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Tout ça pour ça, Mr Tsatsy Mabiala ?

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Tribune libre

On dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Mais, on oublie surtout de souligner que dans ce marigot puant de délinquants politiques autoproclamés, baignent de nombreux opportunistes virevoltants souvent aux égos surdimensionnés et pour qui, les intérêts personnels priment avant tout, prêts à se compromettre pour briller, quitte à se renier sans sourciller et à saborder une cause populaire. Sassou a justement besoin des gens comme ceux-là pour régner, et c’est ce qu’il fait avec brio depuis 34 ans. Sa dernière recrue, c’est Tsatsy Mabiala, nommé comme chef de file de l’opposition en conseil de ministres, Un chef d’opposition nommé en conseil de ministres ? C’est en effet une première mondiale, je vous le concède. C’est bien la preuve qu’on est au Congo, le pays de tous les possibles où l’on croit tromper le peuple tout le temps.

Chef de l’opposition. Mais quelle opposition ? Celle de Sassou, ou celle du ventre ? Celle de la traitrise, ou celle des petits calculs politiciens ? Voici encore une connerie grassement payée, inventée par Sassou, pour non seulement contrôler une frange de contestataires réputés dociles, mais aussi, marginaliser les  récalcitrants les moins dangereux et museler les plus dangereux en les jetant en prison, et ainsi verrouiller encore davantage son système. Il l’a fait à l’armée ou dans d’autres secteurs stratégiques en nommant des hommes liges qui lui sont fidèles. Il en manquait justement un à son assemblée nommée, une vitrine bling-bling dont il se sert à souhait pour montrer au monde que le Congo est une démocratie. Ce qui est très loin d’être le ca. Car comment expliquer qu’il ya ait autant de détenus politiques dans ses prisons ?

Tout ça pour ça, Mr Tsatsy Mabiala ? Tout ça, pour servir de béquille à un vieux dictateur titubant ? Pour le relever et le remettre en selle, lui dont le règne ne serait aujourd’hui qu’un bien lointain souvenir si les Congolais étaient moins cons ?

Brandi comme un trophée par Sassou et son clan, vous voilà nommé sur un strapontin taillé sur mesure par un chiffon né du viol de la constitution de 2002. Et cela ne semble en aucun cas vous gêner outre mesure ? Rendez-votre tablier Mr Tsatsy Mabiala, à moins que, vous ne soyez complice de cette forfaiture et donc comptable au même titre que Sassou et ses autres seconds couteaux.

Quand on a combattu le viol de la constitution, mis des milliers de badauds dehors dans la rue pour servir de chair à canon, prononcé l’homélie en leur mémoire en jurant que leur mort ne sera pas un sacrifice inutile, pour être cohérent avec soi, on se doit de ne pas accepter les nouveaux attributs de chef d’opposition que vous confère désormais la nouvelle constitution Sassou que vous avez combattue et laquelle vous le savez bien, est entachée du sang des Congolais. Souvenez-vous de ces jeunes morts en Octobre 2015 dans les rues de Pointe Noire. Oui, Mr Tsatsy Mabiala, comme le pouvoir de Sassou, votre nouveau fauteuil est arrosé du sang de ces jeunes Congolais. Vous l’avez l’oublié, certainement pas le peuple.

Nos compatriotes, moi le premier, se souviennent encore de ce débat virulent sur le changement de la constitution, débat qui vous a opposé sur les plateaux d’Africa 24 en 2015 à François Soudan, gendre, ami et mercenaire attitré de Sassou au journal Jeune Afrique. S’adressant à lui, voici ce que vous déclariez : « ça ne sera pas une promenade de santé…on va voir ce qu’on va voir ». Les Congolais ont en effet vu, ce de quoi vous étiez capable.  Aujourd’hui, comme Kolélas père en son temps avant vous, vous voilà en train de fricoter avec Sassou, en lui servant comme gage et comme caution à sa démocratie de façade, derrière laquelle se cache l’une des pires dictatures de ce monde.

Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent !

J’ai lu, il ya quelques semaines, votre diatribe contre Mr Bowao, dans une longue interview que vous aviez accordée au journal Polélé-Polélé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous ne l’avez pas ménagé. Vous jouez votre nouveau rôle de sous-fifre de Sassou  à la perfection. Cependant, comme de nombreux Congolais, je vous avoue être resté sur ma faim. Chargeant Bowao, vous revendiquez être à l’opposition avant lui. Soit. Mais sans blague, comment pouvez-vous vous contenter de si peu, même si, c’est vrai, le statut d’opposant n’a rien de déshonorant ? Jusqu’ à quand allez-vous rester opposant ? Il ne vous est jamais venu à l’idée d’occuper le fauteuil de Sassou ? Puis ce prétexte tout trouvé de vouloir combattre Sassou à son assemblée de députés nommés, comme vous l’avez été, il n’y a que vous pour gober de tels bobards. Je ne vous apprendrais rien si je vous disais que Sassou est un tyran. Un tyran, si vous ne le savez pas, ça se chasse dans la rue. Certainement pas dans une assemblée, et encore moins dans un aussi confortable fauteuil chichement entretenu qui est dorénavant le vôtre.

Contrairement à vous, Mr Bowao à qui vous menez la guerre, est quant à lui,  resté constant et cohérent. Aussi bien dans ses convictions, ses positions ou ses actions, il n’a pas varié d’un seul iota. Il a dénoncé le viol de la constitution de 2002, il n’a jamais reconnu celle de 2015, la constitution Sassou  qui vous confère aujourd’hui un statut en or massif. Il a aussi contesté le hold-up électoral qui s’en est suivi,  jamais Il n’a reconnu Sassou et son gouvernement qu’il a toujours traités d’illégaux et illégitimes. Prenez toutes ses déclarations post-référendaires, vous en serez vite fixé.

J’aimerais qu’on m’explique comment un homme choisi par le pouvoir, entretenu par lui, aurait-il réellement les coudées franches pour combattre ce même pouvoir qui l’a fait roi ? A moins d’être complètement déglingué.  Même un fou y regarderait à plusieurs fois avant de scier la branche sur laquelle il est assis. Que vous ayez changé votre fusil d’épaule en allant cautionner Sassou avec ses discours poreux sur le Congo une démocratie et Etat de droit alors qu’il n’en est rien, c’est tout à fait votre droit. Mais de grâce, arrêtez de prendre tous les Congolais pour des imbéciles.

C’est tout simplement honteux, même si, c’est vrai, vous n’êtes pas le premier à vous livrer à de telles acrobaties. D’autres barrons du régime Lissouba ont franchi le Rubicon. Aujourd’hui, ce sont les premiers défenseurs de celui qu’ils ont combattu sous Lissouba dont ils ont pourri le mandat.  On pourrait citer les gens comme Martin Mbéri. Si ça peut vous consoler, c’est déjà ça.

Jean Jacques MORAWA.

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