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Haro sur Jean Marie Mokoko : Dupont-Moretti et Sassou, main dans la main ?

politique
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Tribune libre

De la logorrhée du dictateur congolais le 30 décembre dernier sur le fameux état de sa nation devant ses « députés » nommés et triés sur le volet, les Congolais auront retenu, à part le sempiternelle mets de bobards qui leur est servi  à chaud en fin de chaque année depuis près de 40 ans, une annonce de choc, une seule et de taille, qui visiblement, a fait sensation du côté des bords de la seine avec un écho grandiloquent. C’est plus qu’une certitude, les oreilles de Dupont-Moretti ont dû siffler.

Pour marquer les esprits, Sassou avait sommé sa justice de passer au pilori, courant premier semestre 2018, tous ces emmerdeurs d’opposants qu’il a enfermés dans ses geôles infectes, et lesquels sont restés jusqu’ici sans jugement.  Message reçu 5 sur 5 par les supplétifs du pouvoir dont la mission première est de prononcer la fatwa contre les ennemis de la tyrannie. Ainsi,  l’on apprend, après des mois d’inertie, que la machine judicaire de Sassou s’est mise en branle. Une preuve incontestable que la justice au Congo obéit au doigt et à l’œil de son maître. Voilà Oko Ngakala démasqué, lui qui croyait tapir encore pour longtemps dans l’ombre de son patron auprès duquel il prend des instructions.

 Me Dupont-Moretti, « acquitator man », puisque c’est de lui dont il s’agit, est annoncé en grande pompe au Congo de Sassou, pas pour y faire du safari, ni pour plaider la cause des nombreuses victimes de la folie de son client qui croupissent en prison ou laissées en liberté, mais pour, tenez-vous bien, pour défendre un vieux tyran et son système, dans une parodie annoncée comme procès du siècle. Sacrilège !

« Dupont-Moretti vole au secours de Sassou Nguesso ». Tout y est dit, et on ne saurait être plus clair. C’est ainsi que notre confère « La lettre du continent » dans son dernier numéro, présente la prochaine virée exotique du célèbre pénaliste au Congo, pour une opération de sauvetage inédite, celle d’un vieux tyran régnant par la terreur depuis près de 40 ans, contre Jean Marie Mokoko, l’homme qui a osé le défier à la présidentielle en 2016 et dont il est sorti vainqueur, une victoire qui lui a été volée par Sassou Nguesso. Une humiliation vécue comme un affront par le dictateur, et qui vaut à Jean Marie Mokoko une détention provisoire qui dure depuis Juin 2016, au mépris des dispositions du Code pénal. Là se situe le vrai nœud du problème. Evidemment Sassou ne présentera pas les choses comme ça ! Pour paraitre un peu crédible, lui et sa clique ont trouvé un mobile fallacieux pour éliminer un adversaire et justifier la détention d’un des prisonniers les plus célèbres au Congo.  Ils s’appuieront sur un prétendu complot, histoire de bouffer du Mokoko tout cru.

Parole Donnée

Certes, déontologiquement un avocat est censé défendre même des individus poursuivis pour des crimes, y compris ceux qui ont déjà été condamnés pour de tels faits et qui viendraient à récidiver. Il n’en demeure pas moins que les congolais se posent la question. L’avocat français connaît-il réellement le pedigree de son client, à savoir un vieux dictateur, au pouvoir depuis près de 40 ans, notoirement connu pour ses crimes et dont la fortune se confond avec celle du Congo, l’Etat Sassou, petit Etat pétrolier d’Afrique centrale d’à peine 4.000.000 d’âmes, que le dictateur et son clan ont lamentablement plongé dans les abîmes de la pauvreté ? On en doute.

L’argent de Sassou avec lequel il peut tout se permettre pue le sang des Congolais. Il repose sur leurs larmes et leur misère. Un petit tour sur le web suffit pour se fixer sur ce potentat glaçant devenu une peste et aux côtés duquel presque plus aucun grand de ce monde n’ose s’afficher. Voilà le monstre qu’il va falloir défendre, dans une affaire à dormir debout, sur un prétendu coup d’Etat de Jean Marie Mokoko, visant à renverser un homme qui, ironie de l’histoire, est revenu aux affaires en 1997 après un coup d’Etat sanglant, égorgeant de fait la jeune démocratie congolaise, avec à la clef un bilan de près de 400.000 morts.

Une vieille affaire montée de toute pièce et comme par hasard, que l’on balance sur le web juste au lendemain de l’annonce de la candidature de Jean Marie Mokoko à la présidentielle. La ficelle est trop grosse, n’est ce pas ? Pourquoi alors organiser des élections quand on ne s’est jamais fait à l’idée de se faire challenger par des vrais concurrents autres que des marionnettes du pouvoir que l’on présente complaisamment depuis des années comme candidats à une supercherie  désormais révélée aux yeux du monde ?

Pour information, dans ce pays sans Etat de droit, dans cette dictature, il y a du reste un cas très flagrant concernant un certain Paulin Makaya, un autre enquiquineur de Mr Sassou, condamné injustement à 2 ans d’emprisonnement pour avoir manifesté son hostilité lors d’une marche en octobre 2015 contre le viol de la constitution de 2002 par Sassou, un droit garanti par cette même constitution. Paulin Makaya est toujours détenu à ce jour en prison après avoir purgé sa peine. Voilà la justice qu'il est donné à l'avocat de défendre. Les Congolais seraient du reste très ravis de connaître le montant des honoraires qu'il conviendrait de verser à un ténor du barreau pour arracher Paulin Makaya des griffes de Sassou et sa soldatesque. 

Somme toute, le procès auquel prendra part Me Dupont Moretti, a déjà plusieurs précédents dans ce pays. Des procès staliniens où tout est déjà ficelé, des peines arrêtées par des juges complètement corrompus et en collusion avec le pouvoir, avec des mises en scène savamment orchestrées dont la dernière en date sera en tout cas celle à laquelle vous allez participer, des procès bidon qu’use à satiété un homme depuis des décennies pour régler politiquement le sort de ses adversaires.

Ce qui est donc présenté comme un procès, n’est ni plus ni moins qu’une mascarade judiciaire en vue, sur un contentieux électoral. Dommage que Me Dupont Moretti vienne prêter son concours à une telle opération.

Jean Jacques Morawa

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