambre haute du parlement, qui compte 72 membres, dont 68 viennent actuellement du PCT et de ses alliés.

JOYCE EDIMO

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