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Blandine Sita Annette, une séropositive énergique

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« Quand, en 2004, j'ai décliné pour la première fois ma séropositivité à Brazzaville, ma belle-famille a affirmé que je discréditais leur parent ! Je leur ai dit que je porterais désormais le nom que mon père m'avait donné. »

RFI/Emmanuel de Solère Stintzy

 

L’énergique présidente de l’Association femme plus du Congo, l’AFPC, est séropositive depuis quinze ans. Contaminée par son mari mort du sida, Blandine Sita Annette s’affiche en public à Brazzaville, pour donner le courage à d’autres malades de lutter contre les préjugés et faire respecter la loi qui condamne les discriminations à leur égard.

A Brazzaville, la tranquille capitale administrative congolaise, une femme énergique se bat contre la maladie et les préjugés. Retraitée, dans la soixantaine, Blandine Sita Annette est séropositive depuis quinze ans environ : « J'ai été contaminée par mon mari, mort du sida. Ma belle-famille savait qu'il était malade, mais elle ne m'a rien dit... Après son décès, j'étais souvent malade. Je me suis dit que quelque chose n'allait pas ! »

Blandine passe alors toute une batterie d'examens. Les médecins sont ahuris de voir une femme oser faire et refaire les tests de dépistage du sida. « Au Centre de traitement ambulatoire, le CTA, les assistantes sociales m’ont ensuite prise en charge médicalement et psychologiquement. J’ai aussi été dans des conférences internationales. J'ai alors compris que je n'étais pas seule face à cette maladie. J'ai blindé mon moral ! »

Chaque mois, Blandine Sita Annette a un rendez-vous de contrôle chez son médecin. Chaque trimestre, elle fait un bilan pour observer l'état de ses reins, de son foie, etc. Et, tous les six mois, « on vérifie ma charge virale. Ces contrôles m'aident à bien suivre mon traitement » (antirétroviraux, ARV).

« Je serais comme cette femme-là ! »

Cela fait plus de dix ans que Blandine a aussi choisi de s'afficher publiquement : « Quand, en 2004, j'ai décliné pour la première fois ma séropositivité à Brazzaville, ma belle-famille a affirmé que je discréditais leur parent ! Je leur ai dit que je porterais désormais le nom que mon père m'avait donné. » Témoigner : plus qu'un défi, un devoir vital pour Maman Sita : « Certains séropositifs pensent qu'ils ne sont plus rien, que c'est la fin ! Je me souviens d'un collègue professeur de lycée, mort bêtement parce qu'il avait honte de se faire soigner. Moi, je crois qu'en m'affichant dans les médias, les malades se diront " si je prends correctement mon traitement, je serai comme cette femme-là ! " »

Volontaire comme jamais, la présidente de l'Association femme plus du Congo (AFPC, 45 membres) est devenue la porte-parole de tous les malades montrés du doigt : « Dans notre siège, nous avons logé six femmes rejetées par leurs parents avec leurs enfants. A mon travail, j'avais moi aussi été stigmatisée. A l'époque enseignante, j'aurais même été mutée d'office sans l'intervention de dirigeants de la lutte contre le sida. Pourquoi ? Parce qu'on m'avait vue à la télé dire que j'étais séropositive ! »

Pourtant, les recours existent. Blandine Sita a même participé à l'élaboration du décret n°30-2011 du 3 juin 2011 portant lutte contre le VIH/sida et protection des droits des personnes vivant avec le VIH. En cas de discrimination avérée, ce décret prévoit trois à six mois de prison et des amendes de 150 à 450 euros. Mais les textes d'application manquent et les tabous demeurent... Les mains de la présidente de l'AFPC s'entrechoquent quand elle parle « des femmes intellectuelles » qui ne veulent surtout pas qu'on apprenne leur séropositivité : « Elles ne sont pas prêtes à s'afficher, comment pourraient-elles alors porter plainte ? Du coup, elles subissent... »

Blandine, elle, agit. Elle se félicite des campagnes d'information récentes dans les écoles « pour que l’enfant, dès le bas âge, sache ce qu'est le sida ». Alors, ne lui parlez surtout pas d’arrêter bientôt son combat, faute de quoi l'ex-enseignante élèvera le ton... « Mais comment pouvez-vous me parler de la durée de notre lutte ? Elle est perpétuelle. On ne peut pas l'arrêter tant que nous n'avons pas le médicament qui tue le VIH !Nous combattrons toujours pour défendre la cause de la femme et celle de l'enfant ! » 

© RFI.

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